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Mikhail Gorbatchev au Palais des congrès de Montréal

«Le conflit nucléaire pouvait non seulement être causé par des mésententes politiques, mais aussi par des problèmes techniques.» a déclaré Mihail Gorbachev au début de sa conférence au Palais des congrès de Montréal, vendredi dernier. D’après lui, si même un climat politique de paix pouvait prévenir un désastre nucléaire, ce n’était pas assez. Le danger du déclenchement accidentel était toujours une menace à l’humanité.

Cette prise de conscience a été une des motivations derrière l’élaboration des politiques de l’ancien président de l’Union Soviétique, alors qu’il était au pouvoir. Complémentaire à cette motivation était le désir de réduire les dépenses militaires de l’Union Soviétique, qui vivait une période financièrement très sombre. D’après le président Gorbatchev, la population était d’avis qu’elle ne pouvait plus vivre comme elle vivait. «L’évolution ne pouvait que venir avec un changement de leadership», a déclaré Gorbatchev. Ce dernier a pris le rôle du changement de leadership tant souhaité en 1986 avec les mots suivants: «Nous devons reconnaître que nous vivons dans un monde interdépendant.»


Le désarmement nucléaire Gorbatchev-Reagan

Lors de ses années au pouvoir, Gorbatchev a été le premier président Russe à se tourner vers les États-Unis avec une position conciliatrice. Son but était de réduire le nombre de bombes nucléaires que les deux pays avaient de pointées l’un envers l’autre. Il a travaillé avec Ronald Reagan sur ce point. «Après notre première rencontre, un journaliste est venu me voir pour me demander mon opinion sur Reagan.» a ranconté Gorbatchev. Ce dernier a qualifié Reagan de «Dinosaure» devant le journaliste. De son côté, Reagan a qualifié le dirigeant Russe de «Bolshevik pur et dur». La relation entre le dinosaure et le Bolshevik a été fructueuse. «C’est possible de faire affaire avec un dinosaure» a déclaré Gorbatchev à Montréal. Un désarmement partiel a suivi leurs rencontres.

La confusion du monde financier moderne

Le président Gorbatchev n’a pas seulement discuté de ses actions et positions passées lors de sa conférence. Il a aussi discuté de ce qu’il appelle «la confusion du monde financier» qui existe aujourd’hui. Sans la mentionner de nom, il a déclaré que la manifestation mondiale déclenchée par «Occupy Wallstreet» est un mouvement de manifestation légitime et qu’il était compatible avec les normes démocratiques. «La finance globale est dans une crise systémique. Le modèle d’affaires basé sur la consommation excessive cause des problèmes environnementaux et des troubles sociaux.» a-t-il déclaré. Il a dit que même les citoyens dans les «pays développés» sont perturbés par ce modèle d’affaires.

«Pourquoi est-ce que les citoyens ordinaires doivent se serrer la ceinture quand ils n’ont pas causé les problèmes économiques qu’on voit présentement dans le monde?» Ce dernier message pouvait être vu comme une confrontation directe avec le public présent à la conférence. L’évènement avait été caractérisé par les grands médias comme «une rencontre de l’élite d’affaires montréaise». Si quelqu’un pouvait se sentir visé par son message accusateur, il était définitivement dans la salle. «Les dirigeants d’entreprises reçoivent des bonus malgré les problèmes causés par leur modèle d’affaires». a déclaré l’ancien président de l’URSS.

L’Afrique

D’après Gorbatchev, l’Afrique est actuellement confrontée à des problèmes de migrations qui s’effectuent d’est en ouest et du sud vers le nord. Ceci crée une situation qui pourrait exploser à n’importe quel moment. «Les populations du monde arabe sont victimes de la mondialisation et ceci cause un mouvement de réaction en Afrique.» a continué Gorbatchev.

La journée avant la conférence, les forces rebelles en Libye avaient capturé et tué Gaddafi. Gorbachev a déclaré être mal à l’aise avec les applaudissements de la mort de l’ancien dirigeant libyen. «Lorsque les problèmes sont résolus avec des bombes, cela ne fait qu’exacerber d’autres problèmes.» a-t’il déclaré.

Anecdote de ses débuts politiques

À la fin de son discours politiquement chargé, le lauréat du prix nobel de la paix a raconté une anecdote traitant de ses débuts en politique. La première fois qu’il s’était fait élire était dans une association de jeunes communistes. Le groupe avait sept représentants qui représentaient chacun leur propre village. Ces sept représentants régionaux se sont un jour affrontés pour le poste de secrétaire dans l’organisme. Lorsque le jeune Gorbatchev a fini son discours, il est retourné prendre sa place. Lorsqu’il a voulu s’assoir, un de ses camarades, pour lui faire une blague, a tiré sa chaise, ce qui l’a valu de tomber par terre. «Parfois, on tombe, mais il faut se relever par après» a-t-il déclaré. Il a été élu secrétaire après cette farce de son confrère communiste. Il a terminé la conférence avec les mots suivants: «Gardez votre tête haute et soyez confiants malgré ce qu’il vous arrive». Dans ces dernières trentes secondes de conférence, les leaders d’affaires montréalais ont reçu le cours de leadership qu’ils attendaient tant.

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Crédit photo: Pascal Dumont (Université de Montréal)




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