Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Août – Un repas à la campagne : Un cocktail mal dosé

Critique

aoutLa pièce Août – Un repas à la campagne est présentée du 29 octobre au 6 novembre, à la compagnie de théâtre Jean Duceppe. Dans sa dernière création, qui a déjà été présentée en 2006 au théâtre de la Licorne, Jean-Marc Dalpé nous convie à un souper en famille, par un chaud après-midi d’été. Monique, se rend à la campagne pour présenter son fiancé à son frère et à sa famille.  L’après-midi s’étire et l’on rencontre tour à tour les membres de cette famille qui s’étire sur quatre générations. La fête perd de son ambiance joviale et vire au drame lorsque les tensions que l’on s’efforce de taire éclatent au grand jour.

La compagnie nous a habitués à des distributions solides et il n’y a encore une fois pas matière à être déçus. Pierrette Robitaille est impeccable dans le rôle de Jeanne,  une femme forte, mais usée.  Michel Dumont, qui joue Simon, l’agriculteur fatigué, est, sans surprise, excellent (j’ai envers Dumont, un acteur que j’admire, une impartialité limitée). Paulette, l’arrière-grand-mère espiègle, est interprétée avec un plaisir évident (et contagieux) par Nicole Leblanc. Quand à Chantal Baril et Gilles Renaud, ils sont amusants dans le rôle du nouveau couple catapulté à la campagne. Kim Depatis est convaincante en tant que cégépienne excitée et angoissée. Frédéric Blanchet, qui incarne Gabriel, le mari colérique, est lui aussi très bon. Finalement, Isabelle Roy, qui interprète Louise, doit à elle seule porter la dimension dramatique de la pièce, ce qu’elle parvient à faire avec brio.

Dans Août – Un repas à la campagne, l’auteur tente le difficile exercice consistant à marier la comédie au drame. Le procédé, qu’on retrouve abondamment dans les productions contemporaines, me semble ici mal maitrisé. Je vais tenter de m’expliquer sans trop dévoiler de la pièce… À mon sens, une des forces du théâtre est sa capacité à unir l’audience dans une émotion commune. C’est toute une expérience de sentir la salle glisser à l’unisson d’un sentiment à l’autre, du rire aux larmes. Or, dans Août – Un repas à la campagne, cette transition est maladroite. La foule elle-même ne semble pas s’accorder sur l’émotion à ressentir, et il en résulte un malaise. Comprenez-moi bien, je ne crois pas que le malaise soit nécessairement répréhensible. Il s’agit d’une émotion  forte qui force parfois le spectateur à remettre en question sa vision de la pièce, s’interrogeant sur ses émotions et sa lecture des événements. Cependant, dans le cas présent,  lors d’un moment se voulant dramatique, la salle s’est retrouvée partagée entre ceux qui raient encore franchement, ceux qui raient jaunes et ceux qui ne riaient plus du tout. Une situation qui m’a surpris, et franchement un peu dérangé.

Je n’en rejette pas nécessairement la faute sur le texte, bien qu’une descente plus  graduelle vers le drame aurait pu être bénéfique. La mise en scène, un peu brouillonne à cet instant,  cultive la confusion. Un effet sonore, une sorte de note grave venu souligner le changement de ton, se fait entendre, mais pas suffisamment fort pour contrebalancer les gags, qui sont encore trop « punchés » à ce moment… Bref, la confusion règne, et le résultat est un peu indigeste.

Malgré ces réserves, vous trouverez en Août – Un repas à la campagne, une brochette d’acteurs talentueux, qui vaut le détour, et un texte drôle et sensible.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+