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To Pimp a Butterfly: Une rétroaction old-school

Le dernier classique du rap est encore frais. Le label : TDE. L’artiste: Kendrick Lamar. La prétention: roi incontesté du Hip-Hop américain. Rien de moins.

Cinq mois après l’annonce de la venue imminente d’un nouvel album, les fans de Kendrick Lamar se demandaient si l’opus sortirait un jour de son studio de Los Angeles. Après la sortie du premier single « i », jugé trop soft et radio-friendly par nombre de ses fans, plusieurs doutaient même de la capacité de Kendrick de reconnecter avec sa fan-base, habituée aux morceaux tantôt gangsters, tantôt accrocheurs, mais toujours évocateurs et où tous pouvaient se retrouver. Pénurie de « food for thought » sauce Lamar? Le wonder boy de Compton s’était-il déjà éteint? Essoufflé avant même d’avoir établi un héritage le moindrement substantiel. Dommage.

Le 17 mars, Lamar sortit To Pimp A Butterfly, une semaine avant la date officielle annoncée par le label Top Dawg Entertainement. Un coup quelque peu audacieux qui peut s’avérer casse-gueule si l’album n’est pas bien accueilli par la critique. Mais Kendrick avait l’intention de frapper un grand coup avec cette production à l’agencement hors du commun.

Recherche musicale
Deux styles de musique afro-américaine forment un tandem dans l’album. Un jazz déchaîné joué avec les tripes vient côtoyer le spleen d’un soul mielleux. Aucun doute là-dessus, nous avons bien là un pur Black-Album. La saveur old-school est pleinement développée, mais ne vient pas nuire à la modernité de l’album. La production est très riche, texturée et demande absolument plusieurs écoutes pour peler convenablement cet oignon musical. Cependant, ici pas plus d’un morceau aux allures radio (« King Kunta »). Aussi, contrairement au précédent, l’album est drastiquement moins électronique. Bref, il sera plus susceptible de se retrouver sur une de vos playlists d’ambiance que sur celle d’un DJ de boîte de nuit.

Thèmes
On a affaire à un album très sombre. Kendrick expose les travers d’une Amérique pas toujours tolérante, abusive, voire raciste. Il dévoile même ses propres tourments lorsqu’il évoque la difficulté de maintenir ses relations familiales et amicales à travers son image de rap star inconfortable dans sa propre peau (« u »). Des propos souvent durs, mais nuancés. L’éventail de sa prestation est aussi large. Ses paroles sont chantées, criées, étouffées et même à peine perceptibles sous ses sanglots, Lamar passe par toute la panoplie d’émotions pour livrer le message. Il réussit à implémenter des styles musicaux qui forment la colonne vertébrale de la black music à des thèmes d’actualité. Cet album va véritablement à contre-courant de la culture Rap-Bling du moment et c’est pour cela qu’il se met davantage en valeur. To Pimp a Butterfly est une ode au deuil de la communauté noire. « The Blacker the Berry » expose ce cri du cœur. Il prêche l’arrêt de la victimisation, mais surtout un appel à l’éveil social noir, une claque au visage, un « réveille-toi, deviens meilleur et rends ta communauté fière ».

Pendant que tous les critiques musicaux des journaux de renom se prosternent (car oui, c’est déjà fait) devant To Pimp A Butterfly, Kendrick Lamar se frotte peut-être déjà les mains, attendant la prochaine cérémonie des Grammys. Fort est de constater qu’il a probablement déjà lancé l’album rap/hip-hop de l’année. Et nous ne sommes qu’en mars.

La dynastie Lamar vient de commencer.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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