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La coopérative du cochon au Prospero

De Ascanio CELESTINI. Mise en scène Luce PELLETIER.

Sur la scène quelques chaises encadrant un coin de l’espace, une table, une longue tringle remplie de manteaux et une petite desserte avec des verres, de l’eau, du vin. Le milieu de la scène est vide, laissant les acteurs vivre leur histoire. Ou plutôt l’histoire de leur père qui vient de mourir et qu’ils viennent d’enterrer. Nous sommes dans une salle de repos d’un salon funéraire. Luce Pelletier met en scène dans La coopérative du cochon le roman d’Ascanio Celestini Récit de guerre bien frappé (Storie di uno scemo di guerra. Roma, 4 giugno 1944). Celestini y écrit l’histoire que son père a racontée pendant 30 ans : le père Nino était un garçon de 8 ans à la fin de la deuxième guerre mondiale et son souvenir est retransmis dans cette pièce.

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Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Martin Héroux, Olivier Morin et France Parent sont les enfants de Nino et vont bientôt devenir les personnages du récit de leur père. Et on s’y croit. Autour de la coopérative du cochon se tisse une mise en abîme qui prend racine dans chacun des membres cette charmante coopérative, dont Nino et son père. Et par un habile jeu de scène, les quelques manteaux par ci, la table déplacée par là, on entre dans un nouveau récit. Les acteurs changent de rôle et on est tellement absorbé par l’histoire que l’on ne remarque ce jeu que lors d’un retour brusque au salon funéraire pour de petites clarifications. La performance des acteurs est merveilleuse. On vit littéralement les histoires : on frissonne sous les bombardements de San Lorenzo, on rit devant l’absurdité de l’homme à l’oignon au bras rachitique, on tremble pendant la rafle mais on s’impatiente quand même face à l’hystérique Vierge Marie.

Chaque personnage prend vie devant le spectateur : il nous bouleverse, on apprend à l’aimer, à le connaître, à le comprendre. Il est d’une sincérité insolente, souvent cynique et nous raconte ce qui doit être dit. Il n’y a rien à faire, l’Histoire de la guerre est connue de tous mais cette fois-ci ce sont les voix de tous ces hommes qui se sont côtoyés, débrouillés, aidés, ce sont ces voix là qui s’affranchissent humblement de l’Histoire, celle avec un grand « H ». Le fantastique se mêle au réel et l’histoire racontée pendant 30 ans a été évidemment sublimée mais l’humain est au cœur de chaque récit et l’émotion au bout de chaque phrase. L’atmosphère est délectable. C’est l’histoire de la mémoire et de sa transmission. Le petit Nino est maintenant mort et a eu 5 enfants qui se sont appropriés l’histoire de leur père et qui nous la représentent.

La coopérative du cochon est tout simplement une très belle pièce jouée dans un théâtre qui a pu restituer l’intimité des personnages. Et elle a des représentations jusqu’en Novembre. Je vous la conseille, j’ai passé un excellent moment.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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