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Carnets de Voyages: À la recherche de soi

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Un homme raconte le jour de son départ en tournée. « Le lendemain, quarante ans avaient passé » dit-il. Le ton est donné pour le reste de la pièce qui insiste sur ce qu’on pourrait désigner la fatigue morale causée par une tournée autour du monde. On suit l’évolution de Normand Canac-Marquis, aussi auteur du texte, et de Véronique Marchand, qui incarnent leur propre personnage. L’intérêt de la pièce réside dans les personnalités des deux acteurs, affectées différemment par la fugacité des environnements auxquels ils sont confrontés.

Nous sommes téléportés dans une kyrielle de destinations, de Russie vers l’Afrique en passant par l’Espagne et la Chine. La trame est chronologique mais on oublie parfois où on en est tant les transitions sont brusques. On assiste à la transformation des personnages, façonnés par l’évocation de sujets sérieux comme la mort, la culture, les conflits ou l’éloignement, au travers d’anecdotes bien réelles. L’humour est là mais l’ambiance est toujours emprunte d’une grande mélancolie, parfois même de fatalisme. On aime Normand pour sa sincérité et sa résignation, et Véronique pour sa fougue et ses craintes. Déguisés et polyglottes selon les cultures rencontrées, tout est fait pour nous immerger dans leurs préoccupations du moment.
La mise en scène technique de Daniel Meilleur et Michel Robidoux est asservie au renforcement de ce sentiment. Les décors matériels quasi inexistants sont substitués par des écrans sur lesquels sont projetés des extraits originaux. Des interludes cinématographiques et musicaux prennent souvent le relais sur le fil de l’histoire. Les acteurs sont alternativement proches du public, lors de leurs confessions et apartés récurrents, ou se fondent derrière les écrans translucides, dans une capsule de temps élusive, une réminiscence d’un événement.

Les Deux Mondes produit Carnets de Voyages à l’occasion de son 40e anniversaire. Le spectacle a bénéficié du contact avec le public et des critiques pour être remaniée et allégée. Intrigué par cette implication, lorsque j’interroge le directeur Pierre MacDuff pour savoir si la pièce répond à une demande, il me dit « plutôt à un besoin ». Besoin de mettre en scène l’impact d’une tournée et la catharsis qu’elle suscite au sein d’un message d’invitation au voyage.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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