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Le Polyscope en entrevue avec Pauline Marois

Ce matin, un rapport de l’unité d’anticollusion (UAC) du Ministère des Transports du Québec a été dévoilé qui démontre l’existence d’un réseau de collusion et de corruption massif dans l’industrie de la construction Québecoise. D’après le rapport Duschesneau, des ententes illégales entre des compagnies et le gouvernement existeraient qui donneraient à certains des avantages injustes lors de l’attribution de contrats publics. Que pensez vous de toute cette affaire?

Pauline Marois : Je crois que la seule façon de clarifier cette situation est de s’assurer qu’on connait bien les racines du mal auquel nous sommes confrontés. Ce sont des systèmes organisés où des gens augmentent les prix des contrats et font des bénifices qui ne devraient pas êtres faits. Il y a présence de collusion entre les entreprises qui se partagent les contrats publics. Il semble même que le monde de la mafia serait maintenant impliqué dans certains secteurs de l’industrie de la construction. Ceci est une véritable gangrène pour nos institutions démocratiques. Quant à moi, il n’y a qu’une seule solution: il faut qu’il y ait une commission d’enquête sur l’industrie de la construction et sur ses liens avec le financement des partis politiques.

Les documents ne disent pas explicitement qu’il y a un financement illégal des partis politiques. Par contre, il existe une façon de récompenser les partis politiques en restant tout à fait dans la légalité qui envoie tout de même un message au gouvernement qu’une entreprise particulière a contribué au financement du parti. En retour, ces compagnies veulent se faire accorder des contrats. Je considère ceci absolument inadmissible et il faut donc qu’une commission d’enquête sur l’industrie de la construction ait lieu.

On ne peut pas utiliser les moyens traditionnels qu’on utilise généralement pour faire des enquêtes policières qui sont d’ailleur probablement très bien faites. Il faut démontrer qu’il y a des personnes qui ont des ententes les uns avec les autres et qu’il y a une infilitration dans le monde criminel. Qu’une enquête publique peut faire la lumière sur tout ça. Je ne comprends pas pourquoi monsieur Charest refuse la tenue de cette enquête. A t’il quelquechose à cacher? Si Charest ne décide pas d’avoir une enquête, c’est le premier geste que je poserai comme première ministre lorsque le PQ formera le prochain gouvernement.

Tomasz Drake : Le rapport Duschesneau qui a été rédigé à la suite d’entrevues avec 500 individus de milieux professionels variés ne mentionne aucun nom et il est donc impossible de formuler des accusations contre les contrevenants. Le directeur général des élections a demandé que les noms des personnes et compagnies impliquées soient publiés pour qu’il puisse faire sa propre enquête sur le financement des partis politiques. Croyez vous que ces noms devraient êtres publiés?

Marois : Je crois d’abord que ce rapport devrait être rendu public. Le directeur général a tout à fait raison de demander les noms des personnes et des entreprises impliquées dans toute cette affaire. Par contre, c’est là qu’on voit les limites du travail de l’unité d’anti-collusion. Ils ont dit aux gens qu’ils pouvaient témoigner et que leur nom ne serait pas publié dans le rapport final. L’UAC s’est lui même prit dans un cercle vicieux. Il fait la démonstration qu’il y a de la collusion et qu’il y a de la corruption mais il ne peut pas en faire la démonstration en public.

Il ya tout un dilemme derrière la publication des noms des témoins. On doit se poser des questions avant de dévoiler les noms des témoins. Si leurs noms sont publiés, est-ce qu’ils seront protégés et comment? Si leur témoignage a été déposé de façon anonyme, est-ce qu’il vont maintenant accepter de se dévoiler? Il y a beaucoup de problèmes avec l’utilisation de ce rapport comme preuve. En réponse à toutes ces préoccupations, je crois que si on veut avoir un véritable travail professionel, solide et sérieux, monsieur Charest n’a qu’une chose à faire: une commission d’enquête sur l’industrie de la construction.

Maxence Lenoir : Le gouvernement Charest vient d’annoncer une hausse drastique des frais de scolarité. Le PQ a une position claire sur le sujet qui est le gel des droits de scolarité. Malgré votre position claire, à la dernière session parlementaire, aucune question n’a été posée par le PQ à ce sujet. Allez vous poser cette question?

Marois : Oui, on va le faire. Il faut cependant juste vous rappeller que notre congrès s’est tenu en avril et que c’est à ce congrès que nous avons adopté de façon définitive la position que nous tenons maintenant. Lorsque j’étais simple députée, j’ai beaucoup participé à l’opposition aux politiques de Charest. Je me suis opposée à lui quand il a essayé de couper les 103 millions d’aide financière aux études. Oui, comme nous l’avons fait dans le passé, nous allons poser des questions à ce sujet. Je crois qu’il y a des manifestations prévues par les étudiants à la rentrée et que ça sera un bon moment pour poser des questions et rappeller au premier ministre qu’il a le devoir d’assurer l’accessibilité aux études et de minimiser l’endettement étudiant. Le doublement des frais de scolarité par Charest me parait inadmissible et donc oui, nous allons poser des questions.

Drake : Mardi dernier, le Parti Québécois a critiqué le bilan économique du gouvernement Charest. Qu’est-ce que vous feriez différemment? Quelle genre de direction économique suivrait un gouvernement formé par le PQ?

Marois : Nous avons beaucoup critiqué le gouvernement actuel parce qu’il n’a simplement pas de stratégie au plan économique. Ce gouvernement suit l’approche du laissez-faire. Qu’ils arrêtent de nous raconter des histoires par rapport au plan nord. Les ressources sont là et les compagnies minières vont venir si elles en ont besoin. C’est à nous par ailleurs de nous protéger et de faire en sorte que nous aillons d’avantage de redevances qui nous reviennent, etc.
Le gouvernement actuel n’a pas de stratégie. Lorsque les libéraux sont arrivés au pouvoir, ils ont diminué les crédits d’impôt à la recherche et ils ont laissé tomber certains secteurs dans lesquels nous avions connus des avancées formidables. Les biotechnologies et les nouvelles technologies de communication en sont deux exemples. Ils n’ont pas développé de stratégie pour passer à la 2e et la 3e transformation dans l’industrie du bois qui vit présentement des situations conjoncturelles difficiles. Oui c’est vrai, les pâtes et papier diminuent. Par contre, le bois peut servir à autre chose: à construire des édifices, des équipements, du mobilier. Nous avons déposé un projet de charte du bois et le gouvernement actuel ne l’a jamais adopté. Le PQ croit qu’il faut qu’il y ait une stratégie économique. Présentement, il n’y en a pas. On devrait aussi réinvestir au niveau de la recherche et du développement.

De plus, on avait développé une startégie qui concernait les régions ressources qui développaient des créneaux d’excellence qui leurs étaient propres. Avec cette stratégie, nous voulions justement aller vers la 2e et 3e transformation dans le domaine alimentaire, dans le domaine du bois et dans le domaine de l’aluminium. Le parti Libéral a plus ou moins laissé tomber toutes ces politiques là.

Je pense que oui, il faut investir dans le développement de technologies de pointe, il faut soutenir la recherche et le dévelopement et il faut investir en éducation. S’il y a un lieu où on peut être inventifs pour l’avenir, il faut s’y investir. Finalement, le développement minier ne devrait pas se faire avant qu’on ait une stratégie de première transformation à tout le moins.

Drake : Parlons un peu des energies vertes en dévelopement comme l’énergie solaire. Est-ce que c’est un domaine de l’économie que vous voulez présentement encourager malgré les difficultés que certaines des compagnies ont de vendre leurs produits qui sont plus dispendieux que des sources d’énergie plus traditionelles?

Marois : Pour répondre à cette question je vais sortir le programme du PQ concernant nos stratégies énergétiques et environnementales. Le PQ a une proposition très élaborée sur ce qu’on appelle un Québec vert et bleu. Nous croyons que le Québec peut profiter de ces avantages comparatifs. Nous avons de l’hydroélectricité qui est une énergie propre et renouvelable et nous avons un potentiel immense en éolien, en biomasse, en géothermie et en énergie solaire. On commencerait premièrement par le solaire passif mais on pourrait aussi éventuellement se diriger vers le solaire actif. Le Québec a un potentiel formidable. On devrait aussi développer des technologies en lien avec l’électrification des transports. Le PQ appelle ce concept l’indépendance énergétique. On peut se débarasser du pétrole et du gaz dans une très grande proportion et les remplacer par des énergies renouvelables. Le Québec est déjà un champion à cet égard mais on peut être encore meilleur.

Les avancées dont je parle peuvent seulement venir de la volonté gouvernementale. Ce n’est pas avec les petites mesures du gouvernement Charest qu’on va vraiment changer les choses. À mon point de vue, un des premiers projets qu’il faut développer c’est toute la question des transports en commun sur le grand Montréal. Regardez la catastrophe dans laquelle on est actuellement: c’est un cafouillage lamentable et les gens attendent des heures dans leurs voitures. On pollue l’environnement, on émet des gaz a effet de serre, on arrive en retard à son bureau et on vit du stress. Tout ça a un coût économique que la chambre de commerce a évalué à 1.4$ milliards. Il y a un virage majeur à faire. Ça ne me dérangerait pas de faire des emprunts pour investir dans les transports en commun parce qu’on aura un impact considérable sur notre économie. Tout ça ce n’est pas juste du béton qu’on installe une fois mais c’est des équipements qui vont générer de la richesse. Nos entreprises vont développer des expertises. Voilà ce que je pense que nous pouvons faire vers un Québec vert et bleu.

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Mots-clés : Politique (30)

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