Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Portishead

Si tu ne connais pas (encore) Portishead, il faut que tu saches que…

…ce n’est pas le genre de groupe de pitounes sur lequel tu chantes honteusement en soutien-gorge sur ton lit, porte fermée à double tours, en te mettant du vernis à ongles en dessous du poster de Justin Bieber.

Non, Portishead c’est un groupe de Papas, de grands, moyenne d’âge 30 ans, qui retrouve le sens de son adolescence dans les vibrations des basses sur le sol et la satisfaction des premières taffes d’un joint roulé consciencieusement pour cette occasion particulière.
Pour la minute culturelle, le groupe tire son nom de Portishead, une ville du Sommerset en Angleterre, à 20 km de la ville originaire du groupe et berceau du trip hop, Bristol.
Je ne sais pas si vous connaissez Bristol, mais imaginez-vous une cité fantôme, pluvieuse, avec ses grues rouillées noyées dans la brume en bout d’estuaire, et où les premiers émois électroniques prennent sens…
Si tu veux te la jouer pro dans un diner mondain, tu balances un modeste : « D’ailleurs c’est de cette même bourgade qu’est issu le groupe Massive Attack, il me semble… Arrête moi si je me trompe, mais on pourrait totalement supputer que Bristol est l’inspiration originale de la décadence et du trouble émotionnel patent, non? …»
« … o_O …»
Finger in ze noze.

Le groupe ne sort que trois albums, par souci de perfection peut être? Étant donné la force et la justesse de leur premier CD, Dummy, qui ne rencontre aucun reproche des critiques fashion-underground européens et américains, on pourrait penser que la méticulosité du groupe n’est certainement pas là pour nous déplaire ! Vous voulez une petite bombe ? Patience mes enfants, le disque idéal, il se féconde, se couve et se pond dans la plus grande discrétion…

Le trip hop ne rentre pas vraiment dans une case spécifique de la musique. Il a une base de hip hop, certes, mais à laquelle viennent se greffer toutes sortes d’inspirations : blues, jazz, soul, musique électronique, et même rock ! L’unique but de ce style, c’est de te faire planer entre mélancolie, apaisement et nostalgie, saupoudré d’un soupçon de musique expérimentale, histoire de te faire gouter à la crème de la crème.

Les rythmes transcendents et te conduisent dans un univers qui sublime ton quotidien, multiplié par trois à la puissance infini. Une sorte de déchaînement de tous les sens, un romantisme saturnien torturé et magnifique. Verlaine et ses névroses en somme, accompagné d’un clavier, de guitares, d’une batterie, d’une basse et d’une voix extraordinaire, nasillarde et tourmentée qui t’arrache des frissons de plaisir et un haut le cœur d’émotions (encore une phrase de dîner mondain).

Tellement mystique même que quand tu te retrouves dans la file du concert, tu as l’impression de faire partie intégrante d’un cortège religieux en Espagne où la vénération sacrée et silencieuse atteint son zénith.
C’est le moment où tu repenses à toutes ces minutes de ta vie qui ont eu comme bande originale la voie timide mais puissante de Beth Gibbons (la voix du groupe).

Perso, j’ai commencé ma dépendance chez ma meilleure amie. Quatre p’tites nénettes en quête d’émotions, allongées par terre, en étoile, sur le gros tapis de la chambre, les yeux fermés, « Glory Box » était à fond, et c’était parti, premier shoot…. Sur le mur, plein de posters de Nirvana étaient accrochés.
On m’a dit un jour que Kurt Cobain était un dieu.

Le soir du concert, j’ai donc prié Nirvana pour qu’il ne pleuve pas.
Conclusion, Dieu existe, le 7 octobre 2011, à Montréal, pas une goutte n’est tombée.

Le concert allait être aliénant.

C’est à l’extérieur que ça se passe, merveilleuse soirée sur le fief de l’Igloofest, les gants, la neige et les chaufferettes dans les chaussures en moins. L’ambiance est donnée : relax mais civilisée, un peu comme si t’allais au bureau sans cravate, la chemise légèrement déboutonnée en haut. Les gens parlent entre eux boivent de la bière et n’attendent pas dans l’hystérie clownesque des groupies de boys bands que les artistes fassent leur entrée.

D’ailleurs ca commence.

Gros « OUAIIIIIIIIIIIIS », suivi d’un silence triomphal et là, sortie de nulle part, une voix envoûtante qui te donne envie de te blottir au chaud dans une couette la tête sur le torse d’un bel homme que tu caresserais avec tendresse.
En passant, je vous conseille de devenir accros à Portishead les gars (filles, garçons inclus). Niveau puissance érotique, c’est le top.

« Wandering star ». La foule commence à chauffer, les briquets s’allument, l’herbe se consume, les lèvres chuchotent (y’en a toujours un qui fait semblant et qui chante n’importe quoi), et tout le monde est dedans. L’interprétation vocale n’est accompagnée que d’une guitare. Intime, frêle, sensuelle et lascive. Le genre de petite bombe que tu écoutes dans un boudoir confortable, molletonné et chaud. Une truffe en chocolat qui fond doucement sous la langue En écoutant « Sour Times », une sourde léthargie t’envahit, initiée par des tempos sous Tranxène, fantômatiques et pourtant si clairs. Ici, on est loin de l’hystérie des breakbeats poussifs. Beth Gibbons a incontestablement l’impact d’une main de fer dans un gant de velours
« Thread » suit et on comprend que l’on a affaire avec le troisième album du groupe, Third, étrange et complexe, assez différent de leur débuts. Il percute doucement, mais durement avec ses boucles électroniques répétitives et mécaniques, ses orchestrations et son mix incroyablement sec et tranchant, presque chirurgical. Sévère, violent même mais tellement envoûtant !! Un album que l’on pourrait presque rapprocher du virage que Radiohead a pris avec « Kid A » et qui, comme celui-ci, marquera les mémoires pour avoir enfoncé le clou un peu plus profond…

Avec « Only You », le groupe côtoie le scratch et les cuivres et peaufine ses ambiances lugubres, presque dantesques, cataclysmiques et lancinantes.
Enfin, sur « Glory Box » et « Roads », c’est l’Apocalypse, la boule dans la gorge, le cœur qui trépigne, les lèvres qui frémissent, le corps qui brûle, les mains qui tremblent, la nuque qui frissonne, l’émotion qui monte, monTE, MONTE, bref, l’orgasme musical assuré. D’un point de vue personnel, ces deux musiques ont rythmé les minutes les plus belles et tendres de ma courte existence d’amante impudique, d’amoureuse passionnée et transie…La prestation du groupe est incroyable sur scène, entière et tourmentée, lascive et mélancolique, accompagnée d’un rythme exalté et rugissant : un appel mirifique au vague à l’âme et à la corde sensible.

Vous l’aurez compris, Portishead est une expérience personnelle, unique, physique et psychique. N’attendez pas plus, affrontez Youtube au plus vite, jetez vous dedans corps et âme et succombez à vos émotions voluptueuses et passionnées.
Vous m’en donnerez des nouvelles.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+