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Le Balcon de Jean Genet au Théâtre du Nouveau Monde

Pouvoir et érotisme côtoient l'absurde dans cette pièce atypique mise en scène par René Richard Cyr

Une révolte gronde, les portes de la ville vont bientôt céder devant la fureur dévastatrice des émeutiers. Alors que le pouvoir chancelle, les affaires vont bon train au Balcon, un bordel un peu spécial. Des hommes insignifiants viennent ici assouvir leurs désirs en revêtant les oripeaux de personnages de pouvoir : évêque, juge ou encore général de retour d’une bataille sanglante, rien n’est trop gros pour ces adeptes du jeu de rôle érotique. Tout est tenu en coulisses par la main habile de Madame Irma, très fière du divertissement taillé sur mesure offert par sa « maison d’illusions ». À mesure que les révoltés gagnent du terrain, la frontière déjà ténue entre la réalité et le rôle dans le rôle joué par les personnages disparaît.

La pièce entretient d’emblée cet amalgame malsain entre la vraie nature des personnages et leurs alter ego. Chaque client semble avoir une prostituée attitrée qui se contente de donner la réplique et n’assure finalement qu’un second rôle dans l’élaboration du cérémonial sexuel. La mise en scène est grandiose, les premiers tableaux saisissent par la grandiloquence des décors et les couleurs éclatantes des costumes. La mise en abîme décrite plus haut est exacerbée par le découpage de la scène : chaque tableau est joué sur une plateforme indépendante qui avance, se dévoile et se retire à la manière des figurines mobiles des horloges anciennes. Le compte à rebours avant la prise de pouvoir des insurgés, s’il n’a lieu qu’en arrière plan, devient présent et angoissant grâce aux divers bruits d’explosions et de coups portés aux murs. Il n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de la fin programmée du royaume dans Le Roi Se Meurt de Ionesco, autre grand maître de l’absurde.

Une intrigue secondaire lie Madame Irma et le préfet de police, seule figure d'autorité dont le costume n'est pas demandé par les clients.

Une intrigue secondaire lie Madame Irma (Marie-Thérèse Fortin) et le préfet de police (Bruno Marcil), seule figure d’autorité dont l’uniforme n’est pas demandé par les clients.

Si la première partie de la pièce est bien rythmée et plutôt burlesque, la seconde est davantage intellectuelle et, admettons-le, un peu rasoir. Les comédiens, dont la distribution est pourtant unanimement reconnue comme étant de qualité, ne parviennent pas à rendre le texte tout à fait digeste. Le scénario, dont le quota d’absurde acceptable est déjà bien entamé, vire carrément à l’énigme à la fin de la pièce si bien que l’on ne sait plus très bien donner un sens à ce tourbillon de dialogues abscons. Heureusement, le metteur en scène est clairement dans l’exagération du texte. La mise en scène est là pour compenser ce que l’oreille seule ne permet pas de déchiffrer. C’est donc une pièce difficile, mais résolument originale et rendue accessible par René Richard Cyr qui a apparemment à cœur de vulgariser des œuvres habituellement réservées à une certaine élite intellectuelle : « Si tu ne sers que du McDonald’s aux spectateurs, tu ne peux pas espérer qu’ils s’intéressent au brocoli ensuite. » (Le Devoir, 2 novembre 2013)

Du 5 au 30 novembre 2013 au TNM

Crédits photo : Yves Renaud




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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