Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

La grosse excuse verte

Ah, la semaine de l’environnement.
L’occasion pour tous les sbires de mère nature d’afficher leurs couleurs (qui sont, vous vous en doutez, toutes des déclinaisons de vert), de sortir leurs pulls 100 % fait en chanvre en regardant des marathons télévisés de la semaine verte. Bref, la semaine préférée de Daniel O’Brien.
Ceux qui pensaient trouver refuge sur mon petit îlot hebdomadaire de testostérone risquent d’être fortement déçus. De fait, au lieu d’aborder des sujets prompts à nous faire pousser le shag modèle géant, je sens qu’il est de mon devoir de m’adresser, par le biais de ce séduisant article, à tous ceux qui ont sorti leurs sacs biodégradables et autres habitudes bien pensantes pour cette semaine spécifique. Si vous faites partie du nombre, félicitations, vous êtes plus à risque d’être un trou de balle grand luxe.

Je sais, je sais, le tir à feu nourri sur les hippies fait partie de mes multiples spécialités, au même titre, par exemple, que la pêche à la dynamite et les tractations avec les cartels de drogue mexicains. Néanmoins, cette fois-ci, mes commentaires sur les hippies se basent sur autre chose que leur hygiène personnelle, et se généralisent à n’importe qui ayant déjà fait une bonne action environnementale.

Vous avez sans doute déjà entendu parler d’Al Gore, sans quoi je vous enjoins cordialement à sortir d’endessous de la roche qui vous sert de domicile. Bref, Al Gore, ex-vice-président américain, cerveau derrière An Inconvenient Truth et grand militant écolo, aurait, par le passé, été éclaboussé par un scandale concernant son double discours : de fait, d’une main il pointait du doigt les grands fl éaux environnementaux, de l’autre il additionnait les factures d’électricité astronomiques pour alimenter son domicile colossal.
Et si beaucoup d’entres vous auraient la tendance à l’accuser d’hypocrisie, sachez qu’il a tout simplement agi en être humain normal.

Selon Nina Mazar et Chen-Bo Zhong, psychologues et auteurs d’une étude sur les habitudes de vie écologranos, adopter des comportements
« verts » nous rendrait plus enclins à voler, mentir, et, pourquoi pas, noyer des petits chiots. Selon les expériences menées au cours de l’étude en question, cette propension serait jusqu’à six fois plus marquée chez les personnes ayant des habitudes de consommation vertes, et ce vérifié au cours de plusieurs expériences.
Pourquoi ?

Notre notion d’éthique, selon leurs conclusions, est excessivement variable.
Un mec se promenant avec une sacoche marquée d’un slogan écolo, style « cette sacoche est faite de produits recyclés »,
en plus de s’afficher comme un métrosexuel de grand luxe, « achète » des crédits éthiques et moraux. Il sera donc plus à même de tenter de vous assommer avec ladite sacoche pour tenter de vous dérober ce dernier sac de pain 100 % bio avec l’empreinte de carbone minimisée qui traine sur les tablettes de votre épicerie de quartier, puis de mentir en tentant de vous faire croire que ses tentatives de vous envoyer au tapis à coup de sacoche recyclée étaient des accidents. En même temps, si vous êtes en train de reluquer le pain powerécolo, les chances sont que vous êtes, vous aussi, en train de vous magasiner une bonne conscience, et vous méritez amplement l’humiliante expérience d’un métrosexuel convaincu de pouvoir vous assommer à coup de sacoche.

Évidemment, il y a d’autres explications pouvant s’appliquer aux résultats de l’expérience. Il ne faut pas négliger que beaucoup d’individus qui s’autoproclament
« verts » le font parce que ça demeure « fashion ». Quel mot horrible, ça m’inspire des poodles bien brossés dans des sacs à main de designers. Ces gens qui n’ont pas la conscience suffisamment développée pour comprendre l’importance de leurs actes « sociablement responsables »
seront, évidemment, plus tentés par les crosses systématiques que les
« vrais verts ». J’avais justement une conversation matinale dans un appart de vrais granos-végétariens (sur une autre note, ils n’avaient pas de steak saignant pour le déjeuner, ça m’a presque coupé l’appétit). Comment j’ai atteri dans un milieu aussi dichotomique avec mes appétits carnassiers-pollueurs demeure un mystère pour moi. Maudite boisson.
Bref, ça parlait de « dumpster diving ».
Vous connaissez ? C’est la pratique de recycler les aliments pas encore tout à fait périmés qui sont jetés dans les ordures de supermarchés. Ça discutait méthodes, horaires, meilleures techniques pour éviter de se faire prendre (parce que c’est illégal, moi aussi j’étais surpris), le tout pour éviter que de la nourriture ne se perde. C’est pas la comptable quinquagénaire qui se pense trendy en achetant son café équitable qui irait fouiller dans un dumpster, même si c’est écolo jusqu’à en être brun.

Image article La grosse excuse verte 1176

Album Métal de la semaine

Titre : Blackwater Park

Artiste : Opeth

Genre : Prog, avec des touches de death

Année : 2001

Ohhhhh oui. Le classique par excellence de Opeth, qui a excessivement bien vieilli pendant les 10 dernières années. Même s’il s’agit du premier grand succès du groupe suédois, il n’en demeure pas moins que le son possédait déjà la maturité surprenante qui caractérise ses harmonies. En comparaison, l’album a été enregistré en même temps que A Predator’s Portrait de Soilwork, dans le même studio, et si les membres d’Opeth se sentaient amateurs et peu professionnels comparativement aux musiciens de Soilwork. Pourtant, aujourd’hui, ce sont les majestueuses progressions de Blackwater Park qui se sont rendues jusqu’à 2011, tandis que le médiocre album de Soilwork est tombé dans l’oubli. Le caractère intemporel de l’album, bien représenté par cette anecdote, suinte à travers chaque accord de perfectionniste (si vous regardez des partitions, c’en est à donner mal à la tête), et le chant caractéristique d’Akerfeldt (comment un petit bonhomme comme ça peut avoir un growl aussi caverneux ? Mystère) se solidifie beaucoup sur cette production.

Mots-clés : Chronique barbare (22)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

Le Polyscope en PDF+