Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Le Cid de Corneille

Un grand classique de la scène française au théâtre Denise Pelletier

L’intrigue se situe à Séville (Espagne) au XVème siècle. La fin de la reconquête est proche alors que les Maures, progressivement chassés par les Espagnols de la péninsule ibérique, n’occupent plus que quelques bastions en Andalousie. C’est dans ce cadre de relative domination castillane qu’un conflit d’egos éclate entre Don Diègue et Don Gomès, deux personnalités importantes du royaume. Souffleté par le second, le premier s’en remet à son fils, Don Rodrigue pour laver l’affront. Ironie du sort, ce dernier est l’amant de Chimène, la fille de l’offenseur ! C’est alors un dilemme cornélien qui déchire le héros : s’il sauve l’honneur de son père, il perd l’amour de sa promise ; s’il se défile, le déshonneur s’abat sur sa famille.

Qui n’a jamais entendu parler de cette pièce célebrissime de Corneille ? Qui n’a jamais entendu “La valeur n’attend point le nombre des années” ou “À vaincre sans péril on triomphe sans gloire”, des répliques empruntées au Cid ? C’est à un monument que le metteur en scène Daniel Paquette s’est attaqué et le résultat est contrasté.

Le principal aspect de la pièce qui en fait une oeuvre si difficile à adapter au public contemporain est l’importance qui y est accordée à l’honneur. Aujourd’hui notion complètement désuette, c’est pourtant le moteur principal de la pièce, ce qui crée un décalage plutôt pénible mais malheureusement indépendant de la mise en scène ou du jeu des acteurs. Ce dernier est d’ailleurs plutôt bon, malgré quelques accrocs anecdotiques. La performance du roi (Alain Fournier) est excellente et drôle mais Daniel Desparois, hilarant dans Le jeu de l’amour et du hasard, est enfermé dans un petit rôle ne laissant pas vraiment de place à la fantaisie.

La mise en scène est définitivement contemporaine en incluant par exemple des scènes de combats à l’épée très divertissantes et des attitudes corporelles très actuelles. En revanche, le traitement accordé à la tirade culte “Ô rage, ô désespoir” est peut-être un peu trop forcé alors que l’intensité même du monologue suffit à en faire un moment-clé de la pièce. La scène d’auto-flagellation de l’Infante est quant à elle surprenante mais pas du tout incohérente.

Les décors d’Anne-Marie Matteau sont très impressionnants et suggèrent de façon pertinente la profonde influence qu’ont laissée les Maures dans la culture ibérique. Les costumes d’époque, créés par le réalisateur lui-même, sont également très réussis.

À voir du 13 novembre au 7 décembre au théatre Denise Pelletier.

Crédit photo : Luc Lavergne




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.