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Sam Hamad, ministre ingénieur

Avec l’écroulement du pont
de la Concorde de 2006
encore frais dans la mémoire
collective des Québécois, ceux-ci
ont dernièrement été confrontés de
nouveau à un accident du même type.
Au début du mois d’août, alors qu’un
entrepreneur faisait des travaux d’entretien
dans le tunnel Ville-Marie sur
l’île de Montréal, 25 tonnes de béton
ont été délogées du tunnel et se sont
abattues sur le sol. La masse en
question servait de protection contre
la possibilité d’éblouissement par le
soleil à la sortie du sombre tunnel.

Les employés qui travaillaient à
l’intérieur ont remarqué des anomalies
dans le pont et ont quitté
les lieux juste à temps pour éviter
l’écrasement. Personne n’a été
blessé. La nouvelle de l’incident
s’est propagée à travers les médias
comme un feu de paille. Le résultat:
la confiance de la population envers
les infrastructures et le ministère des
transports a été sévèrement ébranlée.

L’opinion publique ébranlée

D’après un sondage de Léger Marketing,
après l’évènement, 55% des
québécois disaient ressentir une
inquiétude à chaque fois qu’ils passaient
à proximité d’un pont ou d’un
tunnel. L’étude a aussi trouvé que
depuis l’incident, 1/5 des automobilistes
ont évité de se rendre sur l’île de
Montréal par manque de confiance en
l’infrastructure routière de la ville.

Conférence de presse chaotique

Après 48 heures d’abstention de
commentaire, Sam Hamad, le ministre
des transports du Québec, a
finalement répondu aux questions
des journalistes dans une conférence
de presse qui a depuis obtenu une
notoriété temporaire sur l’internet
sous le titre « Sam Hamad malmené
par les journalistes ». Dès le début
de la conférence de presse, on
peut voir Patrick Lagacé, journaliste
pour La Presse et ancien animateur
de l’émission les Francs Tireurs,
être comme d’habitude désagréablement
insistant en posant ses
questions. « Qu’est-ce que ça prend
pour qu’un ministre démissionne
au Québec? Avez vous pensé à
démissioner? », a lancé Lagacé.

Hamad lui a clairement répondu
qu’il n’y a jamais songé et a dirigé
son attention vers les questions plus
pertinentes des autres membres de
la presse. Lagacé n’a pas cessé de
marteler Hamad avec ses questions
livrées sur le même ton harcelant
tout le long de la conférence. Lorsque
l’attaché de presse d’Hamad a tenté
de stabiliser la situation, Lagacé l’a
même poussé hors du chemin du rassemblement
médiatique. “Décâlisse!”
a-t-il lancé à l’employé du ministre.

Questions techniques de la presse

André Noël, un autre reporter de La
Presse a ensuite tenté de poser une
question technique au ministre. Il l’a
questionné sur la largeur de la paroi
de béton nécessaire à maintenir en
place les 25 tonnes de ciment qui
se sont par la suite retrouvées sur
le sol. Hamad a répondu qu’il était
impossible pour lui de répondre à la
question parce qu’il n’était pas un
expert dans le domaine et préférait
écouter l’avis des experts avant de
sauter aux conclusions. Le reporter
lui a ensuite reproché d’esquiver
sa question en mettant l’emphase
sur le fait qu’Hamad était ingénieur
et qu’il devrait être en mesure de
répondre à la question: « En tant
qu’ingénieur, trouvez vous qu’il était
sage de rétrécir la paroi qui retenait la
poutre? ». Hamad n’a pas cédé à l’accusation
du journaliste et a répondu
qu’il laisserait les inspecteurs faire
leur travail et attendrait leur rapport
avant de commenter sur les causes
spécifiques de l’effondrement.

M. Noël, contrairement à Patrick
Lagacé, a compris la raison pour
laquelle le ministre ne pouvait pas
répondre à sa question: Même si on
est ingénieur, c’est difficile de faire
des calculs dans sa tête devant une
foule de reporters où un d’eux a plus
des airs de boxeur que de journaliste.
L’enquête sur l’incident n’était
même pas encore complétée par
les experts, donc Hamad ne pouvait
pas commenter sur la largeur des
poutres; il n’avait tout simplement
pas la réponse.

Image article Sam Hamad, ministre ingénieur 1430

Hamad critiqué par les médias

Après la conférence de presse,
nombreux étaient les journalistes
qui ont critiqué la façon de procéder
du ministre Hamad. Un bon nombre
d’eux – dont faisait évidemment
partie Patrick Lagacé – considérait
que le ministre s’est montré
trop réticent à discuter directement
des causes de l’effondrement. Une
journaliste a reproché au ministre
d’avoir répondu aux questions
comme un ingénieur. D’après elle, il
a approché le problème comme s’il
s’agissait d’un problème d’ingénierie
où l’opinion publique n’avait pas
d’importance.

Les journalistes ont accusé le ministre
Hamad de ne pas répondre aux
questions de la presse. Ce genre
d’indignation est appropriée lorsque
les politiciens passent par tous les
chemins dans une réponse afin d’en
exclure le sujet principal. Dans ce
cas du 2 août, Hamad a refusé pour
une toute autre raison et a clairement
fait part de ceci aux journalistes.
Il refusait de répondre à certaines
questions pour la simple raison qu’il
n’avait pas l’information nécessaire.

L’incertitude peut être ennuyante

Au lieu de préparer un monologue qui
ne voulait rien dire afin de retourner
la colère du peuple au calme, il a
donné une bonne représentation du
développement de l’incident et de
ce qui était connu à ce moment. Il a
choisi de ne pas spéculer et de ne
pas satisfaire le désir du moment de
trouver et d’empaler un responsable
sans vraiment savoir ce qui est arrivé.

Il savait qu’il serait dangereux de
venir à des conclusions avant même
la sortie du rapport des experts.
Quand on ne sait pas d’où vient la
fuite, on ne devrait pas risquer la
création de plus importants problèmes
structurels généraux.

Retour dans le passé du Polyscope

Lors de l’édition du 18 Février du
Polyscope, William Sanger, l’ancien
rédacteur en chef, a écrit quelques
lignes au sujet de nos dirigeants
politiques qui m’ont semblé plutôt
sages:

«Je rêve d’une époque où les
nations ne seront pas dirigées par des
politiciens avocats, grandiloquents et
carriéristes. René Lévesque était journaliste
et correspondant de guerre;
quand verra-t-on un prochain premier
ministre ingénieur ou intellectuel?»

Hamad le ministre ingénieur n’est
pas premier ministre mais c’est un
bon début. Les ministres qui ont
la caractéristique de se retenir de
sauter à des conclusions erronées
évaluent mieux le danger et prennent
les décisions les plus adéquates et
ajustées aux faits. Ceux qui préfèrent
les preuves aux dénonciations prématurées
peuvent venir de tous les
milieux professionnels, mais doivent
tous partager ce discernement crucial
qui permet de rester le plus près
d’une méthode la plus scientifique
possible. Ceci est aussi vrai pour
les journalistes qui bousculent les
attachés de presse…

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