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L’avenir du Movember : verra-t-on apparaître une industrie de la moustache?

Édito du 8 novembre

Depuis quelques années, on voit, à l’aube du mois de Novembre, poindre quantité de moustaches exquises dans les rues de la métropole. Le mouvement « movember » (pour les plus incultes, contraction de mo – moustache et november – novembre) vise principalement à sensibiliser la population aux cancers de la prostate et des testicules. Rappelons-nous que l’appui de Jack Layton, qui était lui-même doté d’une moustache impeccable, avait propulsé le mouvement au cœur de l’actualité. L’entreprise est louable : le traitement de la maladie bénéficie grandement d’un diagnostique rapide, reposant généralement sur un examen annuel des hommes de plus de 40 ans. Dans cette optique, la sensibilisation peut avoir des effets très positifs, surtout que ce n’est pas le test médical le plus populaire. De manière plus générale, cela fait aussi, par la bande, la promotion d’un examen médical annuel chez les patients de tous âges.

Ce qui me tracasse cependant, c’est l’avenir de ce mouvement. Verra-t-on des entreprises en quête de capital de sympathie s’approprier movember? Pourrons nous bientôt acheter croustilles, rasoirs et boissons énergisantes ornées de moustaches? Pour comprendre pourquoi cela m’inquiète au point d’en faire le sujet de cet éditorial, il faut analyser le cas du ruban rose, le symbole de la sensibilisation au cancer du sein.

La dérive de l’industrie du ruban rose

Je vous invite d’abord à regarder l’excellent documentaire L’industrie du ruban rose, de la cinéaste Léa Pool, qui jette un regard très critique sur ce symbole devenu le principal outil du marketing de cause. La réalisatrice met en lumières les pires dérives de l’industrie : on peut maintenait tout acheter en couleur rose : sac de chips, produits de beauté, agrafeuses, voitures de sports… même les entreprises polluantes en profitent pour redorer leur image (pensons à Ultramar, associé de la Fondation du cancer du sein du Québec). Entendons nous bien, il ne s’agit pas ici de générosité, mais bien de marketing. Si on a vu autant de compagnie embrasser la cause, c’est avant tout parce qu’elle est rentable.

Certains répondront que cela a peu d’importance tant que des fonds vont à la recherche. Pourtant, certains problèmes se posent toujours. Tout d’abord, il y a la question des montants réellement versés à la cause : gageons qu’un don à une société profitera davantage à la cause que de choisir le bon paquet de mouchoir ou de dépenser plus cher pour le mélangeur KitchenAid rose.

Ensuite, il y a la question des entreprises vendant des produits potentiellement cancérigènes. Les causes des cancers ne sont pas encore bien comprises, mais je parierais que les gaz d’échappement des Ford Mustang ne font pas beaucoup de bien. Idem pour l’alimentation : ce ne sont souvent pas les courgettes qui sont ornées d’un emballage rose. Le cas le plus troublant est sans aucun doute celui de PFK, qui avait lancé un partenariat avec la société américaine du ruban rose. Manger du poulet frit pour vaincre le cancer, il fallait y penser… On pense aussi à l’industrie des cosmétiques, souvent pointé du doigt pour l’usage de produits cancérigènes.

Finalement, il faut aussi s’interroger sur l’utilisation des fonds pour la recherche. Aux États-Unis, la presque totalité des dons profite aux entreprises pharmaceutiques. Or, ces entreprises tableront toujours sur de la recherche menant à la création de médicaments commercialisables. Pas de place ici pour la recherche fondamentale, sur les causes environnementales des cancers par exemples. Confier les rênes de la recherche aux pharmaceutiques est une erreur: il suffit de penser à la recherche sur le SIDA, qui n’intéresse plus vraiment ces compagnies. Après tout, la trithérapie rapporte bien plus qu’un remède. Dans le cas du VIH/SIDA, c’est la recherche universitaire qui a prit le relais. Les chercheurs universitaires bénéficieraient bien plus des sommes colossales amassées pour la lutte contre le cancer que les compagnies en quête de brevets lucratifs.

Éviter que le scénario ne se reproduise

Voilà donc pourquoi l’avenir de movember m’inquiète. J’espère que ceux qui amassent des fonds sauront les utiliser avec sagesse, et que ce mouvement de sensibilisation ne se transformera pas en une vague de marketing à la sauce virile. Restons vigilants face au marketing de cause : la générosité des citoyens devraient réellement servir à faire le bien, pas à remplir les poches des entreprises.

Au revoir!

Vous tenez en ce moment dans vos petites mains la dernière édition classique du Polyscope de la session (!!!). Nous reviendrons dans quelques semaines avec notre petite surprise traditionnelle, mais pour ce qui est des publications régulières, c’est terminé. Je le souligne ici parce que je serai à l’étranger la session prochaine et qu’il s’agit de mon dernier éditorial en tant que rédacteur en chef, après deux ans de services. Si je n’exclus pas de reprendre la plume à l’occasion, il s’agit sans doute de la fin de ma contribution régulière au journal. Je tiens à remercier tout les lecteurs du Polyscope : sans vous, je serais sans doute réduit à passer toutes mes soirées à faire de l’analyse des structures (oui, je suis en Civil, NE JUGEZ PAS!). Un merci supplémentaire aux lecteurs de la page éditoriale (il y en a, j’ai des mails qui le prouvent bon!) qui endurent régulièrement l’étalage de ma frustration.

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Bonne fin de session!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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