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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Ode aux dealers mexicains

Je pense résolument qu’il est nécessaire de savoir bidouiller, triturer, trafiquer, rafistoler, bref, tomber dans le bon gros Do-It-Yourself, pour mériter ses épaulettes de gros barbare macho. Pour citer complètement hors contexte (parce que c’est ça l’essence du journalisme, après tout) ma professeure de Procédés de formage et d’assemblage :
« Un homme, ça doit savoir souder.
C’est une condition primordiale. »
Bon, après ça, c’était peut être parodique, mais je m’en fous, je cite au premier degré. Voila. Donc, l’instinct du patenteux, disais-je, représente une composante vitale de la nature masculine : indépendance, débrouillardise, responsabilité, et possibilité de tout faire exploser, puis de raccommoder ce qu’on a fait exploser, pour le refaire sauter.
Daniel O’Brien, le Polyrond (membre de Polysphère), qualifierait ça d’écologiquement responsable j’imagine.
Ton drakkar a un trou dans la coque (l’équivalent dangereux d’un flat)?
Epoxy+bâtons de popsicle, ni vu ni connu. Au sommet de la pyramide de l’ingénierie du rafistolage, je suis forcé d’admettre que jusqu’à
tout récemment, j’aurais attribué la palme aux habitants des anciennes républiques soviétiques. Ces derniers savent déployer des rares exemples d’ingéniosité assez médiévale, un peu comme ce mec en Russie qui s’est trafiqué un Hummer amphibie plutôt monstrueux à partir de vieille ferraille et dont la composante « amphibie » se résume par « je me mets un masque à oxygène sur la tronche ». Et ce coin du monde regorge littéralement de ces exemples de bricolage métal.
Aux États-Unis, ils ont le NASCAR.
Dans les recoins ruraux de la Russie, ils favorisent plutôt des courses de camions vieux de 75 ans, rafistolés de course en course. Vous pouvez à peine vous imaginer ce que les gens ont pu inventer pour se sortir de l’URSS.

Néanmoins, malgré ces exemples d’ingéniosité frisant les intentions suicidaires, c’est aux dealers de drogue mexicains que je dois attribuer le prix de la débrouillardise mâle. Il y a quelques jours, les patrouilles frontalières conjointes des forces mexicaines et américaines ont trouvé une bande de trafiquants en train de faire passer de la marijuana de l’autre côté de la frontière américano-mexicaine, plus précisément en Arizona. Jusque là, rien de bien nouveau, et de toute façon, il y a tellement de drogue qui transite du Mexique aux États-
Unis que les autorités mexicaines devraient considérer le cannabis comme une exportation officielle.
M’enfin. Toujours est-il que pour passer par-dessus la clôture érigée par les Américains, ces trafiquants ont eu recours à une véritable catapulte.
Je vous laisse digérer quelques minutes l’image d’une troupe de mexicains avec des gros sombreros en train de charger une catapulte avec du pot, ponctuant leurs efforts de « Ay Caramba ! ». Après tout, ils se sont fait repérer de très loin par une patrouille américaine, on peut donc supposer que les exclamations stéréotypées en espagnol devaient fuser. Donc, en plus d’utiliser un engin de siège pour outrepasser les défenses américaines, ce qui est déjà bien métal, eh bien ils le font à découvert, sans se soucier d’attirer l’attention.
C’est pas mal plus je-m’en-foutiste que le Russe avec son Hummer maison pseudo-amphibie mentionné précédemment, et ce n’est pas peu dire. Évidemment, c’est le Mexique, donc les ingénieux narcotrafiquants n’ont pas été appréhendés par les autorités mexicaines. Des mauvaises langues suggèreraient que c’est juste parce que les narcotrafiquants représentent les autorités mexicaines, mais bon. Reste que moi, si j’étais à la place du gouverneur de l’Arizona, je tremblerais dans mes shorts. Les innovations technologiques mexicaines, jusqu’à maintenant, se sont limités aux tacos, aux sombreros et à la sieste d’après-midi. Si les Mexicains ont saisi comment construire des catapultes rudimentaires, ce n’est qu’une question de temps avant que ces derniers ne perfectionnent le design jusqu’à pouvoir catapulter des immigrants illégaux par-dessus la frontière américaine.
Horreur, carnage, malheur ! Suivant la réaction traditionnelle des Américains à tout « danger », voici ce qui risque d’arriver : un projet de bouclier anti-catapultes à la fine pointe de la technologie, avec des rayons lasers, des satellites, bref, tout le matos qui ferait un excellent film d’espionnage.
Le département de la défense demanderait un budget extravagant, et prédirait que le système de missiles téléguidés anti-sombreros serait opérationnel en 2013. Finalement, en 2027, après 4 changements d’administrations, le budget aurait quintuplé, le taux d’efficacité serait d’environ 5 % des données attendues,et les Mexicains auraient déjà pris de l’avance en développant des trébuchets en plywood.

Ah, et dernière chose : Eluveitie le 5 février au National. Si vous lisez ceci avant le 5 février, allez acheter vos billets, pronto. Sinon, vous devrez vous contenter de mon délicieux compte-rendu dans la prochaine édition du Scope.

Critique de la semaine

Album : Black Rivers Flow
Artiste : Lazarus A.D.

Genre : Thrash/Groove metal
Année : 2011

Lorsque j’ai entendu le premier album de Lazarus A.D., The Onslaught (également critiqué dans une précédente chronique),
j’étais sur le cul. Bon, sur ma chaise, sur mon cul, mais pareil.
Que du thrash pur pedigree, 100% poing sur la gueule. J’avais de grosses attentes pour Black Rivers Flow, et merde, peut-être que je n’aurais pas dû. Primo, le groupe a sombré dans la facilité : adieu les gros riffs qui enchaînent les savates à la vitesse de la lumière, maintenant c’est le groove qui prime. Parfois, un espoir de thrash pur laine ressurgit, mais il se fait souvent camoufl er par les riffs tout droit sorti de l’héritage de Pantera.
À titre d’exemple, Casting Forward qui aurait été à sa place sur Vulgar Display of Power de Pantera. Ce n’est pas forcément un mauvais album, trop joyeux et pas assez violent peut-être, mais c’est triste de voir un des rares groupes capable de porter haut le fl ambeau du thrash trébucher à ce point.

Mots-clés : Chronique barbare (22)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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