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Les liaisons dangereuses au théâtre Jean Duceppe

critique d'un classique fantasmatique

liaisons dangereuses

Une adaptation d’un roman épistolaire du 17e siècle est chaque fois une prouesse, surtout quand celui-ci traite d’un sujet aussi stigmatisé dans la culture commune que l’adultère. Le roman de Choderlos de Laclos a choqué et inspiré plusieurs générations d’esprits, de là ses interprétations et adaptations. Celle qui en est faite du 9 avril au 17 mai 2014 au théâtre Jean Duceppe n’échappe pas à ses origines. Les éléments les plus subtilement dépravés du roman y sont présentés avec aisance et élégance, grâce à une mise en scène qui a le bon goût de suggérer plus de chair qu’elle n’en montre. En effet, bien que l’action ne saurait occulter certains passages sulfureux, il est clairement visible que le coeur de la dépravation est bien plus moral que physique, ce que rend parfaitement le jeu des comédiens.

A la différence du roman, qui le situait au XVIIIe siècle, le contexte général de la pièce est placé dans la noblesse française des années 1950, ce qui, loin de donner à la pièce un air anachronique, permet de suivre les salons où vous transporte le carrousel central et d’apprécier la justesse du texte.

Texte ô combien difficile à habiter et à faire vivre que cet éloge constant de la duperie et du stupre. Mais texte maîtrisé majestueusement par une Mme de Merteuil que l’on se prend à détester ; par un vicomte de Valmont dont les phrases à double sens rythment la progression ; par une Cécile Volanges à l’ingénuité et l’énergie rafraichissantes ; par une présidente de Tourvel sincèrement bouleversante et par un chevalier Danceny naïvement chevaleresque comme seuls savent l’être les héros romanesques.

Là où le roman finissait sur l’exil de Mme de Merteuil, la pièce réussit de manière énergétique à transmettre la condamnation générale, la sentence finale, est d’un rythme tel qu’on reste pétrifié quand s’élèvent les premiers applaudissements. Bien plus puissant qu’une suite de dialogue, cette scène finale est un moment d’une puissance évocatrice et cathartique rare. Amateurs de sensations théâtrales et de joutes verbales, courez-y! Le théâtre Jean Duceppe n’a que rarement si bien mérité sa devise « Des émotions en temps réel ».

photo Duceppe




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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