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Boulez, Bruch, Mahler à l’OSM

L’arrivée du maestro Kent Nagano comme directeur musical de l’OSM est probablement un des évènements culturels les plus importants qu’ait pu connaître Montréal ces dernières années.
Car la capacité du chef d’orchestre à sensibiliser les Québécois à de nouvelles expériences musicales est prodigieuse.

Tout varié que soit le bagage culturel des Montréalais, il n’en reste pas moins que notre « oreille » ait été formée différemment de celles des Européens par exemple. Kent Nagano sait donc s’adapter avec une humanité surprenante à ce public bigarré.
Car il ne possède point le simple rôle de confirmer nos goûts musicaux, mais bien celui de les ouvrir à l’inconnu. N’est-ce pas là la preuve d’un grand chef d’orchestre que celui capable de vous faire voyager au-delà des terres musicales déjà connues?

Humanité disais-je. Effectivement, nul ne s’imaginait ce soir-là aller rire dans la salle de la Place des Arts. Et pourtant! Le public a ri comme s’il s’entretenait au cours d’un repas d’amis avec le chef d’orchestre. Nous donnant des pistes pour aborder la musique de Boulez (trois couches qui se répondent, se fragmentent, se complètent, comme le pâté chinois) d’une façon à la fois ludique et ancrée dans nos référents communs, il n’y avait assurément pas de meilleur moyen pour nous donner envie de nous immerger dans cette musique particulière. Je n’aurais personnellement rien « compris » ou senti de cette oeuvre si le chef d’orchestre ne nous avais pas aimablement conseillé des pistes d’écoute. Que vous dirai-je de plus? Boulez fut intense, nous accrochant au coin des archets, nous plongeant dans une concentration hypnotique aux rythmes fl uides ou se percutant entre eux. Une écoute délicieuse de par l’intimité que l’on gagne à accepter le langage d’un compositeur.

Une fois cette porte ouverte, une fois nos dernières résistances franchies face à ce qui paraissait insaisissable, la suite du programme devient délectable. Le Concerto pour violon de Bruch, composé cent ans avant la Messagesquisse de Boulez, sait user de toutes les ressources offertes par l’imposante présence de l’orchestre pour faire valoir ses points forts : l’éblouissant violon et la remarquable violoniste Viviane Hagner. Puis la Symphonie n.1 de Mahler, compositeur à l’honneur cette année, venait fermer cette soirée où la complicité du public ainsi que sa participation active étaient mises de l’avant. L’on comprenait bien alors l’immense plaisir qu’est celui d’assister à un concert plutôt que de l’écouter chez soi. Car rien de virtuel ne pourra jamais simuler le lien irremplaçable qui unit le chef d’orchestre à ses musiciens. La précision des gestes de Nagano lui conférait comme une force surhumaine faisant jaillir la musique de l’orchestre. Oui, on aurait dit qu’à lui seul il contrôlait le mouvement de la mer en façonnant des vagues aux ballets inattendus.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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