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Le problème qui n’existe pas

Édito du 13 septembre 2013

La charte. Cette satanée charte des «valeurs québécoises». Au moment où j’écris cet édito, je suis complètement vidé par ce débat. Épuisé par la colère, par les interminables discussions houleuses et les débats émotifs. Honnêtement, j’aurais préféré écrire sur autre chose. Après tout, les articles et les opinions pleuvent, j’aurais très bien pu m’abstenir d’en parler… mais je n’ai pas pu. Malgré la fatigue, je ne peux pas rester silencieux sur la question.

La charte, telle que présentée cette semaine par Bernard Drainville, est, selon moi, profondément néfaste. Elle bafoue la liberté de religion et est profondément discriminatoire, surtout envers les femmes. Je parle ici de la disposition visant à bannir le port de signes religieux chez les employés de la fonction publique ou parapublique (incluant entre autres les enseignants de tous les niveaux et les éducatrices dans les CPE). Les péquistes ont beau le nier, elle entraînera fatalement le départ d’employés compétents qui ne voudront pas nier une partie de leurs croyances.

Parce que c’est de ça que l’on parle, ne l’oublions surtout pas. Derrière toutes ces personnes qui affirment simplement, en haussant les épaules : «Moi de toute façon, J’aime pas bin ça les religions », on tente de camoufler l’effet direct de ces mesures : des gens (surtout des femmes) devront quitter leur emploi. Pourquoi? Pour la laïcité? Personne n’est contre la laïcité de l’État, mais personne n’est non plus capable de me dire en quoi une éducatrice portant le hijab ou un fonctionnaire portant la kippa sont une menace envers l’état laïc. L’état laïc, c’est l’État, qui n’affiche pas d’affiliation envers les institutions religieuses et qui agit avec neutralité sur les questions de croyance. Or, un état laïc, ce n’est pas synonymes d’employés athées. En quoi un employé affichant ses croyances entre-t-il en conflit avec cette neutralité? S’il est vraiment biaisé dans son travail, ce n’est pas le port ou non d’un signe ostentatoire qui changera quoi que ce soit.

C’est bien ca, le gros problème : cette charte s’attaque à un problème qui n’existe pas. Personne au gouvernement ne peut citer une seule fois ou le port de signes religieux a été problématique dans l’exercice de la neutralité de l’état. Les éducatrices de CPE musulmanes n’influencent pas, par le simple port du voile, les croyances des enfants. J’ajouterai en plus qu’elles permettent d’agrandir l’horizon culturel de ceux-ci. La laïcité de l’État passe par les actions et non pas par un code vestimentaire. Devant la question (fort légitime) que certains ont posée à Bernard Drainville à savoir s’il y avait des cas documentés de problèmes liés au port de signes religieux, il a simplement répondu qu’il sentait un « malaise ». Comme si un malaise envers les coutumes des autres était une raison valable pour limiter les droits d’une minorité!

Ceux qui tentent d’empêcher le port de signes religieux affichent surtout leur ignorance envers ces croyances. Affirmer « la religion, c’est dans le domaine privé », c’est ne pas comprendre comment, pour certains, les croyances font partie intégrante de tous les aspects de la vie quotidienne. La religion catholique n’est plus très pratiquée au Québec, il est bien normal que certains s’étonnent de l’attachement envers les signes religieux. Par contre, affirmer sans sourciller que l’interdiction de porter le voile ne représente pas un grand sacrifice pour certains croyants, c’est faire preuve d’un manque d’ouverture préoccupant.

Non, je ne supporte pas, comme certains l’ont insinué cette semaine, les positions idéologiques associées à certaines croyances religieuses. C’est même mon devoir d’affirmer mon opposition envers celles-ci quand elles touchent aux valeurs qui me tiennent à cœur (égalité homme-femme, acceptation de la communauté LGBT, droit à l’avortement, etc). Mais d’agir de façon discriminatoire envers les croyants ne fera rien pour la lutte contre ces valeurs, bien au contraire. Cela ne fera qu’agrandir le fossé entre les athées et les plus pratiquants, nuisant ainsi à la perspective d’une évolution des croyances. Parlons d’ailleurs de l’égalité homme-femme. J’ai vu dans les derniers jours des féministes engagées se faire accuser de trahison à cause de leur opposition à la charte. C’est une attaque injuste, mais aussi très insultante envers les femmes qui portent le voile. Faire automatiquement le lien hijab-soumission, c’est juger ces femmes et les infantiliser.  Pour des milliers de femmes, le voile est un choix religieux réfléchis et non pas une soumission automatique à la domination masculine. Vous pouvez ne pas comprendre ce choix, mais vous ne pouvez pas leur imposer votre vision.

Je pourrais discourir encore longtemps sur le sujet… Parler de l’hypocrisie d’une charte pour la laïcité qui ne s’oppose même pas clairement, pour l’instant, à la prière au conseil de ville et qui persiste à considérer la croix de l’assemblée nationale comme étant seulement du patrimoine. Ou tenter de vous convaincre que l’AEP devrait faire adopter une position sur le sujet par égard envers les étudiantes qui portent le hijab et qui devraient faire une croix sur les carrières dans le publique. Mais vraiment pour l’instant j’ai besoin d’une pause de ce débat… le temps de me remettre en forme pour reprendre la lutte contre un projet de loi injuste.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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