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Pink Saris, ou le combat d’une justicière

Filmer l’émancipation féminine sous toutes ses formes, tel est le leitmotiv du cinéma de Kim Longinotto. Après Rough Aunties (2008) et Sisters in Law (2005, primé à Cannes), la réalisatrice britannique revient sur le devant de la scène avec Pink Saris, une œuvre militante, féministe, résolument engagée contre les injustices et les inégalités de sexes et de castes.

Présenté dans le cadre des RIDM (Rencontres internationales du documentaire de Montréal) du 10 au 21 Novembre, ce film qui dresse le portrait d’une combattante dans l’Inde rurale, était en compétition pour le prix « Caméra au poing », lequel récompense l’engagement et le militantisme.

Uttar Pradesh, nord-est de l’Inde. Insalubrité, pauvreté extrême, illettrisme, surpopulation comptent parmi les nombreuses tares. Le poids de la tradition et de la famille y est omniprésent. La caméra suit le combat quotidien de Sampat Pal Devi, à la tête du « Gulabi Gang », le gang des saris roses (gulabi signifiant rose en hindi), du nom de ces vêtements traditionnels qu’elles arborent fièrement. Sa vocation : venir en aide aux jeunes filles en détresse, battues, violées, humiliées et plus généralement aux laissés-pour-compte.

Celle qui se définie comme « the messiah for women » (le messie des femmes) est un symbole de persévérance, un modèle d’identification pour toutes ces jeunes filles qui sont victimes d’oppression et de violence. Sampat Pal les guide, les conseille, les soutient et leur redonne espoir. Sa devise : « If you’re shy, you’ll die » (si tu es timide, tu mourras). Elle occupe une fonction « maternelle » auprès de ces femmes et sert de médiatrice entre les individus.

Mariée de force et mère à treize ans, Sampat Pal a fui sa famille et son village natal, Chitrakoot, situé en Uttar Pradesh. Issue d’une famille rurale au bas de l’échelle sociale, la jeune fille n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Convaincue de la nécessité d’agir, elle fonde en 2006 le « Pink Gang », groupe d’activiste politique qui lutte contre les abus faits aux femmes et la corruption. Depuis sa création, ses rangs ne cessent de grossir.

Le film est une série de rencontres, de destins, de témoignages saisissants et poignants. On suit le parcours de Sampat Pal, sa lutte quotidienne à travers ses confrontations et ses nombreux affrontements verbaux. L’héroïne du gang écoute, questionne et interpelle sans relâche. Elle bouscule la tradition mais tient bon. Combattante dans l’âme, elle ne renonce jamais et n’hésite pas à recourir au bâton. On épouse volontiers son combat, on partage sa colère et sa révolte mais aussi ses moments de doute et son épuisement, qu’elle nous confie. La présence de gros plans sur les visages renforce ce sentiment de proximité qui se tisse au fil du film. On entre véritablement dans l’intimité des personnages.

Caméra à l’épaule, Kim Longinotto nous plonge dans une réalité parfois crue. Les images captées sur le vif nous rappellent l’état de pauvreté extrême qui est le lot de nombres d’indiens et l’oppression subite par les jeunes. Pour que toutes ces jeunes filles qui n’ont de cesse de cacher le visage d’un geste protecteur, se convainquent enfin de la nécessité de « lever le voile » sur une réalité qui ne supporterait d’être cachée plus longtemps. Et enfin, retrouver la dignité.

Un film qui interpelle et qui nous laisse comme un parfum de révolte. À voir.

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Mots-clés : Cinéma (60)



*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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