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Du gouffre spirituel

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La beauté du monde. http://www.auxecuries.com/programme/103

« La beauté du monde », Théâtre I.N.K., Aux Écuries du 10 au 28 février 2015.

La « beauté du monde », on la cherche parfois, certains la trouvent et d’autres y renoncent. Présentée Aux Écuries du 10 au 28 février, le Théâtre I.N.K. exhibe l’œuvre d’Olivier Sylvestre, gagnant du Prix Gratien-Gélinas, qui traite de l’incompréhension qui nous frappe violemment, qui nous prend à la gorge, devant l’absurdité de l’existence. C’est donc empêtré dans cette perte de sens que lui inspire son quotidien rangé, avec son 4 ½, sa blonde et le souvenir du parc où ils se sont rencontrés, qu’Olivier, le protagoniste, atterrit dans un bloc-appartements aux allures ambiguës. Il signe pourtant le bail, comme guidé par une impulsion qui le dépasse. Alors débute sa cohabitation avec les résidents déjantés qui parasitent déjà les lieux. La metteure en scène Marilyn Perreault parle ici d’un « Alice au pays des merveilles » pour adultes ; un parallèle peut effectivement être fait avec le roman québécois « Aliss », une réécriture du conte par l’écrivain Patrick Senécal.

La narration intérieure du personnage se mêlant aux dialogues entre comédiens engendre une confusion intéressante entre l’évolution psychologique du héros et son contexte matériel. Les habitants du bloc semblent incruster sa pensée, la manipuler, pour l’enliser, avec eux, dans les profondeurs de leur situation dénuée de tout futur. Olivier s’y découvre ainsi un semblant de famille. D’abord, Sylvie, reine des lieux interprétée avec justesse par Sandrine Bisson, gouverne en mère incestueuse sur sa horde littéralement affamée de ses boulettes maison. Puis, il a Dany (Xavier Malo), le frère toxicomane agité comme un jeune chiot par la présence de son nouvel ami, et Alex(e) (Marilyn Castonguay), le(la) colocataire transgenre qui travaille à briser le cordon qui relie encore Olivier à sa réalité par une libération du genre. Afin, Monsieur Picard, le proprio sec et acerbe remarquablement joué par Marcel Pomerlo, laisse perplexe, car il oscille entre l’abandon de l’esprit et du corps devant la réalité extérieure et le désir refoulé d’explorer à nouveau les possibilités du dehors. Il se retrouve donc interpellé par la misère de Maryline (Laurence Dauphinais aka Magalie dans Ramdam), la blonde d’Olivier, échouée dans le vestibule du bloc comme les débris d’un naufrage et qui sonne sans relâche en espérant que les tintements de la cloche résonneront profondément dans les souvenirs de son amoureux.

La scénographie, quant à elle, est réfléchie et s’exprime dans les limites d’un appartement aux apparences d’une boîte close. L’effet claustrophobique des lieux transparaît habilement, principalement aux moments où Olivier, enclin à l’apathie, peine à se remettre sur ses pieds. Notons ensuite les jeux de perspective qui animent le décor. L’horizontalité fluctue au rythme des expériences des personnages : l’absorption d’une pilule de MDMA ou encore l’injection d’une dose d’héroïne permet au mur de devenir plancher et au plancher de devenir mur. Enfin, si ce n’est de la musique et de la danse qui n’intègrent pas toujours l’action avec fluidité, la pièce se tient et garde le spectateur sur son siège. Elle laisse ressentir toute la viscéralgie, le mal-être, qu’un individu peut avoir par une prise de conscience qui le transcende. À voir, certainement, si l’on ne se sent pas nous-mêmes emportés par cette tempête qu’est le monde.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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