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Mondes parallèles

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9ème marche & veille pour les femmes autochtones disparues et assassinées, 4 octobre à 18h00, Place Émilie-Gamelin

3,5 millions sur 1 milliard d’hectares. C’est 0,35%, soit la proportion du territoire canadien occupé par les réserves amérindiennes selon un recensement effectué par Statistique Canada en 2006.

Le paradoxe
Les Autochtones, une désignation comprenant les Premières Nations, les Inuits et les Métis, représentent 4,3% de la population canadienne, dont la moitié seulement habite une réserve. Au Québec, c’est pratiquement les trois quarts, d’où peut-être cette impression exacerbée qu’il existe deux mondes parallèles, deux peuples, dont les interactions se limitent à de rares apparitions médiatiques. Le peuple québécois sait, par exemple, que les projets d’agrandissement d’un golf sur un cimetière mohawk peuvent provoquer une crise, menant, potentiellement, à l’intervention de l’armée. Dans un contexte plus actuel, il sait aussi que les Attikameks sont en mesure d’adopter le langage de l’envahisseur, de jouer le jeu, et de proclamer leur souveraineté en vertu du titre ancestral qu’ils détiennent sur leur territoire. Cette démarche s’appuie, entre autres, sur les gains historiques obtenus en Cour suprême cet été par la nation britanno-colombienne Tsilhqot’in.

L’enjeu concernant les réserves est complexe et controversé. Reliques du colonialisme européen des Temps modernes, ces zones d’isolement furent instaurées au courant du XVIIème siècle par les pionniers français dans l’optique de convertir ses habitants au christianisme. Puis, suivirent nombreux traités qui furent entérinés dans l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. De façon plus précise, la législation entourant les réserves amérindiennes est prescrite par la Loi sur les Indiens, ce texte stipulant, entre autres, que les terres mises de côté au profit des bandes autochtones appartiennent à « Sa Majesté ». Officiellement, c’est donc le Ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord qui régit sur ce territoire.

Dépossédées et fractionnées, il semblerait naturel pour les nations amérindiennes de chercher à se démunir d’une telle jurisprudence, mais paradoxalement, celle-ci favorise la pérennité de multiples cultures par le renforcement d’un sentiment de communauté. L’abolition des réserves aboutirait à l’assimilation quasi certaine des Indiens à une société canadienne aux tendances néolibérales s’opposant bien souvent à cette symbiose avec la Nature que certains appelleront peut-être connexion spirituelle. Sans ce rapport intemporel à la terre qui les nourrit, que leur resterait-il sinon la désillusion caractéristique du XIXème siècle? Et les « non-autochtones » dans tout ça, n’auraient-ils pas à gagner des enseignements de ces Premières Nations?

Idle No More
En 2012, deux projets de loi, C-38 et C-45, visent à alléger diverses mesures de protection ayant trait aux espèces marines et aux cours d’eaux navigables dans des régions administrées par les Premières Nations. En réaction à l’imposition de ces amendements sans consultation aucune des différents partis concernés, quatre femmes autochtones du Saskatchewan s’unissent afin de mettre en branle un mouvement populaire. Idle No More, traduit en français par « Fini l’apathie! », encourage une mobilisation amérindienne généralisée, mais compte aussi des non-autochtones parmi ses partisans. Dans une perspective toujours pacifique, cette mouvance cherche la reconnaissance des droits ancestraux et s’oppose à l’usurpation du territoire par le gouvernement fédéral et l’industrie. Les réalités socioéconomiques alarmantes qui caractérisent de nombreuses réserves sont aussi à l’avant-plan des revendications de Idle No More. Un engagement national est revendiqué en vertu d’un renversement de divers phénomènes intolérables se déroulant dans les sociétés amérindiennes, notamment, la pauvreté endémique, le taux de suicide élevé, l’accès difficile à l’eau potable… et puis le taux d’homicides de femmes autochtones grandement supérieur à la moyenne canadienne.

Parenthèse qui n’en est pas une
Les femmes autochtones représentent 4% de la population féminine canadienne, mais 16% des cas répertoriés d’homicides et de disparitions, un taux moyenné sur une période de 32 ans, s’étalant de 1980 à 2012. Ce chiffre tournait autour de 8% en 1984, il atteint aujourd’hui 23% et dépasse le 50% en Saskatchewan et au Yukon. Cette surreprésentation révélée par une étude de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en a frappé plusieurs. Entre autres, l’Association nationale des femmes autochtones (ANFA) appelle le premier ministre Harper à déclencher une enquête publique afin d’étudier et de rétablir cette situation insupportable. Amnistie Internationale, Human Rights Watch ainsi que le rapporteur spécial de l’ONU pour les droits des peuples autochtones se sont aussi ralliés à la cause.

Le 4 octobre prochain à partir de 18h00, place Émilie-Gamelin, se tiendra une marche en l’honneur de ces femmes disparues et assassinées. Une bonne occasion de faire partie du mouvement.




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