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Le vers rouge reverdit

L’étudiant(e) en appartement se retrouve bien souvent confronté(e) à un dilemme: jeter ses pelures de carottes à la poubelle jour après jour ou s’embarquer dans l’odyssée du compostage domestique.

Le volume des résidus organiques d’un ménage moyen s’évalue à 40% du volume total des ordures, soit 19% en résidus de cuisine et 21% en résidus de jardin. Leur enfouissement contribue fortement à la détérioration de notre environnement. D’une part, leur décomposition anaérobique (en absence d’oxygène) génère des biogaz, principalement du méthane, participant au réchauffement climatique. Selon les statistiques québécoises pour l’année 2009, ces résidus participeraient à 6% des émissions de gaz à effet de serre de la province. D’autre part, le liquide acide, appelé lixiviat, qui résulte aussi de ce processus s’infiltre dans les sols, entraînant bactéries et métaux lourds sur son passage jusqu’aux plans d’eau souterrains (Nova Envirocom, 2002).

Compostage communautaire
Moyennant un effort raisonnable, il existe quelques solutions réalistes pour celui(celle) n’ayant pas accès à un jardin, mais cherchant (désespérément) à réduire son empreinte écologique. D’abord, le compostage communautaire, en plein essor dans plusieurs quartiers de Montréal, permet le dépôt des résidus alimentaires. L’organisme citoyen Action RE-buts met à disposition une carte interactive de la ville indiquant les divers endroits où cette pratique de revalorisation des déchets s’effectue. Notez que la participation à une telle collecte est bien souvent réservée aux résidents du secteur dans lequel se situe la compostière et/ou requiert une inscription auprès d’un éco-quartier ou toute autre organisation responsable (SocEnv, s.d.). Mais que fait l’étudiant(e) déchiré(e) s’il(elle) ne répond pas aux critères?

Lombricompostage
Il(elle) adopte le lombricompostage. Plusieurs guides adaptés, imagés et parfois ludiques sont disponibles sur le web. Parmi ceux-ci, mentionnons Le compostage facilité (Nova Envirocom, 2002) téléchargeable en format PDF sur le site de Recyc-Québec, qui explore en profondeur les arguments pour le compostage et ses principes, ainsi que Le lombricompostage (Éco-quartier Peter-McGill, 2004) qui présente, à l’aide d’un visuel raffiné, les étapes à suivre pour démarrer son compost en toute simplicité.

À l’action!
Après le défrichage de quelques sources, il est possible d’en retenir un procédé éprouvé, trucs et astuces compris. D’abord, il convient de se procurer une compostière ou encore de la fabriquer à partir d’un bac de plastique de type Rubbermaid (récupéré du sous-sol de ses parents!). On favorise un récipient peu profond, mais possédant une grande superficie (largeur x longueur) de façon à optimiser la surface de décomposition. Le fond doit être percé de trous d’un pouce de diamètre puis couvert d’un grillage fin fixé à l’aide de duct tape. On applique aussi une ouverture sur le couvercle afin de permettre une bonne évacuation de l’humidité. Le tout est installé sur un récipient pouvant retenir les écoulements, un tapis à chaussure fait l’affaire. Ensuite, on se procure des vers Eisenia foetida, communément appelé vers rouges, dans un éco-quartier près de chez soi. Ces vers sont frileux, il faudra donc entreposer la compostière à l’intérieur, priorisant un lieu où circule l’air, sous l’évier par exemple. On remplit ensuite le bac d’une couche de 30 centimètres de litière, dont les proportions en poids respectent 1 part de sable pour 2 parts de papier journal en morceaux et 6 parts d’eau. On y dépose les vers en leur accordant quelques jours pour s’acclimater. Enfin, on y ajoute graduellement les résidus de cuisine en prenant soin de les recouvrir d’une quinzaine de centimètres de litière et de varier la zone d’enfouissement à chaque nouvel ajout. Prenez note que les vers raffolent de matière organique végétale, mais exècrent la viande et les corps gras. Après quelques mois (entre trois et six), le compost peut être recueilli! On s’assure d’en retirer les vers, soit à la main soit en ajoutant une nouvelle litière et de la nourriture fraîche dans un coin de la compostière, afin de relancer un nouveau cycle de valorisation des ordures.

La santé de la vermicompostière tient de l’équilibre entre les matières riches en azote (résidus de légumes et de fruits, pain, céréales sans assaisonnement, etc.) et les matières riches en carbone (papier journal, carton brun déchiqueté, feuilles mortes). Un excès de nourriture produit une odeur de putréfaction, aussi est-il primordial de ne pas suralimenter la compostière et d’attendre que les résidus précédents aient été décomposés avant d’en ajouter à nouveau. Notez que 500 grammes de vers consomment, en moyenne, 1,2 kilogramme de déchets organiques par semaine. On accroît la quantité de litière ou de vers pour contrer le problème. Une odeur d’ammoniac, quant à elle, témoigne d’un excédent de matière verte et fraîche riche en azote. On rééquilibre le mélange en y intégrant davantage de papier journal déchiqueté. L’humidité aussi doit être régulée : si la litière est trop sèche, il suffit d’ajouter un peu d’eau et, si elle s’avère trop humide (présence de condensation sur les parois intérieures et odeur de souffre), le couvercle peut être retiré quelques heures. Enfin, si les vers montent les parois de la compostière, c’est que le mélange est trop acide, on l’augmente alors de coquilles d’œufs broyées (Éco-quartier Peter-McGill, 2004).

Au final, que fait-on avec cette biomasse fraîchement digérée (par les vers)? Ce compost permet l’amendement des sols par son apport riche en azote, phosphore et minéraux et prévient la prolifération de maladie chez les plantes. Dans un contexte d’appartement, il peut être donné à des amis ou utilisé, suivant un ratio 1/3 de terreau, 1/3 de sable, 1/3 de compost, pour empoter les plantes d’intérieur. Ou encore, il pourra être répandu allègrement au pied des arbustes du voisinage.

Cela va sans dire, chaque geste individuel compte pour préserver notre mère nourricière, la Terre, mais que l’effort se doit d’être collectif. Alors sur ce, partagez vos lombrics!

Sources pertinentes
Action RE-buts. (2012).  Cartes interactives. Tiré de http://www.actionrebuts.org/site/outils/cartes
Éco-quartier Peter-McGill. (2004). Le lombricompostage. Tiré de http://www.eco-quartierpm.org/compostage_lombricompostage.html
Éco-quartier Rosemont-La-Petite-Patrie. (s.d.). Le lombricompost. Tiré de http://www.ecoquartier-rpp.org/wp-content/pdf/Lombricompost-02.pdf
Nova Envirocom. (2002). Le compostage facilité. Tiré de http://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/upload/Publications/le_compostage_facilite.PDF
SocEnv. (s.d.).  Compostage communautaire. Tiré de http://socenv.ca/?page_id=61




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