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Musique indienne : vivre l’indicible

Par Simon Bézier

Mercredi soir dernier je me suis pointé dans un salon de yoga dans le but avoué d’écouter une performance de musique classique indienne offerte par Uwe Neumann (Sitar) et Shawn Mativetsky (tabla), musiciens que je connais depuis que j’ai acheté un CD de ragleela (oui, acheter des disques ça se fait encore). Déjà qu’il faut se déchausser en arrivant, à mon entrée dans la salle je vois que des tapis d’exercice sont disposés comme des rangées de sièges et que tout le monde s’assied en indien (pure coïncidence
?) sur des petits coussins – je trouve ça légèrement différent de mon expérience au show de Rammstein.
Le son d’un harmonium empli soudainement la pièce et le musicien fait un OM dans son micro, mais OH !
toute la salle embarque ! Alors moi aussi, à chaque respiration je joins les vibrations gutturales de mon pharynx à l’ensemble des voix qui remplissent la pièce, et il n’en fallait pas plus pour que j’oublie complètement mes soucis d’écolier. Enfin, c’est après une méditation de quelques minutes que se pointe les deux musiciens qui ont choisi de nous jouer un raga de soir.
Mélodies suaves, le son fou des tablas, quelques traits techniques, échange et interaction entre deux virtuoses, le temps a été bien rempli.

Entretien avec Uwe Neumann (UWE)

Comment trouvez-vous le fait de jouer devant un public qui vient de méditer ?

UWE : C’est le contexte idéal, d’habitude on commence et ça prend un bout de temps avant que les gens se calment, avant d’avoir leur attention.
Quand le public médite avant que nous jouons, il est tout de suite réceptif et attentif, il est ouvert à ce que nous lui offrons.

Qu’est-ce qu’un raga ?

UWE : Un raga c’est une improvisation qui possède une grammaire qui lui est propre. Il existe des centaines de ragas, mais même si certains utilisent les mêmes notes, la relation entre les notes est différente. Des fois il y a cinq notes, des fois sept et d’autres fois il y a une note qui est entre deux autres (un quart de ton) et il faut parcourir tout un chemin avant de pouvoir bien la placer. Il y a 3000 ans, la sitar c’était un bout de bambou avec 2 courges, dont une qui était collée à l’oreille du musicien pour qu’il s’entende. Pendant environ 2000 ans ils ont joué comme ça pour eux même, et c’est là qu’ils ont tissé les relations entre les notes.
Quand on comprend bien un raga, c’est la même chose que 3000 ans avant, ça ne peut pas se jouer autrement.
Vous étiez guitariste de formation, puis tout d’un coup vous avez tout abandonné pour jouer de la sitar, comment cela c’est-il passé ?

UWE : Quand j’ai entendu le son de la sitar, j’ai su que c’est ça que je cherchais. Dès que j’ai vu l’instrument je l’ai acheté, c’est la seule fois de ma vie où j’ai agit comme ça !
J’ai passé dix ans en Inde et au début, quand je voulais m’exprimer lors des soirées d’improvisation je prenais la guitare. Cela m’a pris cinq ans d’études et de pratique à temps plein avant de pouvoir laisser la guitare de côté, avant de m’exprimer librement avec la sitar dans un contexte d’improvisation.
Depuis je joue très peu de la guitare.

Vous avez d’autres spectacles qui s’en viennent ?

UWE : Oui ! Le 21 octobre pour les trois ans de Crudessence, au temple maçonnique de Montréal, puis avec mon groupe fusion ragleela le 27 novembre au Kabir Cultural Centre.
Shawn de son côté accompagnera un joueur de santoor le 23 octobre au centre de yoga Naada.

AVERTISSEMENT : Pour tous les cerveaux de la poly qui voudraient écouter un concert de musique classique indienne et comprendre ce qui se passe ; vous allez perdre votre temps. Selon Uwe, « il faut arrêter de penser et sentir ce qui arrive, se laisser tomber dedans. Tant qu’on essaie de comprendre on peut pas y arriver parce que c’est abstrait ». Et arrêter de penser, c’est plus facile à dire qu’à faire !

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