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Rigoletto, première à l’Opéra de Montréal

Rigoletto rit ; Rigoletto raille ; C’est le bouffon du seigneur.
Se moquer des autres est son gagne-pain, mais à force de débusquer les travers de caractère des courtisans, il devient lui-même aigri et méchant.
Pourtant, il possède une faiblesse. Qui le perdra.

Déjà Victor Hugo avait vu sa pièce, Le roi s’amuse, interdite de représentation en 1832. Quelques vingt ans plus tard l’opéra Rigoletto de Verdi, s’inspirant de cette oeuvre, est lui aussi censuré. Pourquoi ? Qu’ont à craindre les autorités d’un pauvre bossu qui doit amuser à tout prix la Cour ? En premier lieu l’on observe bien le passage qui s’effectue d’un titre à l’autre : le centre d’attention véritable est bien le roturier Rigoletto et non plus le roi ou le duc. Comment mieux exprimer un décloisonnement des classes sociales qu’en s’attardant à dépeindre l’âme d’un bouffon ? Et de plus un bouffon qui dénonce les moeurs dissolues des sceptres. L’opéra présenté à la Place des Arts met l’emphase sur cet aspect lorsque le premier acte nous introduit à la Cour du Duc de Mantoue. Les courtisanes se trémoussent comme des filles d’auberge et les courtisans sont niaisement soumis à un chef fornicateur, tout cela dans une ambiance de luxe exubérant.

L’opéra de Verdi est d’une qualité musicale exceptionnelle et possède une unité interne très agréable à suivre, ponctuée par des moments à plus forte charge émotionnelle. Vous vous surprendrez à connaître plusieurs des airs qui y sont joués. Le choeur masculin des courtisans articule merveilleusement l’action. Rigoletto amuse donc l’assemblée du duc, lorsqu’un comte fait irruption sur scène. Il vient dénoncer le duc d’avoir séduit et déshonoré sa fille. Le duc, exaspéré, charge son bouffon de se débarrasser de la fâcheuse affaire. Il ridiculise donc le comte outré, qui finit par lui lancer une malédiction, ainsi qu’au duc. Rigoletto rentre chez lui, de plus en plus obsédé par cette imprécation. Il a peur. Sa fille paraît derrière la grille de la maison. Elle est son contraire. Elle est divinement belle; il est bossu. Elle est ingénue et sensible; il connaît trop bien le coeur des hommes pour avoir confiance en eux. Il a bien raison car les courtisans, pensant que la fille que le bouffon garde chez lui est sa maîtresse, ont décidé de l’enlever et de la mener au duc. Juste avant l’enlèvement, le duc par hasard voit la jeune fille seule dans la cour. Il gagne son coeur en se faisant passer pour un jeune étudiant pauvre. Quelle ne sera son bonheur à son retour au palais de la trouver recluse dans sa chambre !

Rigoletto rentre au palais. C’est une des scènes les plus fortes de l’oeuvre.
Obligé de remplir sa fonction, le bouffon reprend son masque mesquin, mais ne peut cacher son angoisse. Il fredonne des notes de l’orchestre qui grincent dans sa bouche, cherche des indices pour trouver sa fille mais se heurte au mépris des courtisans. Leur médiocrité est décrite sans fard (le choeur livre une prestation sans pareille !). Gilda sort finalement de la chambre du duc, et tombe en pleurs dans les bras de son père, qui décide de la venger. Il charge un homme d’épée d’assassiner le duc alors qu’il vient chercher les faveurs de sa soeur à l’auberge, mais celle-ci ne veut perdre le beau jeune à la voix si mielleuse (La donna è mobile; Quella figlia del amore). On décide d’assassiner le premier homme qui rentrera. Gilda se sacrifie pour éviter le piège à son père et pour se libérer d’un amour non réciproque qui la ronge. Le troisième acte est le lieu d’un prodigieux chant à quatre et la mise en scène, séparant l’espace en l’auberge chaude et le dehors où gronde l’orage, renforce cette impression d’injustice des malhonnêtes qui gagnent et des nobles d’âme qui perdent. Car c’est le corps de sa fille que Rigoletto sortira du sac.

L’opéra Rigoletto impressionne par la modernité qu’il donne aux sentiments décrit par l’action et la musique. Quoi de plus actuel qu’un simple homme du peuple qui obéit aux « grands » en pensant y gagner, mais qui paie finalement pour leurs erreurs ?

Prochaines représentations à la salle Wilfrid Pelletier de la Place des Arts les 2, 4, 7 et 9 octobre prochains.

Image article Rigoletto, première à l’Opéra de Montréal 671




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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