Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Le formulaire long chez Statistique Canada

Bientôt un vestige?

Tous les cinq ans, au Canada, une opération massive de collecte de données est déployée: le recensement national effectué par Statistique Canada. Le recrutement de 37 000 employés pour le recensement de 2011 est actuellement en cours. Vous l’avez peut-être remarqué grâce au prospectus qui a accompagné votre dernier retour d’impôts TPS.
Lors d’un recensement, des formulaires demandant des informations personnelles sont envoyés à chacun des 12,4 millions de domiciles du pays et la population visée doit répondre à ceux-ci sous peine d’emprisonnement et d’amendes.
Pour bien des gens, l’obligation légale de répondre au recensement est inopportune et répondre assidûment à toutes les questions est une tâche pénible et laborieuse.

Malgré ces moments personnels désagréables que partagent un bon nombre de ménages canadiens, la base de données qui provient du recensement est un outil indispensable pour les chercheurs, économistes et autres professionnels qui essayent de comprendre la dynamique du pays afin de faire des prédictions qui aideront à mieux gérer ses politiques.

Le formulaire long maintenant facultatif

Dans les plus récents recensements, deux types de formulaires ont été envoyés aux domiciles Canadiens : le formulaire court et le tant redouté questionnaire long qui prend beaucoup plus de temps à remplir. En 2006, le long questionnaire qui comportait 53 questions a été envoyé à un domicile sur cinq. En 2011, ce dualisme de formulaires sera répété mais avec une différence majeure: la version longue ne sera plus obligatoire. De plus, la version longue du formulaire sera envoyée à 30 % des domiciles au lieu du 20 % habituel pour compenser le manque de participation anticipé. Cette augmentation du nombre de formulaires envoyés élèvera la facture finale de l’opération à 30 $millions de plus qu’aurait couté le modus operandi habituel.

Tony Clement annonce et explique la décision

La décision prise par le gouvernement minoritaire de Stephen Harper a été annoncée par le ministre de l’Industrie Tony Clement en juillet 2010. Clement a expliqué que la décision était une réponse à des plaintes venant de la part de la population du Canada. Il a mentionné qu’il a reçu des plaintes d’opinion au sujet que le questionnaire et surtout les questions sur le revenu et l’emploi étaient intrusifs à la vie privée d’individus.
Par contre, la provenance des plaintes invoquées par Tony Clement est nébuleuse. D’après un article publié dans le Toronto Star, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada n’a reçu que trois plaintes officielles concernant le recensement de la part de résidants du Canada.

Le directeur de StatsCan remet sa démission

À la suite de cette décision du gouvernement minoritaire de Stephen Harper, Munir A. Sheikh, le directeur de Statistique Canada, a remis sa démission en tant que directeur de l’organisme. Il a justifié son geste par son désaccord avec la décision du gouvernement. Dans une lettre ouverte aux Canadiens, il a commenté sur la décision : « J’aimerais profiter de l’occasion pour faire un commentaire sur un aspect technique d’ordre statistique qui est devenu sujet de discussion dans les médias. Cela est relatif à la question si une enquête volontaire peut remplacer un recensement obligatoire. Elle ne le peut pas. »
Dr. Sheikh finit sa lettre en mettant l’emphase à son successeur sur l’importance de protéger la réputation de Statistique Canada à l’avenir.

Les effets dommageables de la décision sur les citoyens

En rendant le long formulaire facultatif, la base de données finale à partir de laquelle d’importantes décisions gouvernementales seront prises sera de moins bonne qualité. Une réaction en chaine suivra et la recherche et les décisions qui en suivront répondront inadéquatement à la réalité canadienne.
Certains groupes moins bien représentés par le recensement en souffriront et leurs intérêts ne seront pas pris en considération lors de la formulation de nouveaux projets de lois, programmes sociaux, etc.

On peut formuler certaines hypothèses sur les groupes qui seront négligés par cette décision. D’après un article publié dans le journal Nature, les familles pauvres seront un de ces groupes inévitablement sous-représentés dans le recensement.

Un étudiant se prononce contre la décision

D’après Philippe Prévost, étudiant au Baccalauréat en Sciences Politiques à l’Université Concordia, la décision du gouvernement Harper est désastreuse :
« Pour ma part, il s’agit d’une décision purement idéologique qui vise à réduire l’intervention du gouvernement dans la vie des gens. Or, ces données recueillies de manière confidentielle permettent de constater l’évolution sociale et économique de la population dans un secteur géographique très précis. L’une des questions par exemple porte sur la durée du transport entre la maison et le travail. Les réponses servent donc entre autres à la planification du transport public. L’absence de données fiables de ce genre va nous donner un portrait flou et peu fiable de la population canadienne. »

L’Institut Fraser appuie la décision de Harper

Malgré la démission du Directeur de Statistique Canada et de toutes les autres voix qui se sont opposées à la décision, ces opinions ne font pas l’unanimité. Niels Veldhuis et Charles Lammam, deux économistes du Fraser Institute, un centre de recherche de politique conservateur, ont écrit une lettre ouverte qu’ils ont fait publier dans le journal Financial Post. Dans leur lettre, ils rappellent aux lecteurs quel était le but du premier recensement qui eut lieu en 1867 : « Ce premier recensement compta simplement la population afin de déterminer une représentation appropriée de la population dans le parlement. » Ils expliquent que depuis ce temps, la portée du recensement a grandi et que des questions impertinentes ont été rajoutées au questionnaire.
Les économistes affirment aussi que les réponses à un grand nombre de questions dans le recensement sont déjà recueillies par d’autres moyens comme les déclarations d’impôts, les applications de passeports, etc.
Ils concluent que le gouvernment ne devrait pas avoir le droit de forcer des individus à certaines questions intrusives qui sont présentes dans le formulaire du recensement.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.