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Une histoire portée par des femmes

Depuis la fin du XIXème siècle au Québec, le mouvement des femmes a évolué à travers diverses phases qui ont permis de nombreuses avancées telles que l’obtention du droit de vote et l’égalité juridique entre les hommes et des femmes.

Le mouvement féministe québécois se développe d’abord autour d’un maternalisme qui vise l’atteinte de l’égalité des chances entre les femmes et les hommes tout en perpétuant la distinction de leur rôle spécifique en société.
Comme le statut de mère est indissociable de celui de femme, on cherche, par le biais d’actions collectives d’entraide, à faciliter ce rôle pour les plus démunies d’entre elles. Encore en 1918, dans le journal Le Devoir, Henri Bourassa parle de « la femme-homme, le monstre hybride et répugnant qui tuera la femme-mère et la femme-femme ». Pourtant, ces femmes prennent de plus en plus de places sur le marché du travail. Inhérent à leur participation à l’effort de guerre durant la Première Guerre mondiale, elles représentent 25% des travailleurs en 1921.

Dans un tel contexte, des femmes telles que Idola Saint-Jean et Thérèse Casgrain s’engagent dans un féminisme des droits égaux. La première se présente aux élections fédérales de 1930 alors même que les Québécoises ne possèdent pas le droit de vote et la seconde devient la première chef d’un parti politique au Canada en 1951 au sein du Parti social-démocratique.
Les femmes du Québec pourront aller aux urnes à partir de 1940, soit 22 ans après le reste des Canadiennes. Quant à l’abolition de la subordination de l’épouse à son mari, elle est instaurée dans le cadre du projet de loi 16 par Marie-Claire Kirkland-Casgrain, première femme à l’Assemblée législative du Québec. À la même époque, on assiste aussi à la démocratisation de l’éducation encouragée par le Rapport Parent. Celui-ci stipule que l’« on doit fournir à toute jeune fille une certaine préparation à une occupation qui lui permettra de gagner sa vie avant ou durant sa vie en ménage ou quand ses enfants seront élevés ».

Encouragé par les mouvements internationaux, un féminisme québécois radicalisé et militant émerge au début des années 70. On attaque alors les constructions sociales du genre inhérentes à un patriarcat généralisé et on remet en question le rôle de la femme au sein de la famille et de la société. S’en suit la révolution sexuelle qui vise l’autodétermination du corps de la femme et sa liberté sexuelle rendue possible par l’arrivée de méthode contraceptive sur le marché, la pilule ayant été légalisée en 1969 au Canada.
En 1978, la pièce de théâtre Les fées ont soifs écrite par Denise Boucher prend l’affiche au Théâtre du Nouveau Monde et déclenche immédiatement un tollé. Elle est jugée blasphématoire à l’égard du symbole religieux qu’est la vierge Marie, ainsi appelle-t-on à la censure de la part du Conseil des Arts de Montréal qui retire ses subventions. Les progrès qui semblaient acquis pour plusieurs se fragilisent soudainement.
Durant les deux décennies précédant le tournant du millénaire, des actions à vertu communautaire ancrent davantage le féminisme dans un souffle de solidarité. Le mouvement adopte un virage altermondialiste et s’oriente vers un rejet des politiques néolibérales qui accroissent les disparités au sein de la société québécoise. En 1995, s’organise la Marche du pain et des roses qu’entreprennent des centaines de personnes en direction de la ville de Québec; ils portent avec eux neuf revendications, dont l’augmentation du salaire minimum, l’égalité salariale et l’accès facilité aux formations professionnelles pour les femmes. Ce contingent rejoint environ 15000 individus regroupés devant l’Assemblée nationale, des mesures concrètes seront prises aussitôt par le gouvernement péquiste de Jacques Parizeau.
Inspirée par cette marche de 1995, la Fédération des femmes du Québec initie la Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence faite aux femmes qui se tiendra au cours de l’an 2000 du 8 mars, journée internationale des Femmes, au 17 octobre, journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, et ce, à travers le monde.

Aujourd’hui
À Montréal, on sent une réappropriation du mouvement féministe, de façon peut-être plus marginale, mais toujours ciblée.
Depuis quelques années déjà, des autocollants « Sale pub sexiste » ont fait leur apparition à travers la ville, ceux-ci condamnent la publicité exploitant le corps de la femme au nom d’un modèle capitaliste souverain. Idée originale du centre de la femme de l’UQAM, cette intervention populaire est reprise par le comité femmes de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ). « La publicité marque l’inconscient aussi bien que le conscient, forge autant les préjugés que les croyances », peut-on lire dans leur dépliant explicatif, « La publicité est l’un des vecteurs directs et violents du sexisme ».

© ontwatch

© ontwatch

On s’oppose aussi de plus en plus à une culture du viol et de la peur qui semble omniprésente dans l’espace public. La femme n’est pas une victime de sa condition biologique scande l’initiative Ontwatch par des affiches placardées sur les murs de Montréal. On lit sur le site web du mouvement que « toutes [l]es manières d’éviter le risque d’être agressée sont des stratégies intériorisées depuis l’enfance. Mais cette peur qui nous anime est, en soi, déjà une oppression ».
Malgré le chemin parcouru, la lutte pour un Québec égalitaire n’est pas terminée, il demeure toujours un monstre bien établi, tentaculaire, qu’il faut convertir : les mentalités. Ancrées si profondément dans l’inconscient collectif, elles conditionnent les interactions humaines dans une perspective souvent hétéronormative. Mais en élargissant sa visibilité et en confrontant ses idées sur la place publique, le mouvement féministe, qu’il convient d’appeler humanisme, saura s’immiscer dans la tête des gens et changer les habitudes.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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