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Polytechnique

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L'émotion me tue © PolyPhoto, Archives 1990

L'Édito de l'édition spéciale des 25 ans du 6 décembre

Lorsque j’étais plus petite, j’ai fouillé dans la bibliothèque de mes parents et j’y ai trouvé l’album des finissants de mon père qui a gradué en génie électrique à Polytechnique en 1987. Polytechnique annonçait sa première participation au salon de la femme et se fixait un objectif : atteindre une clientèle 50% féminine d’ici 2000. C’était avant le 6 décembre 1989. Poly s’était déjà affiliée avec un groupe de féministes et se rendait compte que les filles en génie étaient sous-représentées.

Le 6 décembre 1989, un homme se présente à Polytechnique armé d’une carabine automatique. Il entre dans une classe et demande aux hommes de sortir avant de tirer sur les femmes. Il abat 14 femmes et blesse 12 autres femmes et un homme avant de se donner la mort. Il laisse derrière lui une lettre de suicide où il explique son geste : il voulait mourir en emportant le plus de féministes possible avec lui.

Ce qui s’est passé ce jour-là a frappé l’imaginaire de tout le Québec. On ne s’attendait pas à vivre un acte fondamentalement antiféministe ici. La lutte des femmes semblait dépassée et on prenait pour acquis les droits légitimes que les féministes avaient réussi à obtenir. Après le 6 décembre, on aurait pu s’attendre à ce que les mouvements féministes reviennent en force, mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Au contraire, il s’est fait beaucoup plus discret. Vingt-cinq ans plus tard, le mouvement féministe reprend du poil de la bête. D’abord, le discours récent d’Emma Watson aux Nations Unies a invité hommes et femmes à lutter contre les injustices entre les sexes. Ensuite, l’avalanche de témoignages de viol des dernières semaines a mis en lumière la culture du viol qui existe encore au Québec. De plus en plus, j’entends des femmes et des hommes s’exprimer sur cette situation et j’ai l’impression que le débat avance.

Le féminisme n’a pas été le seul enjeu qui a été mis sur la table, suite aux évènements de 1989. Le contrôle des armes a été un autre débat important au Canada dont la principale action a été de créer un registre des armes à feu. Il est difficile de contrôler les armes à feu au pays sans registre. Il faut connaître leur nombre, leur genre et le nom de leur propriétaire. Le gouvernement Harper entretient de bonnes relations avec le lobby des armes et ne s’est pas gêné pour mettre la hache dans le registre auquel tenaient à cœur une majorité de Québécois. Je veux saluer le gouvernement québécois qui se bat en ce moment pour pouvoir conserver les données québécoises.

De tous les enjeux, celui qui me touche le plus c’est le nombre de fille qui vont en science. Pourquoi sommes-nous si peu nombreuses à Poly? J’ai plusieurs théories à ce sujet. Premièrement, la réputation du travail d’ingénieur ne semble pas convenir à plusieurs filles. C’est une carrière qui paraît rude et inhospitalière. De plus, les femmes semblent préférer les métiers où elles peuvent « aider ». Par exemple, les professions en santé attirent beaucoup de femmes, tout comme les carrières reliées à l’environnement.
Certains départements de Poly, comme génie chimique et génie civil, axent leur publicité sur le développement durable, alors que d’autres comme mécanique et biomédical vont mettre de l’avant les applications médicales. Ce n’est pas un hasard si ce sont ces programmes qui attirent le plus de filles!
De plus, je crois qu’il est important de mettre en contact les filles et les sciences le plus tôt possible. C’est pour cette raison que le concept des camps comme Folie Technique, Les Débrouillards, le camp de jour scientifique de l’UQAM, le camp de jour de l’ETS, etc. est une excellente façon d’initier de jeunes femmes au monde des sciences. De plus, les concours comme « Science, on tourne! » ou « Pontpop » au secondaires et au CEGEP permettent de faire entrer les jeunes femmes dans les universités. Dans le cas du concours « Pontpop » de l’ETS, les équipes (composées de 50% de filles) sont invitées à visiter l’université et de découvrir les avantages de venir étudier à l’ETS. C’est ce genre d’évènement qui permet aux filles qui aiment les sciences de voir comment fonctionne un projet en ingénierie. Je serais très fière si Polytechnique offrait ce genre d’opportunité.

Le 6 décembre 1989 est un évènement tragique qui a amené plusieurs débats politiques sur la scène québécoise. Ces débats font partie de la commémoration de la mémoire de ces femmes. Il est important de garder actuel des enjeux qui marquent encore le Québec d’aujourd’hui.

© PolyPhoto, Archives 1990

L’émotion me tue © PolyPhoto, Archives 1990

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