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Pour ou contre le projet Noise ?

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Avec la collaboration de Laura Beauchamp-Gauvin

Pour :

Le projet Noise est un projet qui fait, littéralement, beaucoup de bruit du côté de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal. En effet, l’initiative du service de police de la ville de Montréal a causé toute une commotion dans le monde des bars et des clubs situés dans le quartier.

Bien sûr, comme dans toutes les situations, il y a deux côtés à la médaille, et c’est pourquoi il est important de préciser que le maire Luc Ferrandez n’a évidemment pas l’intention de « tuer la vie culturelle nocturne montréalaise », comme certains le disent si bien.

Avez-vous déjà eu trois intras en trois jours, deux travaux de session à remettre la même journée ou juste une (des) vraiment longue(s) soirée(s) de travail dont la dernière en date fini finalement par se terminer aux alentours de 2h du matin, les yeux fatigués devant votre écran d’ordinateur qui, à cause de la dite fatigue, est maintenant devenu double. Et à ce moment-là, ce moment de totale et pure fatigue, le moment parfait pour enlever ses écouteurs de musique spécialement choisie pour ses propriétés motivantes et pour se laisser tomber sur le lit et dériver, lentement mais sûrement, vers le doux monde de Morphée, à ce moment-là, ça commence : le combat ultime entre vous, vos oreilles et vos bouchons contre le reste de l’Univers qui lui, il en a rien à foutre que vous soyez épuisé, il veut juste faire la fête jusqu’à l’heure la plus tardive possible, et ce préférablement précisément de l’autre côté de la rue d’où se situe votre fenêtre de chambre. Puisque c’est bien connu qu’il n’y a jamais un meilleur endroit pour faire la fiesta que celui-là. Si vous êtes chanceux, c’est la première fois cette semaine, si vous l’êtes moins, eh bien c’est la quatrième.

Et vous êtes là, étendu sur votre lit, à vous faire vibrer par la basse trop boostée d’une quelconque musique et à vous demander d’abord à quelle heure est-ce que vous allez enfin pouvoir dormir, et ensuite pour quelle raison exactement est-ce que vous aviez décidé de venir habiter sur le Plateau. Pour y vivre. Pour y manger, y sortir entre amis dans un bar juste boire une bière pour le fun ou encore aller voir un show de musique d’un band qui jusqu’à la semaine passée jouait dans son garage, y revenir chez soi prendre un café et enfin, y dormir. Pourquoi est-ce que toutes ces activités devraient être incompatibles ? Pourquoi ne pourrait-on pas écouter un show de musique au Divan Orange sans qu’une énième plainte contre le bruit soit émise, entre autres, par les résidents qui veulent et doivent dormir ? Puisque la méthode actuelle ne semblait pas donner une assez bonne raison aux propriétaires de salles pour qu’ils fassent les ajustements nécessaires en matière d’isolation du bruit, le SPVM a décidé d’augmenter (considérablement) les amendes visant les établissements qui ne respectent pas les normes. S’en suivit, et c’est compréhensible, une indignation collective de la part du milieu de la musique et des bars.

Si votre coloc (avec ou sans (e), moi je ne porte pas de jugements) décide de blaster du Justin Bieber à minuit le soir dans la pièce d’à côté, vous n’auriez pas envie d’aller lui dire de mettre des écouteurs ? (Après avoir appelé Alex Luca à la rescousse pour qu’il lui savate la tronche, évidemment).

La dernière chose à déterminer est où se trouve la limite entre le raisonnable et le « maudits punks, dégagez de sur mon gazon ! » en brandissant sa canne depuis sa chaise berçante sur son balcon.

Contre :

Mettons les choses au clair : il est ridicule de penser que le Plateau Mont-Royal puisse être un arrondissement résidentiel comme les autres. C’est sain, pour une ville, d’avoir des quartiers plus enfl ammés, plus nocturnes. Ça serait terrible si l’entièreté de Montréal ressemblait à Beaconsfield niveau vie culturelle, non ? Cette vie urbaine, que la mairie du Plateau le veuille ou non, passe entre autres par l’arrondissement du Plateau Mont-Royal.

Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de visiter la page du SPVM traitant du projet Noise, mais à lire ça, on a presque l’impression de lire un communiqué de presse d’un organisme caritatif. Pourtant, on place dans les mains de policiers un outil capable de faire fermer, peu à peu, le poumon culturel montréalais, et on leur demande d’en faire usage avec discernement.
Quelle phénoménale initiative. Autant donner à un enfant obèse un énorme gâteau, et lui demander de ne jamais y toucher. Est-il nécessaire de rappeler que, peu importe le pays ou le domaine d’application, ça ne vise pas le SPVM spécifiquement, on pleut sous les exemples d’abus de pouvoir, notamment et particulièrement chez les forces de l’ordre ?
On leur offre cette chance sur un plateau d’argent. Et en termes de discernement sur la pollution auditive, je ne suis pas sûr que je fasse confiance à un policier qui vient d’avoir une mauvaise journée ou qui a un peu l’envie de s’imposer.

Ce qui est catastrophique, aussi, c’est que dans cet arrondissement, ce ne sont pas les salles de spectacles immenses qui sont à risque, mais bel et bien les petits établissements.
Ce sont ces petits établissements qui permettent à la vie culturelle de Montréal de s’épanouir en permettant à des groupes underground de se produire en spectacle.
C’est carrément à contre-sens du message des investissements massifs en culture qu’on largue à gauche et à droite. La culture, c’est bien plus que de financer le prochain album des 3 Accords. C’est d’entretenir l’émergence de la créativité. Et ce n’est pas en égorgeant financièrement le Divan Orange parce que matante à côté voulait entendre une mouche voler que Montréal va garder sa réputation de berceau artistique.

Cette tendance d’embourgeoisement du Plateau Mont-Royal ne me plaît pas du tout.
Pourquoi habiter dans ce quartier si ce n’est pas pour profiter de sa vie culturelle phénoménale ?
De son ambiance énergisante ? En quelque part, si ta plus grande espérance immobilière est d’entendre le bruit des tondeuses le matin et de regarder ta rue vide à 21h parce que tout le quartier est allé se coucher, ce n’est pas sur le Plateau Mont-Royal que tu devrais habiter, point. Montréal dispose de suffisamment de banlieues pour te satisfaire. Luc Ferrandez, maire du Plateau, a indiqué que cette loi était instaurée afin d’éviter que les rues du Plateau ne se vident de leurs piétons. Si on continue à matraquer la vie nocturne du Plateau ainsi, c’est pourtant exactement ça qui risque d’arriver.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.
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