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Un film sur la grève étudiante au Festival du Nouveau Cinéma (Insurgence)

Dans les festivals de cinéma, avant la présentation d’un film, on voit très souvent l’auteur d’une œuvre monter sur scène devant les spectateurs afin d’introduire son film. Dans le cas du film Insurgence, un documentaire de 141 min. sur la grève étudiante, ce n’était pas le cas : le collectif qui était auteur du film a consciemment choisi de ne pas suivre cette voie. « Une intervention de la part des auteurs du film pourrait influencer votre perception du film. Les auteurs désirent laisser les images parler d’elles-mêmes. » déclara un employé du festival du nouveau cinéma. Le film alors commença.

Des images de manifestations commençaient à déferler sur l’écran. C’étaient des images familières : des slogans étaient scandés et des groupes nombreux marchaient ensemble dans la rue. Les images continuèrent à rouler pendant quelques minutes. Aucune narration n’accompagnait le texte et aucune interruption ne venait modifier ou ajouter de l’information aux images qui nous étaient présentées.

C’est à ce moment que vraisemblablement, un bon nombre de personnes dans la salle commençaient à s’inquiéter sur le contenu du film de 141 min. Des murmures commençaient à être entendus : « Allait-on passer les prochaines deux heures à regarder des images sans aucune mise en contexte ou analyse de la part des auteurs ? D’habitude il y a un peu de narration dans les documentaires… » C’est en effet ce qui se passa par la suite. Les auteurs qui voulaient « laisser parler les images d’elles-mêmes » ont précisément fait ceci. Les scènes choisies par les auteurs étaient parfois cocasses, parfois tristes et parfois choquantes. Il n’y avait finalement aucun besoin de narration pour satisfaire les spectateurs. Les images non transformées étaiten suffisantes pour satisfaire le spectateur.

L’engagement du public assis dans la salle est probablement une raison justifiant un tel attachement du spectateur vis-à-vis d’images sans narration et sans analyse des évènements de la grève. D’après une estimation non scientifique de l’auteur de ce texte, 90% des personnes dans la salle étaient des participants du « Printemps érable ».

Les manifestants qui ont marché contre la hausse des frais de scolarité ont tous une chose en commun : une tolérance aux longues marches périodiques. Après avoir marché dans les rues de Montréal pendant quelques semaines, on s’habitue à la répétitivité cet acte et le passage lent du terrain urbain devant nos yeux. On devient captivé par ce qui se passe autour de nous. Regarder le film était un retour à cette philosophie momentanée d’appréciation du paysage urbain autour de nous.

Les premières 5 minutes du film sans narration étaient longues. Par contre, les spectateurs sont ensuite retombés dans leur ancien état d’esprit de qu’ils ont connu lors des marches du printemps passé.

Il y un élément du film qui était particulièrement intéressant : celui offrant une différence de perspective sur les manifestations pour ceux qui y ont participée. Lorsqu’on marche dans une manifestation, ce que on voit la plupart du temps, c’est l’arrière de la tête des personnes en avant de soi. C’est très rare qu’on ait une vue de l’avant des masses de personnes qui manifestent. C’est une des merveilles que le film a fourni. C’étaient des perspectives qu’on voit rarement (à moins d’être cinématographe ou photographe). On voyait les visages ennuyés et fatigués par la répétitivité des marches ou d’autres visages déformés par l’acte de crier un slogan.

À travers le film, on voyait une progression de la compréhension de personnes impliquées dans la grève. Les vidéos étaient présentées en ordre chronologique et ceci se voyait dans les clips. Au début du film,tout le monde semble un peu confus : On voit des étudiants qui ont perdu leurs amis, d’autres qui sont stressés par la présence policière et encore d’autres qui ne savent pas quoi faire avec leurs mains lors d’une marche. On y voit aussi des policiers qui ont perdus leur camarades, qui sont inconfortables avec les ordres qui leur sont donnés et encore d’autres qui ne savent pas trop quoi faire avec leur matraque. Tout le monde semblait un peu confus à l’idée de faire partie d’un évènement d’un tel type pour une première fois. Avec le temps ceci changea : les échanges cordiaux entre les deux parties diminuèrent et une frustration commença à se faire sentir chez les personnes impliquées.

À la fin du film, lorsque les spectateurs sont sortis du cinéma Impérial, la frustration était palpable chez certains. Elle s’est matérialisée lorsqu’une auto de police est passée devant le cinéma: un spectateur vêtu de noir est sorti et a lancé un bout de ciment contre la voiture de police qui s’est arrêtée. Dix minutes plus tard, l’anti émeute était sur les lieux et la soirée a pris fin.

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Crédit photo: Festival du Nouveau Cinéma (FNC)




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