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Mobycool, un vent de fraîcheur

Mobicool, c’est d’abord une marque de réfrigérateur asiatique, un symbole de fraicheur, de conservation et d’intemporalité.
Quand on prend une grande bouffée d’air dans notre réfrigérateur vide Mobycool dernier modèle, on se plonge dans une vacuité intellectuelle et on s’enivre de fraîcheur. Mobycool, c’est aussi une pièce contemporaine d’Anne-Marie Guilmaine qui met en scène quatre jeunes comédiens, deux musiciens et cinq électroménagers.
Et au passage, quelques ours polaires grandeur nature, du poisson pané et beaucoup d’oranges.

Mobycool est la cinquième pièce de la formation performative Système Kangourou, un collectif de deux metteures en scènes et d’un scénographe (Anne-
Marie Guilmain, Claudine Robillard et Jonathan Nadeau). La pièce est tout à fait cohérente avec la démarche de la formation se situant entre le théâtre contemporain et la performance artistique; une démarche qui s’inscrit bien dans l’univers prôné par le Théâtre Lachapelle.

Le ton de la pièce est donné dès la première scène. Les comédiens nous accueillent dans la salle en nous fixant dans les yeux, sourire paisible au coin de la bouche, partageant un espace scénique épuré avec quatre réfrigérateurs.
Après que chaque personnage ait pris sa première bouffée d’air Mobycool sous le déferlement lyrique de l’une des interprètes, les comédiens nous réservent un accueil déjanté au maximum en hurlant, dansant et gesticulant, l’air complètement ivres. Ivres de quoi au juste ?
C’est au travers d’anecdotes banales que les personnages révèlent leurs limites sociales, leurs angoisses profondes, leurs désillusions. Des tranches de vie parfois drôles et parfois tragiques qui relatent des moments passé en Amérique latine, aux États-Unis ou au Québec. C’est par l’intermédiaire de ces évènements anodins qu’ils ont réalisé leur urgence d’exister, lequel désir se manifeste par l’abus ou le fantasme de l’abus, la rêverie ou encore la haine viscérale d’une joueuse puérile de Roller Derby. Vous savez, ce sport de filles en patins à roues alignées vintage vêtues de tenues légères ?

Même si la démarche initiale de la pièce est une réfl exion un peu sombre sur les valeurs contradictoires des Amériques, le sujet est dédramatisé par quelques interactions entre les interprètes et les téléspectateurs et quelques moments d’humour jaune. Un des comédiens vient collecter des sousvêtements féminins aux demoiselles de la salle et nous offrir, dans une autre occasion, des filets de poisson panés fraichement cuits auxquels certains spectateurs n’ont pas su résister. Plusieurs autres éléments visuels rendent la pièce encore plus disjonctée, notamment des costumes de mascottes et un éboulement d’oranges. Au fur et à mesure que la pièce avance, l’espace scénique est de plus en plus chaotique et la musique ambiante de plus en plus cacophonique : idéal pour supporter la dégradation de l’état psychologique des personnages. Par ailleurs, deux musiciens sur scène encadrent les performances des comédiens, parfois discrets avec des sons ambiants, parfois très présents en livrant une musique rock progressive plutôt robuste.

Les monologues des personnages sont francs et sans prétention, sans doute pour la plupart inspirés de faitsvécus.
Cependant, c’est parfois un peu difficile de détacher les personnages de l’univers personnel de l’auteur; plusieurs monologues semblent tissés du même fil. Néanmoins, le jeu est toujours touchant ou pathétique.

En bref, Mobycool est une réfl exion intéressante sur la surconsommation et la superficialité de notre époque. On l’apprécie pour tous les éléments qui font de cette pièce plus qu’une simple représentation théâtrale : la musique live, l’interaction avec les spectateurs, la fraicheur des dialogues, l’originalité de la scénographie, l’humour absurde et surtout, pour voir des ours géants se rouler par terre ou jouer du drum. Ce sont ces éléments qui bonifient la pièce et renouvellent un sujet qui, on ne se le cachera pas, a déjà été exploré.
Mobycool, d’Anne-Marie Guilmaine, au théâtre Lachappelle jusqu’au 2 octobre.

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Mots-clés : Théâtre (92)



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