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Le roi se meurt. Vive le roi !

Le roi se meurt, d’Eugène Ionesco, met en scène la mort lente et progressive d’un roi cruel et capricieux. Il apprend dès le début qu’il va mourir “à la fin du spectacle”. Le monarque Bérenger est accompagné d’une cour réduite composée de deux reines, Marguerite et Marie, d’un médecin (également astrologue et bourreau au passage), d’une bonne et d’un garde, unique vestige de son armée disparue.

La mort programmée du roi s’accompagne de la destruction de son royaume, cette désintégration simultanée de la chair et de la pierre n’est d’ailleurs pas sans rappeler une certaine légende tolkienienne. C’est également une parfaite illustration de la célèbre théorie des “5 étapes de la mort” (cf. The 5 stages of grief de la psychiatre Kübler-Ross) : Bérenger passe successivement par une phase de déni, de colère, de marchandage, de dépression et finalement d’acceptation.

Si la pièce de Ionesco est un classique du théâtre du XXème siècle, c’est la mise en scène audacieuse et la distribution surprenante qui font de cette production québecoise un objet rare et saisissant, à des lieues de ce qui est joué à Paris par exemple.
Le roi Bérenger, censé être âgé de plus de 400 ans est incarné par un comédien de moins de 35 ans. Le dessein du metteur en scène Frédéric Dubois est certainement de replacer dans le contexte actuel une pièce écrite dans les années 60. Si ce choix est peu convaincant pendant les premières minutes du spectacle, l’acteur Benoît McGinnis sait très vite faire oublier ses allures de jeunot pour revêtir l’apparence d’un vieillard souffreteux et hagard. Le reste de la distribution est équilibré et le jeu des acteurs sonne juste ; l’exercice n’est pourtant pas évident puisque ces derniers doivent jongler entre le rythme frénétique de la comédie et les lenteurs du pathos. Malgré tout, les comédiens ne parviennent pas à éviter, à certains moments, l’écueil d’une interprétation trop linéaire face à un texte qui devient longuet et dénué de sens, voire complètement obscur.

La scénographie est quant à elle bluffante, le miroir géant qui trône derrière les comédiens permet de ne perdre aucune miette de leur jeu lorsqu’ils tournent le dos et d’imposer géométriquement Bérenger comme personnage central de la salle (et donc de son royaume). Les épisodes sismiques sont accompagnés de réelles chutes de sable et de contorsions impéteuses du panneau réféchissant ; et Frédéric Dubois choisit même de faire vagabonder les acteurs parmi les spectateurs. Le jeu des ombres et lumières est également captivant, le paroxysme étant atteint lors de la scène finale : le roi disparaît en progressant dans une épaisse fumée traversée de ténus rais de lumière, le tout dans le silence le plus solennel des spectateurs. Les costumes, enfin, reflètent l’approche hautement stylisée du metteur en scène : tout est extravagant et futuriste et met en exergue les forts contrastes entre les différents personnages.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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