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Huit femmes au CIMF

Dans une demeure bourgeoise des années 50, le propriétaire, père de deux filles, est retrouvé assassiné d’un coup de poignard dans le dos. Toute la famille proche, incluant belle-mère, femme, sœur et bonnes, partent à la recherche du coupable… dans la maison ! En effet, téléphone coupé, voiture neutralisée et portail fermé sont autant de découvertes qui constituent cette pièce en un huis clos. Il devient vite évident que l’assassin ne peut être qu’une des résidentes. Sachant cela, inutile de préciser qu’un groupe de sept femmes enfermées est un système instable qui sera en plus perturbé par l’arrivée de Pierrette, sœur du défunt.
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S’en suit alors un véritable rapport de force entre les protagonistes, suspectées l’une après l’autre. Afin de se constituer des alibis, des révélations éclatent au grand jour. Il apparaît que chacune était liée à feu le père par des secrets inavouables s’il était encore en vie.
Cette pièce de 1958 de Robert Thomas a été fortement démocratisée par l’adaptation cinématographique de 2002 mettant notamment en scène Catherine Deneuve. Pourtant, les actrices du CIMF n’ont rien à envier à cette superproduction. Chaque personnage leur colle parfaitement à la peau, ce qui n’est pas chose aisée étant donné la diversité des caractères et des générations. Elles parviennent à éprouver la désillusion de ces femmes qui ont toujours l’habitude d’avoir le contrôle. Chacune mérite son épithète : l’espiègle Catherine, l’aguicheuse Louise, la mystérieuse Pierrette… Mention spéciale pour tante Augustine en ville fille hystérique. Il est très apprécié d’assister à une représentation où aucune des actrices ne fait ombrage aux autres en termes de qualité de jeu.
Et pour cause, cette pièce moderne a la particularité de ne dégager aucun personnage principal ; les volumes de paroles sont globalement équivalents, mise à part une Mamy dépassée par les événements et qui est rapidement mise au placard. La mise en scène de Fanny Achache tire partie de cet aspect et en fait une pièce très dynamique : il n’est pas rare qu’une femme côté cour donne la réplique à une autre côté jardin. Il faut s’accrocher pour suivre toutes les tirades, surtout pour une pièce de cette longueur ! A cela s’ajoutent les allers-retours incessants des bonnes, transcrivant à merveille la débâcle émotionnelle de la maisonnée. On notera aussi des décors à faire pâlir n’importe quel appartement d’étudiant, pour seulement deux représentations… Les dialogues savamment adaptés, les costumes aux couleurs acidulées et les interludes de dubstep aspirent à en faire une pièce contemporaine et accessible à tous.

Enfin, une troupe amateur est idéale pour valoriser l’humour noir totalement décalé de l’histoire et favoriser la proximité avec le public. La pièce s’y prête très bien et on rit de bon cœur entre les coups de feu et autres crises de jalousie. En bref, c’était une très bonne tragédie comique à voir en famille, et on a hâte à l’année prochaine pour retrouver la troupe du CIMF.
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