Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Ils ont voulu tuer Charlie Hebdo

Aperçu article Ils ont voulu tuer Charlie Hebdo
Cliquer pour agrandir
 (lien ouvrant dans une nouvelle fenêtre)
Le slogan « Je suis CHARLIE » créé quelques minutes après les évènements par Joachim Roncin, directeur artistique du magazine Stylist, et repris en masse sur les réseaux sociaux. Image © Joachim Roncin

Le 7 janvier dernier, la France est en état de choc : deux hommes armés pénètrent dans la rédaction de Charlie Hebdo et tuent ses dessinateurs historiques. Retour sur une semaine forte en émotions.

Par où commencer?
Par la stupeur d’une telle violence? Par l’incompréhension de tels actes? Par le dégoût et l’envie de vomir en voyant ces images? Par la peur qui nous envahie? Par la révolte qu’on sent naître au fond de nous?
On l’a vu partout dans les nouvelles, on l’a vu en direct sur Internet, on l’a vu dans les moindres détails sur Twitter, le massacre qui a décimé la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo a fait le tour de la planète. L’indignation générale qui en a suivi également.

Retour sur les faits
Le mercredi 7 janvier dernier, aux environs de 11h30, heure de Paris, deux hommes lourdement armés entrent de force dans les bureaux de Charlie Hebdo et tuent son directeur de publication, plusieurs chroniqueurs et dessinateurs, et deux policiers.
S’en suit une course-poursuite de 3 jours en Île-de-France avant que le GIGN n’abatte les deux meurtriers dans une imprimerie de Dammartin-en-Goëlle (ironie du sort quand tu nous tiens…)
Les nombreuses vidéos ayant germé sur Internet montrent les deux frères faisant preuve d’une grande préparation et d’un sang froid nauséabond.
Leur motif? L’envie de « venger le prophète ». Sur ces mêmes vidéos, on entend clairement les assassins scander des « Allah akbar » (Dieu est grand) et « On a vengé le prophète Mohammed, on a tué Charlie Hebdo ».
Mais d’où vient cette envie de réduire ce journal au silence? Quelle haine peut motiver des hommes à ce point?

Qui est Charlie?
Charlie Hebdo était habitué aux menaces de morts.
Depuis sa naissance en 1970, après la mort de son grand frère Hara-Kiri, et malgré un hiatus entre 1981 et 1992, le journal satirique tente, chaque mercredi, de peindre un portrait humoristique et dérangeant de l’actualité. Son arme fétiche? Ses caricatures célèbres, essence même du périodique.
Des personnages politiques aux célébrités artistiques, en passant bien sûr par les figures religieuses, les Unes de Charlie Hebdo n’épargnent personne… et gardent l’avocat du journal occupé : plusieurs de ces Unes valent au journal des poursuites devant les tribunaux.
Les choses s’enflamment en novembre 2011 suite à la publication d’un numéro spécial appelé « Charia Hebdo » : on y voit le prophète Mahomet promettre « 100 coups de fouet, si [les lecteurs] n[e sont] pas morts de rire ». Résultat, un cocktail Molotov réduit en cendres les bureaux du journal et son site Internet est piraté, affichant des versets du Coran et une photo de La Mecque.
À partir de cette date, Charb, le directeur de publication, est placé sous protection policière. Protection qui s’avèrera bien mince face à la préparation des deux tueurs.
Ce mercredi 7 janvier au matin, ce sont donc les dessinateurs Charb, Cabu, Honoré, Tignous et Wolinski, la chroniqueuse Elsa Cayat, l’économiste Bernard Maris, le correcteur Mustapha Ourad, l’invité de la semaine Michel Renaud, l’agent de maintenance Frédéric Boisseau et les policiers Franck Brinsolaro (chargé de la protection de Charb) et Ahmed Merabet (tué dans la rue en tentant de retenir les meurtriers) qui seront assassinés pour avoir publié des dessins mettant en scène le prophète Mahomet.

Photo © Pierre-Yves Beaudouin

Les anciens bureaux de Charlie Hebdo, après l’incendie criminel de novembre 2011. Photo © Pierre-Yves Beaudouin

Charlie et la religion
Charlie Hebdo commence sa croisade d’infidèle en 2006 lorsqu’il publie une série de caricatures mettant en scène Mahomet, originalement publiées dans le journal danois Jyllands-Posten, avec en couverture un dessin de Cabu représentant le prophète en pleurs et « débordé par les intégristes » qui sanglote que « c’est dur d’être aimé par des cons ».
En 2011, le journal récidive donc avec le Charia Hebdo, et un an plus tard, suite à la sortie du film très controversé « L’innocence des musulmans », avec la publication d’une couverture dessinée par Luz présentant la « suite » du film Intouchables, qui met cette fois-ci en scène non pas Omar Sy et François Cluzet, mais un musulman et un juif.
Je me souviens de cette couverture, car mes parents (français) habitaient à l’époque en Égypte, où celle-ci avait fait un tollé, et étaient obligés de dire qu’ils étaient suisses ou belges pour éviter de quelconques représailles.

Effet Streisand
Avec cette attaque, les deux assassins voulaient « tuer Charlie »… comme un dessin l’expose parfaitement, ils n’auront eu qu’une minute de silence.
En effet, cet évènement génère l’effet Streisand [phénomène médiatique qui se manifeste par l’augmentation considérable de la diffusion d’informations ou de documents par le simple fait d’avoir été l’objet d’une tentative de retrait ou de censure] le plus important jamais enregistré : au cours des jours suivants, de nombreux médias dans le monde diffusent les dessins et les couvertures « incriminées », le mot-clic #JeSuisCharlie est tweeté plus de 5 millions de fois, la plupart des journaux et chaînes de télévisions français arborent un bandeau noir en signe de solidarité, de nombreuses personnalités internationales en parlent sur les réseaux sociaux et aux Golden Globes, et le tirage du Charlie Hebdo du 14 janvier passe de son habituel 60 000 copies à 1 million, puis 3 millions, et finalement 5 millions après que tous les exemplaires soient écoulés partout en France dès 10h du matin.
Finalement, cette attaque à la liberté d’expression soulève le peuple français qui descend dans les rues lors de la « marche républicaine » du 11 janvier qui attire plus de 4 millions de personnes, dont 1,5 million seulement à Paris. Cette manifestation est la plus grande jamais enregistrée en France.

Image © Joachim Roncin

Le slogan « Je suis CHARLIE » créé quelques minutes après les évènements par Joachim Roncin, directeur artistique du magazine Stylist, et repris en masse sur les réseaux sociaux. Image © Joachim Roncin

La marche #JeSuisCharlie à Montréal
Les Français de l’étranger ont également voulu montrer leur soutien à leur mère patrie en défilant dans leurs villes respectives, souvent accompagnés de locaux.
À Montréal, ce sont 25 000 personnes qui ont défilé de la Place des Arts au consulat de France à Montréal sur l’avenue McGill College ce dimanche 11 janvier. Drapeaux français, québécois, canadiens et israéliens, ainsi que les célèbres pancartes « Je suis CHARLIE » ont marché en silence jusqu’au point de ralliement pour finalement entonner la Marseillaise, l’hymne français.
Cette marche s’est déroulée dans le calme et le respect, regroupant Français et Montréalais sous une même envie de liberté.
Quelques personnalités étaient présentes, telles Denis Coderre, maire de Montréal, et Bruno Clerc, consul français à Montréal.

Photo © Maxime Callais

L’avenue McGill College noire de monde lors de la marche Je suis Charlie à Montréal. Photo © Maxime Callais




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.