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La révolution numérique imposée aux Canadiens

Jeudi soir dernier, de retour chez moi après une soirée de montage et de rédaction au Polyscope, je me suis assis devant la télévision pour regarder le téléjournal de 22 heures à Radio-Canada. À ma surprise, devant moi est apparue une furieuse tempête de pixels. Il semblait que les avertissements des stations de télévision s’étaient avérés vrais: le signal analogique était non-existant.

« Si vous recevez votre signal télévisé par l’entremise d’une antenne, à partir du 31 Août 2011, votre écran de télévision pourrait ressembler à ceci. »

C’est le genre de message que les chaines de télévision ont commencé à diffuser à la fin de l’année 2009. Ces messages terminaient toujours par la projection d’une télé en manque de réception: le but était de rendre le message d’autant plus stimulant aux téléspectateurs analogiques résistants à l’avènement de l’ère numérique totale. Les messages servaient d’encouragement à l’adaptation. Les téléspectateurs n’avaient pas le choix : le changement dans la nature de diffusion des signaux télévisés était imposé aux télédiffuseurs par le gouvernement canadien.

Le gouvernement, par l’entremise de la CRTC, l’organe gouvernemental qui réglemente la radiodiffusion et les télécommunications canadiennes, a imposé aux stations de télévision une date limite à laquelle ils devraient arrêter de diffuser un signal analogique. La date prévue, le 31 Août 2011, vient tout juste de passer et la transition est maintenant complète. Certains Canadiens ont été pris au dépourvu par ce changement et maintenant ne reçoivent plus de signal de télévision. Ils ne s’étaient pas munis de convertisseurs. Nos voisins du sud, les Américains, ont vécu une transition nationale similaire en 2009. Une comparaison entre les transitions de chaque pays semble être de mise et sera discutée à la fin de ce texte.

Avant de faire une analyse de l’impact social que cette décision gouvernementale a eu sur la population du Canada, il serait utile de savoir pourquoi cette décision a été prise. Lorsqu’un signal analogique est envoyé à destination, il occupe une portion de la bande passante totale qui est une ressource finie. Cet intervalle situé entre deux fréquences doit être unique au signal car la présence d’autres transmissions pourrait créer une interférence. SI c’est le cas, le signal ne se rendrait pas à destination de façon intacte. La transmission analogique destinée aux téléviseurs d’un pays est envoyée en deux parties situées dans deux bandes de fréquences différentes. L’image et le son sont envoyés à une distance de 5 à 6 Hz l’un de l’autre sur la bande passante.

Le problème avec les signaux analogiques situés dans la gamme VHF (30 à 300 Mhz) est que ces derniers prennent beaucoup d’espace au-dessus de nos têtes et ont comme résultat un gaspillage de nos ressources nationales. Lorsqu’on sait que la bande passante est une ressource finie, l’utilisation d’un signal analogique peut être problématique et une meilleure utilisation de la bande passante est très désirable. Une modernisation vers les signaux numériques permet une utilisation plus efficace de ces ressources car ceux-ci sont plus discrets dans la jungle de la bande passante. La transition libérerait une grande portion de la bande passante qui pourrait être utilisée à d’autres fins. Justement, le gouvernement comptait sur cette libération de la bande passante pour en vendre des portions à des entreprises privées.

Ce qui s’est déroulé dans ces ventes aux enchères était en effet une privatisation d’une ressource qui était dès ses débuts une propriété publique. Certaines portions de fréquences vont aussi êtres distribuées à des services d’urgence comme les services d’incendies, la police, etc. Lorsque le gouvernement justifie sa décision, il aime mettre l’emphase sur ce dernier point. D’après une estimation de CTVglobemedia, Industrie Canada et le gouvernement fédéral rapporteraient 4 milliards de dollars avec la vente et la redistribution de ces parties de la bande passante qui était auparavant une ressource publique.

Une augmentation de la productivité dans la diffusion de signaux électriques est une chose positive. Le gouvernement canadien qui a actuellement une dette de 40.5$ milliards bénéficiera certainement des revenus additionnels engendrés par la vente. Par contre, il y aussi d’autres choses à prendre en considération en plus de ces évidences. Avant la transition, environ 10% de la population canadienne recevait leur signal de télévision par l’entremise de la diffusion analogique. Après la révolution, leur réception était effectivement nulle. Ce dixième de la population n’avait pas le visionnement de télé comme haute priorité mais bénéficiait quand même de la programmation qui leur était disponible. Après tout, ils y avaient droit car l’espace au dessus de leurs têtes étaient une ressource publique. (l’air c’est gratuit) Les canaux publiques Radio-Canada et CBC qui diffusaient de très respectables bulletins d’informations ne leur seront plus disponibles à moins d’acheter un convertisseur analogique/numérique. Les personnes qui n’ont pas de convertisseur paient quand même des impôts qui financent ces chaînes de télévision.

En 2009, lorsque les États-Unis ont procédé avec leur propre loi forçant une transition de la technologie analogique à numérique, leur modus operandi était différent. Les législateurs, considérant que environ 10% de la population recevait son signal télévisé sous forme analogique, a choisi de les aider dans la transition qui leur était imposée. Après tout, ils n’avaient pas décidé du sort de leur signal télévisé qui avant était un service gratuit. Aussi, le taux de pauvreté était plus élevé dans la population partageant la caractéristique analogique. Le National Telecommunications and Information Administration (NTIA) a choisi de distribuer des coupons aux familles dans le besoin qui leur permettraient de se faire rembourser l’achat d’un convertisseur.

L’agence a distribué 40$ millions de coupons desquels 16$ millions ont été utilisés. (chaque convertisseur coûte 50 dollars) Le programme qui a couté 900$ millions visait les domiciles où vivaient des personnes qui avaient une santé économique frêle. Il y avait un taux plus élevé de ces domiciles dans la population recevant un signal analogique et c’est pour cette raison que cette aide leur a été distribuée. Ces chiffres ont l’air élevés mais il faut se rappeller qu’ils ne sont qu’une petite partie des milliards de revenus engendrés par la vente aux enchères gouvernementale. Ils sont justifiés pour assurer une continuation de l’accès à l’information de tous les citoyens peu importe leur statut social.

Lors de la transition analogique à numérique canadienne, le gouvernement n’a offert aucun soutient aux groupes plus démunis de la société qui pouvaient être affectés par le changement et qui pourraient perdre une importante source d’information. En 2009, lorsque Obama a considéré que le NTIA n’avait pas injecté assez de fonds d’aide dans le plan, il a proposé de retarder la transition afin d’inclure toutes les parties de la société dans la transition. Ceci ne s’est pas produit mais offre une comparaison éclairante entre les attitudes de l’administration des deux pays. Le contraste est frappant.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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