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Repenser l’économie

Malgré les désastres qui paraissent dans les journaux, le monde ne peut aller aussi mal que ça ! La dernière tache de sang à être répandue à terre demeure l’attaque de l’aéroport moscovite Domodedovo en Russie, faisant état de plus de 35 morts et d’une centaine de blessés. On peut ajouter à cela une forte montée des violences en Afrique du Nord, avec des manifestations fermement réprimées au Caire, en Égypte, où les forces de l’ordre du gouvernement Moubarak tentent de disperser les dizaines de milliers de contestataires à coups de gaz lacrymogène. La révolution du jasmin semble avoir fleuri en Tunisie et tente de polliniser tour-à-tour les pays voisins dont les peuples sont en quête de liberté et qui revendiquent la libre expression.

Pour couper court à un si violent portrait de la situation mondiale au cours des derniers jours, un fait d’actualité est passé presque inaperçu dans les journaux, noyé à travers les nouvelles sanglantes de la semaine.
Le président du G7 et du G20, Nicolas Sarkozy, demande aux états membres de poser des actions concrètes pour rendre le monde plus responsable, plus solidaire, où les lois du marché ne règleront pas tout, dans le but d’éviter les aberrations monétaires et financières que les différentes économies du monde ont connues depuis 2008.

Un brin d’espoir, malgré le fait que ces paroles demeurent très vagues quant à leur potentiel de réalisation, mais un brin d’espoir. quand même. Comme l’a écrit Ram Etwareea, journaliste politique du journal suisse Le Temps, si au terme de son mandat en décembre prochain Sarkozy parvient à lancer quelques-uns de ces chantiers, ça sera une réussite. Peut-être que le temps des banksters sera révolu ?

Il y a deux semaines, j’ai assisté à une rencontre au CIRANO (Centre Interuniversitaire en Recherche et ANalyse des Organisations) menée par deux conférenciers, Thierry Warin, économiste et professeur à l’École Polytechnique, et Stephen Jarislowsky, philanthrope et milliardaire canadien.

Deux points de vue s’opposaient lors de cette discussion. Selon Stephen Jarislowsky, la Chine sera un acteur majeur des prochaines décennies.
À l’instar du Japon d’il y a 30 ans, la Chine connaît son heure de gloire grâce à sa force principale, soit son immense bassin de population. Si l’on compare les niveaux de vie occidentaux à ceux des Chinois, on observe un écart subséquent. Cet écart sera comblé par l’élévation du niveau de vie des habitants chinois grâce à leur position dominante dans la prochaine économie et par un certain recul du bien-être des occidentaux.

Pour contraster cette vision quelque peu pessimiste de l’avenir, Thierry Warin avance qu’il va falloir repenser l’économie moderne en incluant le facteur humain, l’environnement et le développement durable, dimensions mises de côté à travers les précédents modèles économiques. Pour illustrer ses propos, il est anormal que l’Albanie ne puisse refinancer sa dette, fasse des pieds et des mains pour obtenir un prêt auprès du FMI s’élevant à quelques dizaines de milliards d’euros, tandis que la France ou les États-Unis alignent une addition de milliers de milliards de dollars (10 x 1012 $ !).
Dette contractée auprès de la Chine, première banquière mondiale qui plus est ! Un an après le terrible séisme ayant touché Haïti, le pays est toujours dévasté par les catastrophes (cyclone, choléra) et l’État des Caraïbes ne se relève pas malgré les milliards en dons provenant de la diaspora et de l’aide internationale. Ces situations ne peuvent se reproduire à l’avenir, c’est pourquoi il propose d’adopter non pas un indice de comparaison entre les pays basé sur la croissance économique, mais plutôt un indice de bonheur qui serait relatif à chaque pays : être pauvre au Canada est tout de même plus avantageux qu’être pauvre en Somalie !

L’économie mondiale a été touchée par une de ses plus grandes crises, et sans en être encore ressortie, se trouve à un point tournant de son histoire. En effet, c’est le moment idéal pour revoir ses théories, ses institutions et ses fondements. L’avenir s’annonce sombre si les changements ne surviennent pas et la montée des violences sociales, du nationalisme et des inégalités ne s’en fera que plus ressentir.

Pour plus d’informations sur le sujet, n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil sur le site de l’initiative internationale pour repenser l’économie, www.i-r-e.org

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*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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