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Karnival v.7 et rétrospective 2010

On aurait pu croire que la gifle servie à Montréal par le mois de décembre aurait pu avoir une influence sur le nombre de gens prêts à sortir un vendredi, mais ça serait mal connaître la fidélité des amateurs de basses fréquences et de rythmes des tropiques.

L’invité spécial de cette dernière édition de Karnival de 2010 était Valeo, ancien animateur et maintenant collaborateur de l’émission Masala sur les ondes de CISM. On n’avait pas eu la chance d’assister à un DJ set de sa part depuis le lancement officiel de Masalacism, le label associé à l’émission, lors des FrancoFolies plus tôt cette année. Un retour live très attendu, puisque l’on n’avait pas pu écouter une de ses sélections depuis un moment déjà, malgré quelques collaborations occasionnelles sur les fréquences FM.

Comme d’habitude, une sélection toujours aussi raffinée de sa part, symbole de sa contribution à l’émission et à la réputation dont elle jouit aujourd’hui auprès des niches spécialisées. Un véritable tour d’horizon des rythmes qui font actuellement vibrer les différents pôles d’influence de par le monde.

Un peu comme un cadeau de Noël avant le temps, c’est un set de plus de 3h qu’a par la suite offert Poirier au Belmont avec le support de Face-T au micro pour interpréter quelques classiques avec sa touche jamaïcaine. Les lustres installés dans l’entrée du bar tremblaient au rythme des basses fréquences, et les consommations laissées sur les tables s’agitaient dans leur verre comme si un T-Rex s’agitait sur le dancefloor. Métriques incontestables d’une soirée réussie.

Moment fort du rendez-vous, avoir joué Palance deux fois, successivement. Pas comme un rewind, non. Deux fois, l’une à la suite de l’autre, avec une réponse encore plus vive de la foule la seconde fois. Un véritable cadeau de fin d’année pour clore la saison 2010 de Karnival.

Rétrospective 2010

Sans vouloir faire un bilan de l’année 2010 à proprement parler puisqu’il s’agirait d’une répétition de ce qui a déjà été dit à de nombreuses occasions par les derniers mois, on doit cependant souligner le fait que l’année qui s’achève a été plutôt mouvementée pour Poirier. Année au cours de laquelle il a régulièrement occupé une place tant sur la scène musicale avec ses collaborateurs habituels que sur la scène « médiatique ».

Ironiquement, sa présence a débuté 2010 par son absence de l’Igloofest en janvier, alors qu’il était en tournée australienne en compagnie d’MC Zulu. Absence remarquée, dans le sens où il était un des rares artistes — locaux, qui plus est — à amener une touche de variété au sein d’une programmation souvent pondérée d’un même côté du spectre de la musique électronique. On est cependant heureux de constater que le talent des artistes d’ici parvient à traverser aussi aisément les frontières comme si elles étaient toutes tombées. Peut-être d’ailleurs un signe de l’identité propre de Montréal.

À peine revenu de sa tournée à l’autre bout du monde, il nous avait offert une performance mémorable lors de la Nuit Blanche de Montréal en Lumière au mois de février, aux côtés de Bonjay, de Ghostbeard, de Valeo, de Face-T et de Boogat. Cette seconde édition de Karnival a charmé un Club Soda complet, en plus de permettre à plusieurs de découvrir les talents de ces canadiens aux origines toutes aussi variées, en offrant à ces artistes l’occasion de se produire devant un public composé de gens qui n’étaient pas forcément familier avec leurs œuvres.

La fin du mois de mars avait quant à elle débuté la saga du bruit à Montréal, avec l’intervention de la police pour limiter le volume du système de son de la Société des Arts Technologiques, qui accueillait plusieurs artistes de renommée international tels que Lazor Sword, Flying Lotus et Benga. Le service de police était intervenu après une plainte formulée par un nouveau résident du Quartier des Spectacles, propriétaire d’un logement à proximité de la SAT. Le producteur montréalais avait alors écrit en avril une lettre ouverte à l’intention de M. Gérald Tremblay faisant part de l’inquiétude de la scène musicale montréalaise par rapport à la cohabitation entre salles de spectacles déjà établies et résidents venus s’installer dans le quartier après la construction de lofts et de condos.

Quelques jours seulement avant la publication de cette lettre, Poirier avait lancé son septième opus, Running High, un album double compilant ses derniers EP sur un premier disque et offrant des remix orchestrés par plusieurs artistes de différents horizons sur le second. Sans doute un des meilleurs albums de l’année, tous genres confondus, catégorisé en tant que « musique électronique » à défaut de pouvoir le classer plus adéquatement ailleurs. Album qui recevra par la suite le prix du meilleur album de musique électronique au GAMIQ en novembre.

Les soirées Sud-West ont revu le jour à partir du mois de mai à la Terrasse St-Ambroise, avec Ghostbeard et Poirier aux commandes du système de son de la brasserie situées sur les rives du Canal Lachine. Un peu loin du centre-ville, certes, mais toujours une excellente occasion de profiter du BBQ, de la bière, de la musique et de l’ambiance de la terrasse que l’on peut rejoindre à vélo.

Juin était habituellement l’époque de l’année où les shows sous le viaduc Van Horne/Rosemont étaient les plus nombreux et/ou déchaînés, mais des difficultés à obtenir l’approbation de la ville ont contraint l’annulation du Bridge Burner. Le début officiel de l’été a cependant été souligné par la parution d’une mixtape de Boogat mixée par Poirier avec la collaboration de Valeo, qui a contribué a cimenter la dynamique établie entre le MC et le producteur.

Le mois de juin était également l’occasion de débuter les célébrations du 20e anniversaire de Ninja Tune, qui ont commencé à Montréal avec une programmation spéciale dans le cadre du Festival International de Jazz. Quatre concerts pour célébrer ces 20 bougies, mettant en vedette Kid Koala, DJ Food, Spank Rock, Kode9, Anti-Pop Consortium, Bonobo, Mr Scruff et Andreya Triana, sous la supervision du parrain Ghostbeard (Jeff Waye), responsable de la division nord-américaine du label à Montréal. En plus d’y tenir la troisième édition de Karnival aux côtés de Kode9, Poirier avait également participé aux festivités internationales du label dont celles de Paris et de New York au cours de l’automne.

S’il y a une chose qui a occupé la majeure partie de l’actualité culturelle montréalaise au cours de septembre, c’est bien le Projet Noise présenté par l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, qui contraint les propriétaires de bars et de salles de spectacle à payer des sommes colossales pour émettre du bruit à un volume non-défini. Suite de la saga du bruit débutée en mars, cette bataille majeure n’a certes pas fait de réel vainqueur, mais n’a pas non plus permis de lever les amendes imposées aux « contrevenants ». Lors de cet épisode du combat anti-son/pro-nightlife, le producteur montréalais s’était illustré par sa seconde lettre ouverte adressée au maire de Montréal, intitulée Montréal : Niveler par le silence. Ce plaidoyer pour faire en sorte que la métropole ne mette pas en place des normes aussi strictes que certaines villes telles que Paris ou New York avait lui aussi trouvé écho sur différentes tribunes, tout comme la lettre rédigée en avril. C’est ainsi que le magasine d’actualité culturel Voir avait invité le producteur à un débat avec le maire Ferrandez dans le cadre de son émission hebdomadaire. On peut voir là un signe de l’ampleur du malaise au sein de la scène culturelle, mais également signe de la crédibilité et de la réputation que Poirier a acquis dans le milieu.

Situation similaire, toujours en septembre, au sujet des critères de soumission et de sélection de l’ADISQ. On reprochait ainsi à cette fête des producteurs d’être davantage une fête des gérants de l’industrie plutôt que des artistes qui s’illustrent ici et ailleurs. On critiquait également les coûts associés à la soumission d’une candidature, surtout comparé aux Junos du canada-anglais.

C’est sans doute en partie grâce à cette réputation que M pour Montréal lui a offert de devenir l’ambassadeur de l’édition 2010 du festival, en disant de lui qu’il incarnait l’exemple parfait du self-made-man montréalais. C’est ainsi qu’il a clôturé le festival par 30 minutes concentrées en rythmes, profitant des imposantes basses du Métropolis, avec un duo de MC (Face-T et Boogat) débordant d’énergie. Une performance qui aura certainement laissé une vive impression dans la mémoire de promoteurs étrangers invités dans le cadre de ce showcase.

Le tout, sans oublier les soirées Karnival qui sont devenues mensuelles à partir de l’automne, et au cours desquelles on a eu la chance d’assister aux performances d’artistes tels qu’Uproot Andy, Tasha Rozez, J-Wow, Valeo, Rilly Guilty, Jacob Cino et VoIoNoCo. Une sélection toujours aussi savamment articulée et livrée avec énergie, souvent accompagnée des performances de MC tels que Face-T, Boogat, Mr OK et Mikey Dangerous, et avec des prestations occasionnelles de danse (tant d’artistes que de demoiselles du public).

Ouf. Toute une année, et tout un non-bilan, qui ne fait d’ailleurs pas mention d’évènements tels que le Carnival de Noting Hill, le Womad de Bristol, le SXSW d’Austin, le festival Get Low de Miami, le Black World Festival de Dakar et bien d’autres encore.

On nous promet déjà des surprises tout aussi excitantes pour l’année qui est sur le point de commencer, et on est bien curieux de voir ce que 2011 nous réserve. Peut-être un Juno ?

À venir

La prochaine édition de Karnival est prévue pour le 26 février prochain, mais Poirier sera occupé d’ici à cet évènement qui s’annonce déjà festif et plein de surprises. En effet, il se produira à Montréal à l’occasion de la veille du nouvel an au Belmont aux côtés de Black Tiger Sex Machine puis au Vieux Port pour l’Igloofest du 28 janvier.

Finalement, question de prendre une pause des sérénades traditionnelles du temps des Fêtes de Bing Crosby répétées ad nauseam, la radio du Red Bull Music Academy offre un stream de la performance offerte par Poirier et Face-T au Carnival de Notting Hill plus tôt cette année. De quoi s’occuper en attendant le lancement de la mixtape de Boogat qui doit paraître dans les prochains jours, et du EP de Face-T qui doit paraître au début de 2011.


Pour davantage de détails, consulter www.poiriersound.com

 

Karnival v.7 en images

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