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Et si on oubliait les bélugas?

Qu’est ce qui se passerait s’il n’y avait pas de petits bélugas à protéger? Est-ce que les Québécois devraient être favorables à l’exportation du pétrole albertain sur leur territoire?

Les Québécois ont l’air mitigé face au projet d’Énergie Est. Pourtant les avantages ne sont pas nombreux. TransCanada fait miroiter des redevances qui me laissent assez perplexe. Les villes, par exemple, auront des redevances pour chaque kilomètre de pipeline qui passera sur leur terrain. Cela est avantageux pour les petites communautés, mais reste dérisoire par rapport aux dangers que le pipeline représente. L’autre promesse concerne les emplois qui seraient générés par ce développement. D’après moi, les 14 000 emplois promis pour la construction du port de Cacouna fait piètre figure devant les 2 300 emplois générés par le tourisme dans la région. Les baleines génèrent 200 millions de dollars ce qui n’est pas négligeable pour la région. Je ne suis pas certaine que l’endroit soit aussi accueillant pour les touristes lorsque les dizaines de pétroliers passeront pour un remplissage.

Si les avantages économiques ne sont pas impressionnants, ce n’est pas le cas des risques environnementaux. Si vous avez l’impression que la disparition des bélugas est le risque le plus important, détrompez-vous! Les déversements de pétrole dans les oléoducs de cet âge sont trop fréquents et les résultats pour l’homme est direct. Le pétrole albertain est trop visqueux pour être pompé, ce qui oblige les transporteurs à ajouter des produits chimiques supplémentaires dans le brut. Ces produits permettent au pétrole de pénétrer plus rapidement dans la terre et permet une contamination plus rapide des cours d’eau. N’oubliez pas que ce tuyau passe sur les terrains fragiles du Québec. La vallée du St-Laurent regroupe les meilleures terres agricoles de la province et la contamination de ces terrains serait catastrophique pour l’économie de plusieurs régions. C’est sans compter la contamination de l’eau potable d’une proportion alarmante de la population. Le nettoyage des lacs et des rivières devra prendre plusieurs dizaines d’années durant lesquelles les villes auront besoin de nouvelles usines de traitement des eaux pour pouvoir fournir de l’eau potable aux citoyens. Il y a déjà eu plusieurs cas de déversements aux États-Unis et les répercussions sont encore importantes, dix ans plus tard.

Les pros-pétrole prétendent que les oléoducs sont sécuritaires grâces aux nouvelles technologies de surveillance, mais l’histoire récente nous montre le contraire. Selon les chiffres de Radio-Canada, seulement 10% des fuites sont découvertes par les fameuses technologies de pointes. Entre 2003 et 2013, il y a eu près de 1 000 fuites répertoriées au Canada et certaines importantes ont été catastrophiques. De plus, Enbridge a une légère tendance à cacher les déversements dont elle est coupable. L’an passé, 4000l ont été déversés accidentellement près de Terrebonne. La compagnie Enbridge a tout fait pour cacher l’affaire, en prétendant que 3000l avaient été récupérés alors il n’était pas nécessaire d’avertir les citoyens. Selon eux, les 1000l restant ne représentaient pas un danger assez important pour avertir la population.

Le nettoyage de la rivière Kalamazou a coûté plus d’un milliard de dollar à la population et dure maintenant depuis 5 ans. Cette fuite de pétrole a duré 14 heures et a déversé 4 millions de litres de pétrole. Si ce problème survenait dans l’oléoduc d’Énergie Est, ce serait 148,4 millions de litres qui se déverseraient dans nos rivières. De plus, le climat plus froid du Québec ralentit l’activité des bactéries qui sont capables de décomposer le pétrole et le fleuve St-Laurent est une étendue d’eau énorme qui sera assez difficile à nettoyer.

J’espère donc vous avoir convaincu du non-sens de ce projet pour les Québécois et les Québécoises. TransCanada aimerait nous faire prendre énormément de risque sans garantie en cas de problème. C’est un investissement dangereux et non-rentable et je trouve scandaleux que le Parti Libéral ait une vision favorable à l’endroit de ce projet épouvantable.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.