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L’importance d’être constant

Première représentation montréalaise d’un classique d’Oscar Wilde au théâtre du nouveau-monde.

Incontournable auteur romantique du XIXème siècle, Oscar Wilde s’est illustré dans plusieurs genres littéraires. Il est d’ailleurs plus connu pour ses aphorismes (vous n’avez qu’à consulter le mur Facebook de votre petite sœur) que pour ses œuvres. L’importance d’être constant reste un de ses classiques, mis en scène pour la première fois à Montréal, par Yves Desgagnés.

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Crédit photo: TNM

On rencontre Jack Worthing dans une demeure typiquement victorienne de Londres dans les années 1870. Ce dandy irrévérencieux, à l’image d’Oscar Wilde, s’étale sur ses frasques avec son compère Algernon Moncrieff. Afin de multiplier les conquêtes et d’insuffler des ragots croustillants dans ses conversations, il s’invente un frère décadent à la ville pompeusement nommé Constant, et qu’il incarnera lui-même lors de ses visites à Londres. La situation se complique lorsqu’il tombe amoureux de l’espiègle Gwendoline Fairfax, dont la réciprocité des sentiments est fortement conditionnée par le fait qu’il s’appelle Constant (on ne peut pas en vouloir à Gwendoline, Constant est effectivement un nom empli de noblesse, NDR). De surcroît, on apprend qu’Algernon s’est lui aussi créé un alter ego du même nom, tout en tombant amoureux de la naïve Cecily Cardew. S’en suivent quiproquos et règlements de comptes contenus par la bienséance et le flegme britannique.

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Anne-Élisabeth Bossé et Maxime Denommée.

Cette intrigue est articulée autour d’un bestiaire représentant les hautes sphères autoproclamées de l’époque. Notamment, l’imposante Lady Bracknell qui est traditionnellement jouée par un homme, constitue le clou du spectacle grâce à la performance de Raymond Bouchard. Son charisme, la protection de ses intérêts et ceux de sa nièce Gwendoline ajoutent un grain de sel à une situation déjà bien pimentée. Et que dire du révérend Chasuble, dont la moralité douteuse et la frénésie des mariages et baptêmes achèvent de le discréditer?

Tout le monde en prend pour son grade dans cette véritable critique de la société victorienne où le paraître est roi. La deux londoniennes enamourées font les girouettes au cours des révélations de leurs soupirants, traduisant la superficialité des rapports sociaux. Une immense tasse de thé, symbole anglais par excellence, innonde la scène et sert de support aux personnages. Ce gigantisme cherche peut-être à métaphoriser la société matérialiste et conservatrice, où même les sacrements religieux sont dispensés pour se conformer aux codes de l’époque.

Cette adaptation québécoise met en scène une troupe à la performance uniforme. Les acteurs parviennent à jouer l’humour anglais au travers d’une ribambelle d’aphorismes mêlés dans le texte, ce qui en fait une pièce comique bien qu’exigeante. L’étape de traduction a su conserver quelques anglicismes de la pièce originale : The importance of being Ernest. Et pour cause, le metteur en scène estime que la pièce saura toucher le public de Montréal, ville jugée plus proche culturellement de Londres que de Paris.

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