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Le recours aux forêts

Ode à la nature et pamphlet contre la noirceur humaine

Dans le cadre de l’événement Les Escales improbables, l’Usine C présente “Le Recours aux Forêts”, un spectacle pluridisciplinaire créé par  le philosophe Michel Onfray et le metteur en scène Jean Lambert-Wild.

Un musicien joue du vibraphone tandis que quatre comédiens récitent le texte de Michel Onfray.

D’abord sceptique concernant l’utilisation de lunettes 3D en première partie de spectacle, j’ai dû reconnaître qu’elles ajoutaient, sinon de la profondeur, une certaine gêne nécessaire à l’expérience sensorielle proposée.

La première partie du spectacle est un violent –mais juste– réquisitoire contre, entre autres, l’injustice et la barbarie des puissants. Témoin de l’éternelle bataille des Gras contre les Maigres, le philosophe s’insurge et condamne par le truchement des voix résonnantes et terribles des comédiens. Le rythme, la polyphonie plongent le spectateur dans une ambiance de messe noire, alors que le danseur exécute les mouvements désarticulés d’un homme possédé. Le vibraphone gargouillant et les images de nuages torturés en arrière-plan rappellent le film Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio qui dénonce la folie de l’industrialisation et de l’urbanisation extrêmes.

La transition vers la deuxième partie s’effectue par le biais d’une chute massive de brume, achevant d’exaspérer les spectateurs bourgeois forcés d’assister au procès du capitalisme. Cette fois, le danseur a fui dans les bois, c’est le fameux “recours aux forêts”. ”Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde”, le “Rebelle” abandonne la compagnie de ses pairs pour la solitude et le retour à l’essentiel. Cette partie du spectacle est plus apaisée alors que le danseur, devenu fluide et ivre de bonheur, évolue sur un bassin d’eau qui se colore au fil du temps. À la fin d’une longue ode à la nature, le dernier tableau voit “Rebelle” se laissant mourir en position foetale au centre d’un bassin devenu une véritable oeuvre d’art.

À l’Usine C jusqu’au 14 septembre.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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