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Douze hommes en colère

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Crédit photo: Mathieu Rivard

Le théâtre Outremont a présenté Douze hommes en colère le 29 novembre dernier. Le verdict est tombé : la pièce est jugée un grand succès, sans appel !

Tous ceux qui ont étudié à Polytechnique Montréal ont été initiés à « Twelve angry men » lors du cours « Travail en équipe et leadership » donné en première année. Cette adaptation cinématographique de 1957 a démocratisé la pièce de Reginald Rose. On y retrouve un jury devant délibérer sur le sort d’un jeune homme soupçonné du meurtre de son père. Tous les faits dénoncent sa culpabilité mais un des membres, honnête architecte, a un doute raisonnable. Le débat est donc maintenu tant que la décision n’est pas unanime.

Le cadre de ce huis clos est évidemment sobre. Accès à la salle de procès côté jardin, toilettes côté cour, une table et douze chaises. De fausses fenêtres renforcent l’immersion dans ce New York des années 50. Pour faciliter l’observation des douze protagonistes, la table est placée sur un plateau pivotant à très faible vitesse (environ 1 tr/h).

L’intérêt de la pièce réside dans le contraste entre les personnages, menant à une escalade du débat et des rapports de forces. Leurs profils et caractères sont on ne peut plus variés : l’entraineur voulant bien faire les choses, l’analyste financier rigoureux et implacable, le responsable marketing frivole et indécis… Chacun aura son rôle à jouer dans cette affaire. Le choix des acteurs est particulièrement judicieux, les personnages leur collant à la peau autant au niveau du caractère que du physique ou de l’âge. L’adaptation 100% québécoise de Jacques Rossi comprend une légère refonte, un polissage des dialogues pour ajouter de nombreuses touches comiques bien dosées, tout en évitant les anachronismes. Cela permet de donner leur heure de gloire aux rôles secondaires comme le chétif banquier ou le sage doyen du jury. L’acteur incarnant l’architecte respire la bonté mais ne met pas en avant le charisme et l’assurance qui ont fait merveille dans l’adaptation cinématographique. En revanche, l’homme d’affaire et antagoniste joue avec brio la frustration et l’aigreur d’un père opiniâtre. Il s’offre en spectacle dans un tonnerre de vociférations et d’entêtement, en dynamisant la pièce jusqu’à en faire frémir le public.

La meilleure particularité des huis clos est l’effet de surprise : on ne s’attend pas à tant de retournements de situation ou de nouveaux éléments qui entrent en jeu dans un cadre aussi austère. Les détails des faits les plus infimes sont décortiqués, sans tomber dans la longueur ou la répétition. Ici, ce sont l’évolution des personnages et la révélation de leur vraie nature qui priment au cours de confrontations et messes basses récurrentes. En plus du leadership mis en exergue dans le cours de Polytechnique, de nombreux thèmes sont soulevés, notamment les contrastes sociaux et l’importance du bénéfice du doute dans un système judiciaire.

En résumé, on peut se targuer d’avoir une excellente interprétation d’un monument de la culture américaine. Plusieurs thèmes de société toujours actuels sont pointés du doigt. Le casting varié respecte et élève la pièce originale, et la mise en scène jongle savamment entre humour, gravité et ingéniosité.

Crédit photo : Mathieu Rivard

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