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Entrevue avec Thierry Pagé

Thierry Pagé est un ingénieur entrepreneur.
Diplômé en génie chimique de l’École Polytechnique en 1994, il s’est spécialisé dans la gestion des odeurs via une maîtrise à l’Université Catholique de Louvain en Belgique, et plus tard il a effectué un MIT en management à Boston. Il a enseigné le cours de traitements de rejets atmosphériques à l’École Polytechnique pendant environ douze ans et crée sa propre entreprise, Odotech inc., aujourd’hui chef de file dans le domaine des nez électroniques et environnementaux.

N.K – Qu’est-ce qui vous a poussé vers l’enseignement?

T.P – J’ai commencé mon doctorat en 1996. Enseigner est une chance parce que ça permet d’apprendre à communiquer des concepts complexes.
Je n’allais pas vers une carrière d’enseignant. C’était une tâche parallèle.
Toute personne qui a la chance dans ses études supérieures de participer à ces activités d’enseignement devrait le faire. De même si des étudiants au bac ont la chance d’être correcteurs pour des cours du début du bac, ou chargé de laboratoire, ce sont des expériences qui, à mon avis, sont très enrichissantes et très formatrices sur le plan professionnel.

N.K – Comment est née l’idée de votre entreprise?

T.P – Il n’y avait pas d’entreprise spécialisée dans ce qu’on faisait comme recherches à l’École Polytechnique.
Donc si je voulais travailler dans ce domaine-là (NDLR : le traitement des rejets), je devais créer ma propre entreprise. C’est quelque chose qui me passionnait et me passionne toujours. J’ai foncé tête baissée pour lancer mon entreprise. Je n’avais pas de carnet d’adresses de clients, ça a été un développement naturel.
Autrement dit via les travaux de notre groupe de recherches à l’École Polytechnique, il y avait déjà des industriels qui étaient à la recherche de solutions. Donc nous, ce qu’on faisait c’était de répondre à cette demande.
Odotech est une compagnie issue de l’École Polytechnique. Le rôle de l’université n’est pas d’avoir des activités commerciales donc lorsque c’est devenu commercial et soutenable, j’ai démarré mon entreprise.

N.K – Quel est votre parcours scolaire?

T.P – Avant de terminer mon bac, je voulais travailler en environnement.
À la fin de mon bac, j’avais une ouverture pour faire une maîtrise dans la qualité de l’air. J’ai été dans un laboratoire qui s’intéressait entre autre au traitement des odeurs et c’est comme ça que ça a commencé.
C’est important de se diriger vers des opportunités qui nous intéressent et qui nous passionnent. C’est ce que j’ai fais et j’ai été chanceux. J’ai fais un MIT en 2008, c’est-à-dire plusieurs années après avoir crée mon entreprise afin de parfaire mes compétences en gestion.

N.K – Comment s’est passé votre collaboration avec le Centre d’Entrepreneurship?

T.P – C’est quelque chose qui a lancé d’une certaine façon ma compagnie parce que le Centre d’Entrepreneurship m’a aidé à structurer le projet d’un point de vue non-technique.
Ce qu’on apprend à l’École Polytechnique c’est structurer le projet de façon technologique et technique mais pas nécessairement sur les autres aspects, à savoir l’aspect marché, gestion, ressources.
Finalement ils m’ont aidé à élaborer le plan d’affaires. Je dirais que ça a été le coup d’envoi de mon entreprise.
Le prix gagné au concours du Centre d’Entrepreneurship était une bonne chose mais ce ne sont pas les prix qu’on gagne qui vont nous ouvrir les portes. C’est notre personnalité et ce qu’on peut apporter aux autres qui a un impact. La base c’est ce qu’on peut apporter comme solutions.

N.K – Avez-vous utilisé les notions acquises à l’École dans votre milieu professionnel?

T.P – Je crois que la formation d’ingénieur c’est la meilleure formation de base qui puisse exister. À condition qu’on soit ouvert à toutes les autres formations pour aller chercher les connaissances qu’elles apportent.
La formation d’ingénieur va nous permettre de comprendre beaucoup d’autres matières en fonction de notre degré d’ouverture. C’est une formation très forte en mathématiques, en concepts qui sont finalement un peu immuables. Ça peut nous permettre de comprendre beaucoup d’autres secteurs. Par exemple, en ingénierie on apprend beaucoup de bilans: bilan de masse, bilan de quantité de mouvement, bilan d’énergie…Une fois qu’on a compris tous ces bilans on est capable de comprendre des bilans financiers. Ce qu’on a appris peut permettre d’accélérer l’apprentissage d’autres choses. Tandis que ce ne sera pas nécessairement facile pour une personne qui a une formation de comptabilité de comprendre des concepts d’ingénierie. Donc ma formation d’ingénierie m’a toujours servi et je pense va toujours me servir tous les jours, bien que ce ne soit pas nécessairement des formules mathématiques. Ce que j’ai appris à la maîtrise et dans mon doctorat sont des notions qui me servent encore aujourd’hui.

N.K – Étiez-vous impliqué dans la vie étudiante ?

T.P – Au début de mon bac j’étais très focalisé sur mes études. C’est au milieu de mon bac que j’ai commencé à m’intéresser aux autres choses qui se passaient à l’École Polytechnique.
Parallèlement, quand j’ai commencé à m’impliquer, mes études sont devenues beaucoup plus faciles. J’ai dirigé ce qui s’appelait à l’époque l’Association Canadienne de Génie Chimique, j’étais très impliqué dans plusieurs autres comités. Ça m’a
permis de m’ouvrir à autre chose et ça a facilité mes études. Mes notes ont commencé à grimper. On étudie plus vite (rires). J’étais très impliqué au niveau du département de génie chimique.

N.K – Pensez-vous que les programmes de génie sont adaptés aux besoins de l’industrie ?

T.P – Le milieu du travail est plus complexe aujourd’hui. Quelque part on a une obligation d’être meilleur pour pouvoir performer professionnellement.
Je vous donne un exemple: lorsque j’ai eu mon diplôme, on parlait le français, un peu l’anglais et ça suffisait. Maintenant lorsque j’embauche un diplômé je m’attends à ce qu’il soit au moins trilingue. C’est une réalité dans plusieurs entreprises. Je pense que les étudiants doivent être conscients que ce qu’ils ont appris c’est la base et qu’ils auront encore plus à apprendre et plus rapidement en entreprise. En fait à l’université, ils ont appris à apprendre et ce n’est que le début. Il faut être conscient de ça pour ne pas avoir un choc et relever ce défi passionnant. Je pense qu’aujourd’hui ils ont besoin d’encore plus d’adaptabilité.

N.K – Avez-vous profité du programme d’échange ?

T.P – Je suis allé faire ma maîtrise en Belgique. Lorsque j’étais au baccalauréat je ne voyais pas vraiment la pertinence de faire un séjour à l’extérieur. Maintenant je vois l’impact qui est tellement grand, pour moi et d’autres personnes, que tout le monde devrait se faire un devoir d’avoir une expérience dans un autre pays. Aussitôt que j’ai fait cet échange, j’ai tout de suite compris que c’est quelque chose dont tout le monde devrait profiter. Si certains n’ont pas le goût, qu’ils regardent l’Auberge Espagnole et ils vont en avoir le goût (rires).

N.K – Est-ce que la création de votre entreprise est un accomplissement ou il vous reste encore des défis à relever?

T.P – Il y a toujours de nouveaux défis et l’accomplissement n’était pas d’être mon propre patron parce que finalement on ne l’est jamais. Ce qui m’a toujours animé c’est ce désir de vouloir résoudre des problèmes et répondre aux besoins des gens.
C’est ce que je trouve génial avec la formation d’ingénieur, c’est qu’on peut aider les autres. On a un bagage de connaissances pour aider et c’est excessivement valorisant.

N.K – Si vous aviez un conseil à donner aux étudiants qui débutent leur baccalauréat, qu’est-ce que vous leur diriez?

T.P – Premièrement : persévérez dans le sens où c’est pas tous les cours que j’ai trouvé intéressant. Loin de là. J’ai passé beaucoup de temps à me poser la question: « Mais où ça va me mener tout ça? ». Dans mon cas, je ne me retrouvais pas dans la description de poste d’un ingénieur chimique. Mais ce parcours que j’ai eu m’a permis de me diriger vers ce que j’aimais. Donc ce n’est pas un frein, loin de là. Il y a des gens qui sont en communication scientifique, en gestion, d’autres en vente, en enseignement, le génie peut mener à pleins d’autres choses. La formation que nous avons est une bonne base pour exceller dans notre métier. Je crois que la persévérance, même si on n’est pas passionné, est importante.
Cette formation peut nous ouvrir pleins de portes.
Le deuxième conseil ce serait de profiter d’opportunités, s’ouvrir vers l’extérieur. S’il y a des gens qui sont intéressés par l’entrepreurship, ouvrez-vous à nos amis de HEC, on ne se parle pas assez entre facultés.
Il pourrait y avoir de belles synergies pour faire des projets plus rapidement.
Le Centre d’Entrepreneurship par exemple, met toutes ces forces complémentaires ensemble.
Pour finir tout au long de leur vie, je leur dirais de poursuivre leur passion, c’est fondamental. C’est la passion qui fait que chaque jour on ne travaille pas, on s’amuse! Je rencontre pleins d’ingénieurs qui travaillent c’est-à-dire qui s’amusent, qui aiment leur travail. Ils se réalisent et ils font des choses valorisantes.

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