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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

MALAMALANGUE

Je terminerai la première moitié de l’année journalistique du polyscope avec une chronique qui se fond au dossier spécial de cette semaine. Je ne tenterai pas de faire de la propagande souverainiste ni même de grandes idéologies indépendantistes.
Je vais simplement essayer de mettre en lumière ce que souvent nous tenons pour acquis et qui joue un rôle majeur dans notre identité. Je parle de la langue.

Tout d’abord, je tiens à soulever un aspect important de la perception de qui nous sommes (j’entends par
« nous » tous ceux qui ont envie de s’inclure dans la société québécoise)
par les autres. Plus particulièrement les Européens. Le Québec n’est pas la France en Amérique, mais l’Amérique en français (ce n’est pas de moi, mais je ne me rappelle plus de qui !). Ceci étant dit, nous pouvons passer aux choses sérieuses.

Selon la théorie de la grammaire universelle de Chomsky, dans l’apprentissage du langage, dès le très jeune âge, notre cerveau a l’aptitude d’apprendre n’importe quel langage.
Cependant, plus le temps avance (ou recule, c’est selon), plus les connexions dans la région du langage se forment dans une certaine configuration se spécialisant.
Notre pensée se structure au même moment et de la même façon que le langage. C’est entre autres pour cette raison que dans une situation donnée, un francophone n’analysera pas la situation et ne l’interprétera pas de la même façon qu’un… anglophone évoluant dans le même environnement.

La structure du langage nous aide également à bâtir notre esprit critique, notre morale et nos valeurs. Car les valeurs sont bien souvent fondées sur notre morale, ce qui est bien et ce qui est mal, selon notre esprit critique qui lui se base sur nos valeurs… heu, attendez…
en tout cas, c’est souvent subjectif et touche beaucoup les émotions que de parler de valeurs. C’est entre autres par la langue que nous pouvons transmettre nos émotions et nous ne les vivons donc pas de la même façon puisque nous de les exprimons pas de la même façon.

Ce serait hypocrite de dire que la culture n’est pas une partie intégrante de l’identité d’une société. La culture se manifeste dans n’importe quelle sphère.
La musique, le théâtre, le cinéma, les livres, la cuisine, la façon de fêter, de se rassembler, mais aussi dans la politique, l’économie, l’environnement, la justice, le développement social… c’est partout.
Nos actions définissent notre identité.

Retenez que la langue est synonyme d’identité. En détruisant la langue, on détruit notre identité. Sans passer pour un paranoïaque, retenez qu’une des raisons principales de la volonté de souveraineté au Québec est pour mettre fin à la pression et à l’assimilation anglophone. Nos ancêtres et les patriotes ont été forts et courageux pour nous léguer une langue encore en santé. La situation est précaire malgré tout et nous n’avons pas le droit de baisser les bras envers notre passé.
Nous devons être fiers de ce que nous sommes, fiers de notre langue et fiers de bien la parler. Au moins, en faire l’effort.

Plusieurs rient de l’accent acadien lorsqu’on entend des Néo-Brunswickois francophones avec des anglicismes à n’en plus finir. Mais c’est un exploit qu’à travers l’histoire, ils aient réussi à conserver un minimum de français.
C’est ce qui pourrait nous arriver si nous ne mettons pas d’effort.

À vous qui répondez souvent
: « l’important c’est de se faire comprendre, ce n’est pas si grave ».
Dites-vous qu’en ajoutant à votre vocabulaire plusieurs anglicismes au détriment des vrais termes, souvent pour vous donner du style ou simplement par ignorance, vous me donnez raison. Raison que nous nous faisons assimiler lentement. Parce qu’à partir du moment où vous n’avez plus le souci de bien vous exprimer, vous n’aurez pas non plus le souci de transmettre le goût d’une langue en santé. Le souci de construire une identité distincte. À chaque génération, on ajoutera des mots purement inventés par chacun, des tournures de phrase sans logique et des anglicismes et nous finirons par nous comprendre que par l’anglais.

Avoir une identité distincte, c’est aussi un monde multiculturel. Parce qu’en ayant une culture distincte entre autres par la langue, surtout par la langue, nous participons à la richesse de l’humanité. Les différences de chacun. Pas la monoculture États-Unienne, même Californienne.
Une monoculture sans nature, sans personnalité.

Vous lisez, mais vous vous demandez encore le lien avec le dossier indépendance ? Je vous lance le défi de la semaine. Préalable d’honnêteté intellectuel, de courage et de force de caractère. Pendant une semaine, lorsque vous parlerez ou écrirez, faite l’effort de n’employer aucun anglicisme (et ce n’est pas vrai qu’
« il n’existe pas de mot en français »),
aucun « si j’aurais », aucun « quand qu’on »… Vous constaterez rapidement que nous devrions peut-être nous inquiéter quant au sort de notre langue considérant que nous sommes
« éduqués » ! Parlant d’éducation, à la fin de la session, vous repenserez à ma chronique lorsqu’il sera venu le temps d’évaluer vos professeurs et chargés de cours dans notre école si fière d’être la meilleure école d’ingénierie francophone !

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Pierre Farlardeau (1946-2009) a écrit et réalisé le film 15 février 1839, une date importante de notre histoire… celle des patriotes. À voir !




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