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Semele, l’opéra baroque de Handel

Un classique mythologique enchanteur

Arrivant au théâtre Victoria, une salle aux dimensions d’un gymnase d’école primaire, je fus d’abord surpris de constater que les sièges, disposés en rangées sur un sol horizontal, ne permettaient pas de voir les musiciens. Au nombre de 7, ils testent leurs instruments quelques instants, puis les lumières s’éteignent, plongeant la salle dans le noir. Une introduction talentueuse est jouée d’un air dépouillé, réduit au minimum de par le nombre limité de musiciens.

Au moment où je commençais à me demander pourquoi les musiciens ne s’étaient pas installés sur la scène, pour les voir plus facilement, une voix s’élève, pure et grave. Il s’agit d’un page annonçant le mariage imminent de Semele, la fille de Cadmus, roi de Thèbes, au prince Athamas. La mélodie est reprise par un chœur de chant apparu sur la scène, emplissant l’air d’un chant merveilleux.

Puis, les acteurs entrent en scène. Les parents de Semele se réjouissent en ce jour radieux, et de ce mariage pour leur fille, béni par Junon. Malheureusement, Ino, la sœur de Semele, est en pleurs. Retardant le mariage, elle s’effondre d’émoi. Mais voilà que Semele, d’abord hésitante, révèle sa réticence à se marier. Sa voix, tellement belle et pure, donne des frissons, toute à son agonie. Elle révèle son amour pour Jupiter, elle, une simple mortelle. Le mariage est repoussé, et Athamas tente de consoler Ino. Elle lui révèle alors que la cause de son désarroi est qu’elle est amoureuse de celui-ci. Il en est surpris, mais la console. Avant qu’ils deviennent intimes, le père des jeunes femmes annonce qu’un aigle gigantesque a ravi Semele, s’agissant certainement de Jupiter. La nouvelle est accueillie avec joie, car c’est un grand honneur que d’être favorite du Dieu des Dieux. Ino se retire dans un château gardé par des dragons, alors que Jupiter, chanté à la perfection, déclare sa flamme pour Semele. D’abord ravie, elle en vient rapidement à en vouloir plus, jusqu’à l’immortalité, et pour la distraire, Jupiter envoie chercher sa sœur.

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Cependant, Junon, qui attendait le mariage, n’est pas satisfaite de la tournure des événements, et complote avec sa collègue, Iris, pour prendre la baguette de Somnus, le dieu du sommeil, afin d’endormir les dragons, ainsi qu’Ino. Grâce à cette tactique, Junon prends l’apparence d’Ino se présente à Semele. Cette dernière est aux anges, déjà très heureuse d’être choisie par Jupiter, elle raconte à sa « sœur » son bonheur. Junon s’impatiente, mais convainc Semele qu’elle jouirait d’un plaisir bien plus intense avec Jupiter si elle était également immortelle.

Lors du retour de Jupiter, elle lui fait promettre de lui accorder un souhait. Il accepte, mais voilà que Semele demande à Jupiter qu’il se révèle à elle sous sa vraie forme divine, et non une forme humaine. Il est mortifié, lui répétant à de nombreuse reprise qu’elle en mourrait, mais elle fait la sourde oreille. Récalcitrant, il tente de se transformer de manière la plus douce possible, mais Semele meurt tout de même, dans une agonie à fendre l’âme.

De retour aux lieux du mariage, Ino se fait annoncer qu’elle épousera Athamas. Au comble de la joie, un héraut divin annonce que Semele est morte, mais que de son union avec Jupiter, Bacchus, le dieu du vin et du plaisir naîtra de ses cendres. Étrangement, tout le monde est content de cette nouvelle et la pièce se termine sous les chants de joie et les applaudissements de la foule.

Toute la salle a énormément apprécié. Le joyau du spectacle est sans conteste la chanteuse qui jouait Junon et Ino. Non contente d’une voix merveilleuse et pure, chacune de ses expressions faciales et ses mimiques parvenait à faire rire la salle à grands éclats.

Ultimement, qu’il s’agisse du jeu exceptionnel des acteurs, de leur voix grandiose et emplie d’émotions, ou de la formidable endurance des musiciens pour jouer pendant 2 heures, cette expérience fut merveilleuse et donne envie de retourner à l’opéra plus souvent.

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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