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Osons parler de gratuité

Gratuité : un mot somme toute assez catégorique. Plus souvent qu’autrement, parler de gratuité scolaire ne vous amènera qu’une série de rire sarcastique et une vague d’œillades subtiles (ou non) en direction du plafond. Mais le principe de gratuité est-il aussi ridicule que ce que plusieurs politiciens voudraient nous faire croire? Discutons-en un peu…

La gratuité : injuste ou pas?

Les défenseurs des hausses des frais de scolarité nous servent souvent le même genre d’arguments : « l’éducation est un investissement, il est normal de payer maintenant pour récolter plus tard », ou encore, le traditionnel « pourquoi ceux qui ne vont pas à l’université devraient payer pour les autres? » et j’en passe. La notion d’investissement est, selon moi, parfaitement ridicule dans ce contexte. Faire un investissement, ca implique avoir de l’argent à faire fructifier. Les étudiants sont souvent dans le moment de leur vie ou leur situation financière est la plus précaire. Peut-on réellement leur faire porter le fardeau de cet investissement? Plusieurs étudiants québécois doivent déjà s’endetter pour passer à travers leurs études universitaires. Peut-on vraiment, en tant que société, s’attendre à ce que les jeunes générations entrent dans une logique d’endettement avant même le début de leur carrière?

La vérité, c’est que toute forme de tarification de l’éducation crée des injustices sociales. Les plus chanceux (comme moi, je ne m’en cache pas), peuvent compter sur l’appui financier de leur parent. Les autres doivent se démerder comme ils le peuvent. On leur sert d’ailleurs un double discours : alors que le gouvernement les exhorte à travailler d’avantage, on leur dit à l’université qu’ils doivent réduire leurs heures de travail pour réussir (moins de 20 heures par semaine m’a-t-on dit à la journée d’accueil de la poly). Résultat, ils doivent faire face à un choix déchirant et les plus pauvres d’entre eux sont gravement désavantagés dans leur cheminement scolaire.
Mais la gratuité scolaire est-elle plus juste? Je crois honnêtement que oui. Regardons les fais : oui, c’est vrai les diplômés de l’université font de meilleurs salaires, mais, justement, ils paieront plus d’impôt! Les diplômés paient déjà au centuple à l’état les bénéfices de cet « investissement ». Les études supérieures ne sont pas seulement un investissement personnel, elles sont aussi un investissement pour la société en son entier.

Peut-on s’offrir la gratuité?

Le gouvernement affirme que les étudiants pourront encaisser la hausse sans broncher… Si les représentants les moins fortunées peuvent ce payer ca, j’imagine que la collectivité en a les moyens n’est-ce pas? Bon trêve d’ironie, regardons les chiffres : selon l’IRIS (Institut de recherche et d’informations socio-économique), la gratuité scolaire couterait à l’état 1,2 Milliards par année (en incluant un règlement du « sous-financement » décrié par les recteurs, nous y reviendrons), soit un maigre 0,2% du budget du Québec. C’est peut, considérant le bénéfice énorme que nous pourrions en tirer au niveau de la fréquentation de établissements postsecondaires.

Le sous-financement

À entendre le gouvernement Charest, la hausse, ils la font pour nous. On nous annonce que le réseau d’éducation postsecondaire est gravement sous-financé. C’est peut-être vrai en partie mais deux choses viennent discréditer le gouvernement à ce sujet : tout d’abord (toujours selon l’IRIS), la part de contribution du gouvernement aux études universitaire a baissé de plus de 15% durant les entre 1988 et 2002. Alors qu’on veut nous faire croire que la hausse réglera le sous-financement, il est clair qu’elle viendra plutôt renflouer les coffres de l’état qui se désengage lentement du financement des études.

On peut aussi se questionner sur les pratiques des universités qui causeraient ce sous-financement. En 2002, le ministre péquiste de l’éducation (vous le replacerez peut-être, il s’agit de François Legault…) a modifié le fonctionnement du financement universitaire. Le budget des universités n’est plus déterminé par leurs besoins, mais directement par le nombre de leurs étudiants. La compétions fait maintenant rage entre nos universités, ce qui entraine des dérives financières complètement inacceptable. Pouvez vous m’expliquer concrètement comment de la pub de l’UdeM dans le métro est un signe de sous-financement? L’argent dépensé en compétition entre les universités est une perte stupide, qui ne profite, finalement, qu’à personne… Il n’y a rien de logique à financer publiquement ce genre de combat publicitaire. Et ça c’est sans compter les dérives immobilières (l’îlot voyageur? Jamais entendu parler) et dédoublement des programmes (comme par exemple, la construction de la tour de Sherbrooke à Longueuil qui offre les mêmes cours que les universités montréalaises) qui n’apportent rien à la collectivité mis à part une belle grosse facture salée.

Pourquoi parler de gratuité

Je suis conscient que j’ai surtout présenté des arguments qui peuvent autant servir à défendre le gel que la gratuité. Toutefois, en choisissant la gratuité, notre société prendrait un virage clair, annonçait clairement que l’éducation accessible est un droit, et non un privilège. Le gel des frais est un compromis toujours remis en question : la gratuité serait un choix assumé. Je ne vous ai sans doute pas convaincu : soit. Je vous invite quand même à voter contre la hausse au référendum organisé par l’AEP les 28 et 29 septembre prochain…

Mots-clés : Politique (30)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.