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ELEKTRA 16

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Photo © myriambleau.com

À l’avènement du numérique, divers domaines ont adopté l’ordinateur comme outil de production et l’art n’y fait pas exception.

Depuis déjà 16 ans, le festival Elektra de Montréal se fait chef de file en matière de culture numérique, proposant des créations multidisciplinaires et internationales qui allient musique, vidéo, programmation et performance. Cette année, le festival qui s’est tenu principalement à l’Usine C et au Musée d’Art Contemporain de Montréal du 13 au 17 mai s’incarnait autour du thème post-audio, soit «au-delà du son». Le Polyscope a assisté à la première série de performances, voici ce qu’il en retourne.

Par une soirée encore froide de mai, les rues de Montréal sont désertes, mais l’Usine C, elle, grouille de monde. Comme un lieu de rencontre multigénérationnel, la foule est bigarrée et effervescente. Tous se dirigent, plus ou moins vite, vers la salle qui s’est transformée pour l’occasion en grand hangar au sol bétonné et à l’ambiance sirupeuse. Le faible éclairage laisse entrevoir le monde aux contours nébuleux qu’il sera possible pour le public d’explorer dans les prochains instants.

La première performance qui s’intitule Projectors met en scène trois projecteurs 8 mm que Martin Messier (QC) utilise, non pour leur caractère intrinsèque, mais bien comme boîte de son. Le jeune homme circule donc parmi ces trois entités afin de créer une interaction sonore entre elles. Le rythme qui en résulte, à la fois brut et mélodieux, est accompagné d’une projection vidéo qui oscille entre la ligne droite et la forme organique, presque cellulaire, dans un arbitraire qui semble pourtant régie par l’ordre sonore. Le tout transporte l’assistance, bien qu’il ne soit pas toujours aisé à saisir.

Après une pause d’un quart d’heure, c’est autour de Myriam Bleau (QC) d’exécuter la seconde performance Soft Revolvers (À VOIR sur myriambleau.com). La jeune femme installée sur une large table est équipée de toupies qui répondent à ses mouvements quasi dansants par un «beat» électro digne des meilleurs DJ. Un projecteur renvoie sur l’écran derrière elle, un gros plan sur les mains de l’artiste, on fait référence bien sûr ici aux tables tournantes propres à la culture hip-hop. La musique qui en émerge est enivrante jusqu’au point où le public danse subtilement. L’un tape du pied par ici, l’autre hoche de la tête par là, impensable de détacher le regard des disques lumineux qui se heurtent les uns contre les autres et qui donnent naissance à une musique unique grâce aux senseurs qui les composent.

Enfin, la dernière performance s’ouvre sur Cyclotrone II de Paul Prudence (UK) qui accompagne, d’un son ambiant, les variations vidéo d’un hybride entre accélérateur de particules et station spatiale. Le bruit est ici plus doux et plus englobant que les performances précédentes, il caresse l’âme comme un long «Om» hindou susurré à l’oreille. Mais autant vivre l’expérience les yeux fermés, car la projection aux allures de technologie spatiale laisse plutôt indifférente par son manque d’originalité.

En sortant de l’Usine, la nuit s’est encore rafraîchie, les individus se dispersent résolument. Dans les rues désertes de Montréal.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.