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Il était une fois l’impressionnisme

Il ne vous reste plus que quelques jours pour vous rendre au Musée des beaux-arts de Montréal (MBA) avant la fin de cette exposition exceptionnelle consacrée aux peintres impressionnistes. Il s’agit de la collection personnelle d’un couple de milliardaires philanthropes en tournée dans le monde entier pendant la rénovation de leur musée. L’exposition est remarquable de diversité et de qualité (le couple Clark était connu pour son excellent flair en la matière) et le nombre de toiles (71 dont 21 de Renoir) est impressionnant. L’un des principaux attraits de cet événement est justement le caractère abondant et hétéroclite de la collection : les sections consacrées à l’impressionnisme des grands musées occidentaux regroupent en général un nombre plus restreint d’oeuvres et les expositions temporaires sont souvent consacrées à un artiste en particulier.

L’impressionnisme est avant tout une source intarissable d’émerveillement tant ce mouvement est caractérisé par des innovations fracassantes à plusieurs niveaux.
L’apparition de la photographie en 1839 sonne le glas de la peinture dite «utile », le réalisme est devenu démodé et les jeunes peintres avant-gardistes cherchent à tout prix à se démarquer des dogmes poussiéreux de l’Académie royale de peinture. C’est donc l’époque des grandes expérimentations : on cherche à créer de nouveaux effets de texture, de couleur de lumière en appliquant tantôt de larges aplats de couleurs chatoyantes et pures, tantôt des petites touches de tons pastel. Il ne faut pas se laisser abuser par l’apparente désinvolture du style impressionniste, il n’en est rien, et la plupart du temps les toiles ont nécessité de longues heures de travail en atelier. Parfois dénuée de tout sujet, la peinture offre l’impossibilité au spectateur de poser ses yeux sur un point précis ; il devient alors plus sensible aux jeux de lumière et aux mouvements. Les impressionnistes cherchent avant tout à susciter une émotion nouvelle, à recréer l’impression fugitive de la réalité, quitte à choquer les plus conservateurs. C’est en effet aussi l’époque des grands scandales : Manet avec son Déjeuner sur l’herbe ou Renoir avec sa sculpture Petite danseuse de quatorze ans (que l’on peut voir à l’exposition) bouleversent les codes et provoquent un malaise chez les bien-pensants.

L’impressionnisme marque également l’apparition de l’utilisation massive dans l’art des innovations scientifiques contemporaines. Avec l’invention de la peinture en tube, Renoir s’affranchit de l’immobilité des ateliers et devient l’un des premiers peintres en plein air. Les travaux de Maxwell et Helmholtz sur la lumière et la perception visuelle influencent les travaux de Seurat qui deviendra le précurseur du pointillisme : la technique consiste à juxtaposer des petites touches de peinture de couleurs pures, l’oeil recomposant à distance la combinaison des tons complémentaires. Certains même y voient aujourd’hui une anticipation sur la technologie des imprimantes couleur.

C’est aussi la naissance du marché de l’art. Les oeuvres, autrefois côtées selon des critères fixés par l’Académie, prennent une dimension marchande comme n’importe quel bien de consommation et deviennent sujettes aux aléas de la vie économique et à la spéculation.

C’est enfin l’avènement des premières femmes-artistes. Ce qui n’était que marginal au siècle précédent devient un phénomène de société, des femmes comme Berthe Morisot exposent et gagnent du renom dans un milieu encore très masculin. Renoir lui-même n’est pas exactement ce qu’on pourrait appeler un féministe : « Pourquoi apprendre aux femmes ces besognes ennuyeuses dont les hommes se chargent si bien : avocats, médecins, savants, journalistes… Alors qu’elle sont tellement douées pour un métier que les hommes ne peuvent pas même rêver d’aborder : rendre la vie supportable. »

Le dévernissage en l’honneur du Cercle des jeunes philanthropes du Musée des beaux-arts de Montréal nous a permis de voir sous un nouvel oeil la collection du Clark. Les artistes eux-même étaient présents en chair et en os (véridique) ; ainsi Renoir pouvait vous expliquer comment il s’était libéré des carcans de l’Académie et Monet de renchérir sur l’importance donnée à la lumière dans ses tableaux. L’absinthe, spiritueux emblématique de la seconde moitié du XIXème siècle, était servi presque dans les règles de l’art, on s’y serait cru !

 

Crédit image :
CLAUDE MONET
Champs de tulipes à Sassenheim
© The Sterling and Francine Clark Art Institute




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