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La Honte

Édito du 27 septembre 2013

Depuis janvier 2011, les élèves de l’école Baril, située dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, doivent prendre l’autobus et se rendre une dizaine de kilomètres plus loin, à l’École secondaire Louis-Riel. L’école a été condamnée pour cause de mauvaise qualité de l’air. Même scénario pour les enfants de l’école Hochelaga qui, eux-aussi, occupent maintenant une section de polyvalente. Une autre école, dans Villeray cette fois, sera finalement reconstruite, après que les élèves aient temporairement été accueillis dans un CÉGEP (!!!). À ces trois écoles s’ajoutent les cas, d’autant plus inquiétants, de tous ces établissements où la qualité de l’air est jugée préoccupante.

Mais qu’ont fait les différents paliers de gouvernement pour régler ce problème? Depuis l’annonce des investissements supplémentaires pour la reconstruction de l’école Saint-Gérard, c’est le silence complet de la part de Québec. Lors de cette annonce, la ministre Malavoix a affirmé : «En contrepartie, on a dit à la Commission scolaire de Montréal: « On vous remet de l’argent aujourd’hui mais on s’entend avec vous qu’à même vos budgets d’immobilisation, vous allez régler le problème des cas les plus graves ».» Or, la CSDM n’a pas suffisamment d’argent pour mener à bien tous les travaux nécessaires. L’école Baril est maintenant fermée depuis plus de deux ans, et si la commission a annoncé sa reconstruction, elle a aussi avoué du même souffle ne pas posséder les sommes requises.

Alors que les parents perdent patience et que des centaines d’enfants et d’employés doivent souffrir une qualité d’air dangereuse pour leur santé, le gouvernement affirme sans gêne que le problème est la responsabilité de la CSDM. Certes, la salubrité des écoles est du ressort des commissions scolaires et il est déplorable de voir comment, à coup de budgets d’entretient dérisoires, de pelletage par en avant et d’aveuglement volontaire, on a hypothéqué la santé de toute une génération d’écoliers. Toutefois, il faut maintenant arrêter le marathon de reproches et véritablement se mettre au travail pour régler le problème.

Aveuglés par leur rêve un peu dément d’équilibre budgétaire à tout prix, les péquistes refusent de voir la crise. «Le parc immobilier des écoles au Québec a 50 ans, celui de Montréal 65 ans. » a rappelé la ministre, comme si la situation relevait ici d’une fatalité. Peut-être devrait-elle songer à mettre son énergie ailleurs que dans un bras de fer stérile avec les commissions sur la question des taxes scolaires. Et que dire de Pauline Marois qui a fait l’annonce, en visite dans une école d’Hochelaga, de budgets supplémentaires pour… la réfection des cours d’écoles ! Du côté de la ville de Montréal, on a, semble-t-il, joué à l’autruche (une spécialité de l’administration Tremblay). Espérons que la campagne électorale remettra la question sous le feu des projecteurs. Les candidats affirment tous vouloir retenir les familles à Montréal, un parc d’écoles primaires dans un état convenable serait déjà un bon premier pas.

Qu’attend donc Québec pour agir ? Qu’en 2013, la santé des enfants ne soit pas une priorité du gouvernement, c’est tout simplement honteux. Un amphithéâtre à Québec par contre! Désolé à ceux qui verront dans ce parallèle de la mauvaise foi de ma part, mais la pilule est difficile à avaler.

Heureusement, certains continuent à se mobiliser. Des parents s’organisent et des artistes engagés font des coups d’éclat. Québec Solidaire a fait un point de presse cette semaine devant une école pour sommer le gouvernement d’agir. Cela a d’ailleurs mené à une entrevue un peu surréelle d’Alexandre Leduc, candidat de QS dans Hochelaga-Maisonneuve, à l’émission de Dominic Maurais sur les ondes de Radio X Montréal. L’animateur se croyait visiblement obligé de s’excuser à répétition à ses auditeurs d’être en accord avec un « gauchisse ». Reste que si ces deux-là ont su s’entendre, c’est que l’heure est belle et bien grave.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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