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De Poly se souvient au contrôle des armes à feu

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Heidi Rathjen lors d'une entrevue sur le contrôle des armes à feu © Montreal Gazette

Heidi Rathjen est une survivante de la tuerie de Polytechnique. Elle se bat maintenant aux côtés de « Poly se souvient » et de « Coalition pour le contrôle des armes à feu » sur plusieurs fronts afin d’éviter que de tels évènements se reproduisent.

Propos recueillis par Camille Chaudron

Le Polyscope : Quel est le rôle d’un organisme comme « Poly se souvient »?

Heidi Rathjen : Le rôle de Poly se souvient est de minimiser les chances qu’une telle tragédie se reproduise. Son mandat principal est de se battre pour un meilleur contrôle des armes. C’est la meilleure façon de commémorer les 14 victimes. C’est un hommage concret qui sauve beaucoup plus de vies.

P : Quel est l’impact du registre des armes à feu?

HR : Le registre fait partie d’une gamme de mesures, mais il représente la pierre angulaire du contrôle des armes. On ne peut pas contrôler les armes sans avoir l’information sur elles et sur les gens à qui elles appartiennent.
L’impact du registre c’est la prévention, mais la prévention ne se voit pas facilement. Lorsqu’un évènement est évité, il n’y a pas de manchette, c’est un non-évènement. Il est donc difficile de mesurer la prévention.
Nos adversaires vont dirent : « Les accidents avec armes à feu sont la preuve que la loi ne marche pas ». Pourtant on ne dit pas ça des limites de vitesse sur l’autoroute. Ce n’est pas parce qu’il y a des accidents de voiture qu’il faut enlever ces limitations.
La prévention se calcule de manière scientifique avec des tendances et des facteurs bien précis et c’est ainsi que l’on peut déceler l’impact d’une loi. Les chercheurs de l’Institut national de la Santé publique du Québec (ISQ) a estimé que la loi a, au minimum, sauvé 300 vies par année. On peut aussi regarder les tendances des homicides avec les armes d’épaules, soient les armes qui ont été assujetties aux lois. Les armes de poing ont été enregistrées depuis les années 70.
Le taux d’homicides avec les armes d’épaule a baissé à des niveaux records. 2011, la dernière année où la loi a été mise en œuvre dans toute son intégrité, était l’année où on enregistrait le plus bas taux d’homicides par arme à feu jamais enregistré. Cela, combiné à l’avis des experts et les témoignages des forces policières qui unanimement soulignaient l’efficacité du registre pour les aider dans leurs travaux de protection du public, on peut dire que le registre et la loi sur le contrôle des armes ont été efficaces pour prévenir la violence commise avec des armes à feu.

P : Pourquoi pensez-vous que les conservateurs veulent l’éliminer?

HR : Pour aller chercher des votes qui sont basés sur l’idéologie pro-arme. Le lobby des armes, la communauté active qui adopte cette philosophie du NRA sont des gens qui votent selon la position du gouvernement sur le contrôle des armes. Ceux qui sont contre le contrôle des armes, sont des votes à aller chercher pour le gouvernement conservateur, alors que la majorité du public ne vote pas en fonction de cette question. C’est pour diviser et fragmenter les votes, c’est un calcul politique, ils jouent avec la sécurité du public pour aller faire des points politiques.
Ils ont systématiquement ignoré la science, les faits, les avis des experts. Ils ont ignoré toute évidence et ils ont essayé de supprimer les rapports de la GRC qui démontraient l’efficacité du registre, ils ont tenté de discréditer les témoins, comme les chefs de police qui appuient le registre et ils ont une relation extrêmement étroite avec le lobby des armes à feu. Par exemple tous les membres du comité expert avisant sur le contrôle des armes du Ministre de la sécurité publique étaient jusqu’à récemment tous des amateurs d’armes, des commerçants ou des gens qui profitent de la vente d’armes.

P : Comment pouvons-nous le sauver?

HR : Il faut comprendre que l’enregistrement continue au Québec grâce à la détermination du gouvernement du Québec à aller chercher les données qui ont été abolies. Le gouvernement fédéral voulait non seulement abolir le registre, mais aussi détruire les données. Le gouvernement du Québec a dit non, il voulait garder les données et faire un registre québécois. C’est présentement à la cour suprême et on attend le jugement pour 2015.
Mais présentement, il y a une injonction qui protège les documents. Les étudiants, les futurs ingénieurs et tous ceux qui veulent honorer la mémoire de ces quatorze femmes peuvent appuyer un registre québécois. Ce n’est pas encore décidé, ce n’est pas encore fait, il faut mettre la pression sur Québec pour s’assurer qu’on ait notre registre québécois et qu’il soit bien mis en œuvre
Il y a d’autres défis. Les conservateurs viennent de déposer un autre projet de loi, le C-42, qui va affaiblir encore plus les quelques mesures qui restent encore au niveau fédéral. De plus, il y a une prolifération des armes d’assaut, donc des armes qui sont conçues pour tuer des humains rapidement et efficacement, des armes de guerre comme on en donne à nos soldats en Afghanistan.Ces armes-là ne sont pas des armes de chasse, il n’y a aucun bénéfice à ses armes-là. À cause des changements de lois et des nouveaux modèles d’armes aux États-Unis, les armes d’assaut sont de plus en plus accessibles pour les particuliers. C’est un autre immense défi pour la lutte du contrôle des armes à feu.
Finalement, si les gens veulent s’impliquer, qu’ils adhèrent à Poly se souvient. Ils recevront des mises à jour et des pétitions qui vont aider la cause. S’il faut écrire à des députés ou se manifester d’une manière ou d’une autre, c’est Poly se souvient qui a comme but de trouver ce genre d’appui.

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