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Jocaste Reine

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Aperçu article Jocaste Reine

Le théâtre du Nouveau Monde présente Jocaste Reine de Nancy Huston, jusqu’au 30 mars, et revient sur l’histoire d’Œdipe d’un point de vue novateur.

Plus connue pour ses romans que ses pièces, Nancy Huston s’essaie au théâtre avec Jocaste Reine, alter ego féminin d’Œdipe roi de Sophocle. Cette sorte de réécriture d’Œdipe met en avant le personnage éponyme de la pièce, qui est à la fois sa mère et sa femme, et toutes ses réflexions sur le cours de l’histoire. On assiste donc à la chute progressive d’une reine charismatique rattrapée par son passé et dont le destin va affecter tous ses proches.

La prédiction des oracles concernant Œdipe est bien connue : « Tu tueras ton père et épouseras ta mère ». En bon père raisonné et acceptant les compromis de Jocaste, Laïos ne le fera « que » pendre à un arbre par ses chevilles préalablement percées. Il sera recueilli par un couple de paysans et élevé par la famille royale de Corinthe. Plus tard, apprenant sa prophétie et ignorant toujours son adoption, il quitte Corinthe, tue en chemin un homme qui se révèlera, bien sûr, être Laïos et finira par épouser la grande Reine Jocaste. La pièce se déroule dans le palais de Thèbes avec notre couple adulte après une vingtaine d’années de mariage, accompagné de ses quatre enfants : Étéocle, Polynice, Antigone et Ismène.
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Nous sommes donc reclus dans le palais alors que Thèbes est ravagée par la peste. On assiste à une journée classique pour la famille, sans interruption. Jocaste est maîtresse de la scène et fait part de son amour et de son histoire avec Œdipe. Elle dévoile tous ses secrets, par exemple son imminente ménopause qu’elle annonce si subtilement. En effet, le texte est riche et dense mais jonché de détails très crus qui résonnent dans cette pièce digne d’une tragédie classique. On peut interpréter cela comme une volonté de présenter Jocaste en femme moderne qui a des préoccupations contemporaines lambda (on en oublierait presque l’inceste et la mutilation d’un fils). Ses deux filles, Ismène la douce et Antigone l’espiègle ont un ton beaucoup plus léger et ne manquent pas de nous faire rire. On notera aussi Eudoxia, la doyenne servante qui a toujours son mot à dire. Force est de constater que les hommes sont en retrait dans cette pièce, entre un Œdipe obnubilé par son enquête de l’assassin et du roi, et les deux fils qui sont surtout présents pour animer des intermèdes belliqueux.

La présence d’un coryphée tout du long de la pièce compense la forte présence féminine. Vêtu de son costume cravate, il fait régulièrement le point sur les événements à coup de réflexions sarcastiques, tout en riant de certains détails de l’histoire originale avec le public. Parfois transparent, parfois entendu par les acteurs, il n’est pas moins affecté par le développement, à la manière du décor modulaire. La mise en scène de Lorraine Pintal comprend un jeu de lumière simulant fidèlement le jour et la nuit, et un instrumentaliste côté jardin.

On va voir Jocaste Reine non pas pour la chute que l’on connait mais pour apprécier les sentiments et l’évolution de Jocaste au-devant de la révélation de son amour maudit. Louise Marleau interprète admirablement une reine droite, bienveillante et passionnée, et a même tendance à faire ombrage au jeu des autres acteurs. Cette pièce a toutes les qualités que l’on recherche en venant au théâtre et est particulièrement accessible à ceux qui veulent profiter d’une grande tragédie sans se prendre la tête.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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