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Semaine de l’ingénieur global de ISF

Par Stéphanie Muller

Du 20 au 24 septembre dernier a eu lieu la semaine de l’ingénieur global organisée par la section Polytechnique d’Ingénieurs sans frontières (ISF). Que ce soit durant les différentes conférences proposées, l’atelier sur l’accès à l’eau potable, l’exposition photos, le pub ou encore l’étude de cas, beaucoup de choses se sont dites. Et parmi toutes ces paroles prononcées, certaines sont tombées dans des oreilles à l’affût et ont poussé à la réfl exion. Bien sûr certaines de ces paroles ont pu apporter quelques réponses, mais d’autres ont également soulevé de nouvelles questions. De nombreux thèmes ont été abordés durant cette semaine, du développement durable aux responsabilités de l’ingénieur, de la crise économique de ce 21ème siècle aux difficultés de l’accès à l’eau potable, du rôle de l’ingénieur dans notre société aux difficultés de celui dans un contexte culturel différent. Certains interlocuteurs de cette semaine se sont voulus positifs et confiants en l’avenir de notre monde et d’autres se sont voulus beaucoup plus alarmistes. Là aussi, ces approches différentes, propres à chacun, il nous faut les comprendre et nul ne doute que cette compréhension passe par de nouvelles questions.

Bernard Landry

Lors de sa conférence, l’ancien Premier ministre du Québec a sensibilisé la communauté polytechnicienne aux dimensions économique et politique contemporaines. En effet, en tant que futurs ingénieurs, et probablement futurs décideurs de ce monde, il est important de prendre en considération les enjeux économiques de la société qui nous entourent.

Bien que les concepts de régionalisation soient de plus en plus abordés, la mondialisation demeure encore bien présente. Le marché n’est plus que local, il est mondial. Il suffit de se pencher sur nos importantes compagnies d’ingénierie pour comprendre l’importance de ce marché. Bombardier ne pourrait être le troisième avionneur au monde et le premier en terme de génie ferroviaire, s’il ne fournissait que des avions et des trains au Québec.

Monsieur Landry se dit fier du génie québécois et dresse un portrait plutôt positif de la situation économique mondiale. Pour ce professeur de renom, l’éveil chinois en est la preuve vivante. Les gestionnaires de ce monde ont intérêt à comprendre l’importance de fournir des salaires décents aux travailleurs, car il s’agit non seulement d’une question de dignité humaine, mais également d’une stratégie économique. En augmentant le salaire des travailleurs, on augmente le pouvoir d’achat d’une masse importante d’un pays.

Nous sommes à une époque de libre-échange des biens, des services ainsi qu’à la libre circulation des gens. L’Europe a d’ailleurs bien compris cette notion par la création de la communauté économique européenne et plus principalement de l’Euro. Toutefois, certaines entraves au développement d’un commerce international sont toujours en place, comme c’est le cas du protectionnisme américain (subventions leurs industries du coton et de l’agriculture).

L’ingénieur global doit être en mesure de comprendre les réalités économiques mondiales afin de performer tout en demeurant éthique.

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Jacques Guérin

Chaque personne compte : nous avons tous un impact important. C’est le message d’envoi de Jacques Gérin, consultant de la Banque Mondiale et membre du conseil d’administration d’ISF. Selon l’ancien vice-président de l’ACDI, les ingénieurs ont effectivement un impact très important sur la société contemporaine, car ils effectuent la transition entre la science et la réalité. Au cours des siècles derniers, les ingénieurs et la communauté scientifique ont démontré que cet impact pouvait être tout autant prolifique pour l’homme, progrès dans les biotechnologies, que destructeur, développement d’armes de pointe.

Pour Monsieur Gérin, la technologie n’est pas une fin, mais plutôt un moyen. Un moyen pour rendre une société plus viable. L’ingénieur a le devoir de s’engager auprès de sa communauté pour mettre la science au profit du bien-être de cette dernière. L’anneau de fer que nous recevons au terme de notre formation est d’ailleurs un symbole de cet engagement ; les ingénieurs sont là pour améliorer la société globale dans laquelle nous vivons.

Traditionnellement, l’ingénieur fabriquait, concevait, réalisait et inventait. De nos jours, les ingénieurs doivent prendre un problème dans sa globalité. Les décisions ne sont pas que techniques, elles sont également humaines et éthiques. Parfois, ces dernières sont difficiles, mais elles peuvent être prises avec respect en regards des gens. Les notions de bien et de mal sont bien souvent subjectives, et parfois nuancées, par contre pour Monsieur Gerin, une question se doit d’être posée lors de chaque prise de décision : « Est-ce que je veux vraiment faire ça ? ».

Pour cet ancien étudiant de l’École Polytechnique de Montréal, la clé c’est de s’impliquer, car chaque geste compte. Il existe plusieurs façons d’être au service de la communauté, il suffit de prendre position et de rester intègre. En conclusion, Jacques Gerin nous livre deux messages bien importants : poser des questions et rester ouverts aux opportunités.

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Omar Aktouf

C’est sur une note, non sans point d’émotivité, mais plutôt pessimiste qu’Omar Aktouf, conférencier et consultant international de grande renommée, débute sa présentation. Il sonne l’alarme : il est temps de changer de paradigmes économique et industriel. Selon ce professeur titulaire du HEC, le déclin économique auquel nous faisons face n’est que le résultat de nos propres pratiques. Le capitalisme de nos jours sert essentiellement à rendre les gens riches plus riches et ne contribue pas à un développement global et durable.

En observant le PNB d’un pays industrialisé, on remarque que la mondialisation est bien responsable de la croissance de cette courbe. Par contre, elle est également responsable la détérioration de la qualité de vie, comme le soutient Max-Neff. Comme quoi, lorsque nous disons mesurer la croissance d’un pays, de nombreux facteurs sont mis de côté …
Si Omar Aktouf était premier ministre demain matin, il ferait un projet de loi obligeant chaque personne à lire Aristote au moins trois fois avant l’âge de 18 ans. Selon lui, la compréhension du monde réside dans les paroles de philosophe.

Il trouve d’ailleurs aberrant à quel point la population canadienne est mal informée et n’utilise pas assez la réfl exion. « Tant que vous calculez, vous foutez la paix au système » – Bill Clinton (2002). Et c’est pourtant vrai. Les sciences sont devenues nos nouvelles ornières. Plus personne ne remet en question les décisions prises. L’état devrait être là pour assurer la dignité de ces citoyens et l’intégrité de son environnement.

Un ingénieur global devrait également prendre en considération ces dimensions dans ses décisions, mais également s’impliquer dans les décisions de sa communauté.

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« Eau pour le monde »

C’est avec l’activité « Eau pour le monde » que la semaine de l’Ingénieur Global a été lancée. Accueillant 6 équipes formées d’étudiants de l’École Polytechnique, cette activité consistait en une simulation mondiale, mettant en lumière les enjeux entourant la problématique d’accès à l’eau à travers le monde. Le but de l’activité est bien simple : obtenir l’eau et la technologie appropriée pour chaque pays.

Chaque équipe se voyait attitrée un pays spécifique ; Canada, États-Unis, Australie, Cameroun, Nigéria et Ouganda. En fonction des réalités actuelles de ces pays, les équipes recevaient les ressources naturelles (eau, café, pétrole) et financières proportionnellement à la réalité. De plus, certains pays se sont vus attribuer des contraintes au niveau de la langue d’échange : l’anglais pour l’Australie.

Lors de la simulation, la Banque Mondiale servait d’intermédiaire économique et des événements, annoncés sous forme d’un bulletin télévisé, dirigeaient le jeu.
Les participants possédaient un temps limité pour réagir à ces derniers.
La simulation se clôt par une réfl exion portant sur les défis et les problèmes rencontrés, dans le but de cerner les enjeux de l’accès à l’eau potable. Certains pays sont initialement avantagés puisqu’ils détiennent les ressources naturelles, les technologies optimales et les connaissances permettant de les exploiter, comme ce fut le cas du Canada. Par contre, certains pays ne possèdent que peu de ressources naturelles et financières, et reçoivent alors l’aide de pays développés.

Ces derniers imposent alors une technologie, qui n’est pas nécessairement la solution optimale. Une technologie peut être très appropriée pour un certain environnement, mais pas pour un autre. Le climat, les ressources financières et humaines présentes pour l’exploitation et l’entretien de cette technologie sont des facteurs non négligeables. Certaines comportent un degré de complexité ne pouvant pas être comblé par l’expertise des gens locaux, en plus d’avoir un coût élevé pour l’entretien.

En tant que futurs ingénieurs, nous nous devons de prendre en considération les différents facteurs d’un problème : les étudier à la source, ne pas hésiter à demander l’avis des gens directement concernés, comprendre leur mode de vie et leurs besoins réels. Il faut prendre un problème dans sa globalité ; son environnement, ses besoins, ses impacts, mais également ses limites. Soyez un ingénieur global ; pensez au-delà, réalisez autrement et ayez un impact durable.

Mots-clés : International (30)



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