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La matrice de Morphée

Un rêve merveilleux

Par une nuit fraiche, les étoiles perçaient timidement la lumière de Montréal. C’est de manière totalement innocente, sans attentes, sans connaissances préalables du spectacle à voir, que je me dirige  vers la Tohu. Le bâtiment si confortable, humain, social, m’accueille dans son antre, et je m’installe dans la salle. Tout le monde se parle, semble se connaître, dans une ambiance joviale. L’anticipation monte, mais je remarque un homme avec une tête de licorne, suivant les spectateurs qui entrent, jouant, cabriolant, redoublant de simagrées qui font rire la salle. Je commence déjà à avoir mal aux joues, tant je ne peux m’empêcher de rire.

Et c’est alors que deux types français sortent de l’audience, semblent interférer en se disputant, avant que nous réalisions qu’ils font partie du spectacle. « Veuillez éviter de prendre des photos, de fumer, manger, copuler, respirer » . Ils essayent de trouver la source d’un rire un peu bizarre, et tentent de rendre son auteur mal à l’aise, à l’hilarité de la foule. Mais ils  cèdent la place au vrai spectacle, et toute la salle est hypnotisée. Un homme, musclé, danse dans un cerceau, doucement, langoureusement, à une musique de rêve. Nous voulons rêver avec lui, onduler doucement avec le cerceau. Avec la mort de la musique, il s’allonge doucement au sol.

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Le thème change soudainement. Des dizaines d’acrobates entrent sur la scène circulaire, tous affabulés de costumes variés, évoquant la Grèce Antique, en satyre, cupidons, Adam et Ève, 4 lémuriens, des nymphes, fées, elfes, et autres, indéfinissables. Le ton est au rire, et ils nous amènent à fixer notre regard vers un trapéziste, au plafond. Il est incroyable. À tout moment, je m’attends à ce qu’il tombe, tant il virevolte, se rattrapant à la dernière fraction de seconde. À l’apothéose, il se jette dans le vide, et toute la foule pousse un cri, mais nous remarquons qu’il a un fil de rétention, freinant sa chute au dernier moment. Tout le monde applaudit à tout rompre, et la prochaine scène s’enchaîne.

Tout au long du spectacle, les thèmes, changent souvent, brutalement, asymétriquement, donnant une ambiance surréelle, comme dans un rêve, mettant en valeur différents numéros d’acrobates, alternant souvent avec des scènes comiques. Un trapéziste nous a tenu en haleine, ainsi que des femmes grimpant et tournoyant sur des cordes, un homme se tenant en équilibre, sur ses mains, sur des poteaux, donnant un spectacle de force incroyable. Un couple sautant à travers des cerceaux, habillés de manière urbaine, s’encourageant, ont donnés une touche très humaine, alternant avec des scènes de décadence physique, illustrant un contraste entre l’amour et le sexe qui m’a touché. Une scène illustrant un hôpital psychiatrique, où un unicycliste passait d’un patient à l’autre pour les réveiller, les amener à se rencontrer, a donné une forte image de l’amitié qui m’a touchée.

Lorsque la musique s’efface, que les lumières reviennent, je ne peux m’empêcher d’applaudir de toutes mes forces, voulant montrer mon appréciation pour les dizaines d’artistes, tellement talentueux et impressionnants.

En fin de compte, le titre aura été une supercherie, ou du moins, un quiproquo (la matrice est le rêve, une autre réalité, et Morphée est dans le thème légèrement grec des costumes). Que cela ne vous éloigne pas de la beauté du spectacle, surprenant à couper le souffle.

La Matrice de Morphée sera en représentation encore jusqu’au 8 juin. Ce sera définitivement une soirée à ne pas manquer.

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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