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Traces : Les 7 doigts de la main

90 minutes d'émerveillement

« Mesdames et messieurs. Le spectacle débutera dans un instant. Veuillez laisser votre cellulaire allumé, car vous ne savez jamais qui aurait besoin de vous contacter. N’hésitez pas à prendre des photo avec flash qui pourraient désorienter et mettre les artistes en danger. Nous vous encourageons à filmer la représentation, que vous pourrez partager avec toute votre famille pour toute l’éternité. Les sorties de secours sont situées aux extrémités de la salle, dans le cas très probable d’une catastrophe. Et enfin, les toilettes sont à l’entrée, car ce n’est pas si grave si vous manquez quelques minutes, n’est-ce pas? »

Dans l’alcôve réconfortante du cylindre de la Tohu, la salle sombre flottant dans une atmosphère de suspense et de fumée carbonique s’illumine soudain, laissant place aux artistes. On distingue 6 garçons et une fille, qui virevoltent au rythme d’une musique techno, s’échangeant, se partageant l’un l’autre, virevoltant dans des élans et des pirouettes dangereuses, m’ayant inspiré effroi à plusieurs reprises.

Mais le tempo s’éteint, et ils nous parlent. Chacun d’eux. Il y a Renaldo, qui a peur des araignées, et Fletcher, qui vient de San Francisco et qui aime être en contrôle. Vient L.J., venant d’Angleterre, qui , puis Anne-Marie, de Québec, cachant bien sa vulnérabilité amoureuse derrière une forte personnalité. Ensuite, Diego, mexicain et romantique, puis Lucas, le Français, et enfin, Mathieu, de Québec, aux multiples talent, mais recelant d’un mélange de frustration destructive et d’une quête de paix musicale. Chacun d’eux est maintenant un visage gravé à jamais en moi.

Une trace.

S’ensuit une danse, racontant de façon personnelle, sensuelle, magique, une histoire d’amour. Comment on place des barrières autour ne nous, pour n’espérer que rencontrer une personne pour les briser. Comment le temps passe, mangeant les secondes trop rapidement pour transmettre notre histoire. Comment chaque instant est là pour vivre. Laisser sa trace.

J’ai des frissons et les yeux humides. Je n’ose pas applaudir aux figures acrobatiques si dangereuses et belles, pour ne pas rompre le sortilège qui tient l’assemblée, en haleine devant la prochaine lettre de cette histoire. Chacun est tellement plein d’énergie, de force, qu’on a l’impression qu’ils volent plutôt qu’ils dansent. Comme si cette énergie contrecarrait la gravité, les rendant plus légers qu’un oiseau, et qu’ils allaient disparaître dans un battement d’ailes.

Mais ce n’est que le début. Le spectacle défile, enchaînant les scènes vivement personnelles, démontrant tour à tour la personnalité de chacun. Je suis profondément touché par chaque partie, passant de manière chaotique entre la danse acrobatique sur thème techno, à un kaléidoscope poignant de la vie des artistes. La connexion que nous éprouvons avec eux s’accroît, nous donnant un sens du danger très réel lorsque Lucas s’élance des mâts chinois sans protection, ou lorsque Fletcher enchaîne les sauts périlleux grâce à la bascule. Puis, cadeau, Anne-Marie nous surprends par sa grâce, dans sa robe écarlate, telle une fleur sanglante flottant dans une valse aérienne, suspendue à une corde par la force de ses muscles et de sa détermination. Mathieu nous joue une ballade aux airs d’Harmonium, en accompagnant ses collègues tantôt au piano, tantôt à la guitare, alors que LJ dessine innocemment sur un projecteur.

Fleur écarlate

Enfin, dans un dernier élan, ils empilent des cercles, toujours plus haut, et réussissent à tour de rôle à passer au travers en enchaînant les sauts périlleux, étonnant l’assistance à chaque fois. L’apothéose approche, l’excitation grimpe à son paroxysme, alors qu’ils empilent six anneaux, cumulant une hauteur dépassant facilement les 16 pieds. Lorsque Fletcher réussit à se projeter à travers le plus haut, lancé par la force de Diego et Renaldo, la salle éclate en applaudissements ébahis.

Les artistes quittent la scène, revenant encore et encore sous les applaudissements qui ne veulent pas se taire après plusieurs minutes. Je suis le dernier à arrêter d’applaudir.

Cette expérience formidable m’a ébloui. Non contente de nous surprendre par les chorégraphies et des arabesques impressionnantes, la personnalité peinte dans chaque mouvements, chaque parole, laisse en nous une trace indélébile. Une envie irrépressible de vivre. De dire : « J’existe! ».

Entre 25 et 48$, selon les catégories, chacune des 90 minutes de cette représentation est un bien précieux. Mais hâtez-vous! Les 7 doigts de la main ne sont en représentation à la Tohu que jusqu’au 31 décembre 2013. Ne manquez pas cette occasion d’offrir ce magnifique cadeau à vos proches, je vous le recommande fortement.

Car ultimement, la trace que cette représentation laissera en vous a selon-moi plus de valeur que mille présents au pieds du sapin.

 

WowPatapaow

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